Le château de Chenonceau

Le château de Chenonceau, surnommé le château des Dames, présente une architecture très romantique avec son aile posée au-dessus du Cher. Son histoire est dominée par les différentes femmes qui en furent les propriétaires au long de ces plus de cinq siècles d'histoire dont je vais vous conter les principales heures.

chateau 14

En 1230, la famille de Marques transforma un moulin fortifié en château permettant le contrôle du trafic fluvial sur le Cher. Au cours de la guerre de 100 ans, Jean de Marques se dressa contre le dauphin Louis de Guyenne et livra son château aux Anglais. En 1411, le château fut repris puis rasé par les Français après la victoire française du maréchal Jean de Boucicaut dans les prairies de Vestin. Charles VII autorisa, en 1432, Jean II de Marques à reconstruire le château. Les déboires financiers de la famille de Marques conduisirent, en 1496, à la saisie du château. Thomas Bohier voulut alors acheter le château, ce qui conduisit à une bataille juridique entre lui et la famille de Marques. Ce n'est qu'en 1512 que Thomas Bohier, intendant des finances de François 1er, put acquérir le château pour la somme de 12 400 livres. Il fit reconstruire le château en rasant les anciens bâtiments, le manoir et le moulin. Il ne garda que le donjon. Sa femme, Catherine Briçonnet, supervisa les travaux lorsque Thomas suivait les armées du roi dans le Milanais. Les travaux furent achevés en 1521. Thomas mourut en 1524 et Catherine en 1526.

chateau 2

tour des marques 1
Le donjon de Marques

Un contrôle des comptes publics en 1535 amena à la découverte de détournement de fonds public effectué par Thomas Bohier. François 1er réclama alors le remboursement de 190 000 livres aux héritiers. Le fils de Thomas céda donc le château de Chenonceau et d'autres domaines au roi. Celui-ci laissera le château à l'abandon. En 1547, le roi Henri II offrit le château à sa maitresse, Diane de Poitiers, veuve de Louis de Brézé. Diane, qui portait les couleurs noires et blanches du deuil en vigueur à l'époque, avait une telle emprise sur le roi, qui était son cadet de 20 ans, qu'elle lui fait adopter ces couleurs au grand dam de la reine, Catherine de Médicis, qui se trouva reléguée à un rôle mineur. En 1551, Diane fit réaliser un jardin à la française devant le château. Entre 1556 et 1559, elle fit construire par l'architecte Philibert Delorme un pont pour relier le château à la rive gauche du Cher. Ces travaux coutèrent la somme de plus de 9000 livres.

chateau 10

chateau 5

À la mort d'Henri II lors d'un tournoi en 1559, Diane perdit sa position de favorite. Catherine de Médicis, devenue régente, sachant Diane très attachée au château de Chenonceau, l'obligea à rendre le château, bien inaliénable de la couronne. Elle lui attribua, en contrepartie, le château de Chaumont-sur-Loire. En 1561, Catherine fit modifier le jardin de Diane et fit créer son propre jardin. Elle demanda, en 1577, à Jean Ballant de doter le pont d'une galerie d'apparat. Cette galerie à double étage est longue de 60 m et large de 6 m. Elle est éclairée par 18 fenêtres de chaque côté. L'inauguration fut l'occasion d'organiser une fête somptueuse en l'honneur de son fils, le roi Henri III, qui couta la somme pharaonique de 100 000 livres, soit plus que le cout de la construction du château.

chateau 15

chateau 3

À la mort de Catherine de Médicis, le 5 janvier 1589, le château devint la propriété de sa belle-fille Louise de Lorraine, la femme d'Henri III. Après l'assassinat d'Henri III, le 1er aout 1589, celle-ci se retira au château en portant le deuil en blanc selon l'étiquette royale jusqu’à la fin de sa vie. Cette pratique lui valut le surnom de Reine blanche ou de Dame blanche. Catherine de Médicis laissa à sa mort une dette exorbitante qu'Henri IV renonça à son héritage. En 1593, la justice condamna la reine Louise à rembourser cette dette. Gabrielle d'Estrée, la favorite d'Henri IV, passa alors un accord avec les créanciers et récupéra le château. Henri IV intervint pour permettre à la reine Louise de rester au château. À la mort de la reine Louise, en 1601, le château échu à sa nièce, Françoise de Lorraine, l'épouse de César de Vendôme, fils legitimé d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrée. Les créanciers réfutèrent alors les accords précédents et selon les nouveaux accords conclus avec le parlement, Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur et mère de Françoise de Lorraine, devint la nouvelle propriétaire.

plan

chambre catherine
La chambre de Catherine de Médicis

chambre cesar
La chambre de César de Vendôme

chambre de diane
La chambre de Diane de Poitiers

chambre reines
La chambre des 5 reines

gabrielle
La chambre de Gabrielle d'Estrées

chambre louise
La chambre de Louise de Lorraine

En 1602, Marie de Luxembourg voulut créer un couvent de capucines à Bourges, mais devant l'opposition de la ville, elle les installa à Chenonceau. Les combles du 2e étage de la galerie du pont de Chenonceau furent donc aménagés en couvant et séparés du château par un pont-levis. À la mort de Marie de Luxembourg, en 1623, le château revint par héritage à César de Vendôme. Celui-ci organisa à Chenonceau, le 14 juillet 1650, une grande fête en l'honneur du jeune roi Louis XIV. Il céda le domaine à son fils Louis pour son mariage avec Laure Victoire Mancini, la nièce du cardinal Mazarin. Son héritière, Anne de Bavière, princesse de Condé, vendit le château pour 300 000 livres en 1720 au duc Louis Henri de Bourbon qui était son petit fils. Celui-ci le revendit en 1733 au fermier général Dupin pour la somme de 130 000 livres.

chapelle
La chapelle

cuisine 5
Les cuisines

salle manger
La salle à manger du personnel

salle des gardes
La salle des gardes

salon francois
Le salon François 1er

salon louis XIV
Le salon Louis XIV

Louise Dupin, son épouse, y tint des salons littéraires où défilèrent toutes les célébrités de l'époque. Elle y rédigea, avec Jean Jacques Rousseau, l'encyclopédie du 2e sexe qui ne fut jamais publié. Elle inspira l'une de ces descendantes, Aurore Dupin, plus connue sous le nom de George Sand. Lors de la Révolution française, en 1789, en étant le seul pont entre Montrichard et Bléré le château échappa aux foudres des révolutionnaires grâce à l'intervention de l'abbé Lecomte, curé de Chenonceau et président du comité de salut public d'Amboise. À la mort de Louise Dupin, le château passa aux mains de son petit-neveu Réné François Vallet de Villeneuve. Il y fit des travaux de restauration pour effacer les vandalismes de la Révolution. Réné François Vallet de Villeneuve fut fait comte d'Empire par Napoléon 1er. Le château fut classé Monument historique en 1840.

galerie 1
La galerie de Catherine de Médicis

galerie 2
La galerie (RDC)

galerie medicis 3
La galerie de Catherine de Médicis

galerie 4
La galerie (RDC)

La famille de Villeneuve vendit le château en 1864 à Marguerite Wilson, l'épouse du médecin Eugène Pelouze pour 850 000 francs. Marguerite était l'héritière de l'écossais Daniel Wilson qui fit fortune avec les mines et les forges du Creusot. Entre 1865 et 1878, elle entreprit la restauration du château pour un montant de 1 500 000 francs. En 1881, le frère de Marguerite, Daniel Wilson, député, se maria à Chenonceau avec Alice Grévy, fille du président de la République, Jules Grévy. Daniel prit alors la mesure des dépenses excessives de sa sœur pour les fêtes somptueuses ou le financement d'une académie des Arts et des Lettres installée au château. Elle y accueillait des écrivains, des historiens, des musiciens, des peintres ou des sculpteurs qu'elle finançait. Daniel persuada alors sa sœur de faire un voyage en Asie qui durera 14 mois. Il profita de son absence pour vendre les écuries, pour congédier le personnel et supprimer l'académie. Cela ne suffira cependant pas pour sauver le patrimoine familial. Condamné à deux ans de prison en 1888 pour trafic d'influence, le château fut hypothéqué puis saisi par les créanciers dont faisait partie le Crédit Foncier de France. Le château finit par être vendu aux enchères en 1889 où le Crédit Foncier de France l'acquit pour 410 000 francs. L'année suivante, le château fut ouvert à la visite du public pour un droit d'entrée de 20 sous.

vestibule entrée
Le vestibule d'entrée

vestibule brioncet
Le vestibule de Catherine Briçonnet

vestibule 2e
Le vestibule du 2e étage

escalier 1
L'escalier

Le Crédit Foncier de France revendit le château en 1891 pour 1 000 000 francs à José Emilio Terry, député de La Havane aux Cortés espagnols, qui le céda à son frère, Franscisco, le 10 avril 1896 pour 1 080 000 francs. En 1908, sa fille hérita du domaine. Elle le vendit lors d'enchères publiques le 5 avril 1913 à Henri Menier, fondateur des Chocolats Menier, pour la somme de 1 300 000 francs. Il n'en profita pas, car il mourut le 6 septembre 1913. Le château devint alors la propriété de son frère Gaston, député et sénateur. Celui-ci en fit un hôpital militaire entre 1914 et 1918. Les 120 lits installés dans la galerie permirent de soigner 2254 blessés de guerre. Réquisitionné en 1939 par la direction de l'infanterie du ministère de la Guerre, le château subit, le 7 mai 1940, une crue du Cher qui endommagea les jardins de Diane. Lors de l'invasion allemande, le château fut la cible, le 20 juin 1940, de quelques obus allemands. L'accès au château fut ensuite interdit jusqu'en 1942 par les nazis, car il enjambait la ligne de démarcation entre la France occupée (sur la rive droite du Cher) et la France libre (la rive gauche). Le château acquit alors un rôle stratégique pour la résistance qui fit passer de nombreuses personnes en France libre en passant par le 1er étage de la galerie. Début 1941, le château reçut la visite d'Hermann Göring qui recherchait des œuvres d'art pour enrichir le musée voulu par Hitler et surtout sa propre collection. Lors de la libération, un avion américain lâcha quelques bombes, le 7 juillet 1944, sur le château. Les bombes tombèrent dans le Cher, mais les vitraux de la chapelle ne résistèrent pas aux explosions. Le 24 octobre 1979, la reine d'Angleterre, Élisabeth II, visita le château en présence d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing, l'épouse du président de la République de l'époque. Le domaine fut fermé au public le 9 novembre 1988 pour permettre une visite privée du Prince Charles d'Angleterre, accompagné de son épouse, la princesse Diana. Le château fut l'objet d'une vaste restauration entre 2009 et 2012 dont le cout de 4,8 millions d'euros fut financé pour deux tiers par la famille Menier, propriétaire, et pour un tiers par l’État français.

jardin de diane
Le jardin de Diane de Poitiers

jardin catherine
Le jardin de Catherine de Médicis

apothequerie 4
La pharmacie de Catherine de Médicis

apothequerie 5
La pharmacie de Catherine de Médicis

Ces photographies ont été réalisées en septembre 2021.

Y ACCÉDER:

L'accès au château de Chenonceau bénéficie d'un large fléchage le long des routes de la région. L'accès au parc et au château est payant.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 31 décembre 2021

Cette page a été mise à jour le 31 décembre 2021