L'abbaye d'Aulps

De cette abbaye, très prospère au XIIIe et XIVe siècle, ne reste que les ruines de l'abbatiale. La ferme monastique a été restaurée en 1994 et en 2007 un domaine de découverte de la vallée d'Aulps y a ouvert ses portes au public.

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En 1075, Robert de Molesme fonda l'abbaye de Molesme en Bourgogne. La présence fréquente de seigneurs au sein de l'abbaye fut considérée par certains moines comme préjudiciable à leur quête de Dieu. Guy et Guérin de Mousson quittèrent donc l'abbaye en 1094 pour aller s'établir dans le diocèse de Genève. Avec l'autorisation de l'évêque de Genève, Guy de Faucigny, ils fondèrent une cella dépendant de Molesme sur les terres de Gillon de Rovorée et de Girard d'Allinges. Bernard de Clairvaux releva que ces moines avaient pris une certaine liberté avec la règle de Saint-Benoit vu qu'ils vivaient à 3 ou 4 dans des cabanes disséminées dans la montagne plutôt que de se soumettre à une vie communautaire. La vie de ces moines attira de nombreuses vocations. Cette affluence conduit les moines à fonder d'autres monastères (Bonmont, Hautecombe, Balerne, etc.). Guy et Guérin jugeant cet agrandissement incompatible avec les liens avec l'abbaye de Molesme en appelèrent au Pape. Dans une bulle, le Pape Pascal II leur accorda, le 2 mars 1102, le droit d'élire leur abbé et confirma leur acquis temporel. Le 28 avril 1119, le Pape Calliste II garantit le droit d'élection des abbés et interdit l'excommunication des moines.

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À partir de 1130, Bernard de Clairvaux, abbé de l'abbaye de Cîteaux, concrétisa ses visées sur les diocèses de Genève et de Lausanne. L'abbaye de Bonmont fut affiliée à l'abbaye de Cîteaux en 1131, celle de Hautecombe en 1135, celle de Balerne en 1136. L'abbaye d'Aulps le fut le 28 juin 1136. En 1138, l'abbé Guérin fut nommé évêque de Sion. Son successeur à la tête de l'abbaye d'Aulps de 1138 à 1168, l'abbé Guillaume, accrut le domaine de l'abbaye par l'acquisition de milliers d'hectares d'alpage. En 1181, une bulle du Pape Alexandre III confirma les propriétés de l'abbaye. Il y est fait mention de trois églises paroissiales, de vingt granges (dépendances foncières et bâtiments) et de six alpages. À la fin du XIIe siècle, l'abbaye était propriétaire de 15 000 hectares.

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Au début du XIIIe siècle, le territoire d'Aulps fut transformé en une seigneurie ecclésiastique. Pour financer les acquisitions de territoires, les abbés n'hésitèrent pas à endetter l'abbaye. En 1213, l'abbé Guillaume fixa les droits judiciaires et fiscaux de l'abbaye sur les hommes. L'abbé Pierre de Crery racheta, en 1253, le droit de haute justice aux seigneurs de Faucigny et en 1266 à ceux des Comtes de Savoie. À la fin du XIVe siècle, l'abbaye fut propriétaire de 30 000 hectares et disposait du droit sur les hommes et les terres de toute la vallée de la Dranse de Morzine, auquel s'ajoutait les communes de Mégevette, de Saxel et de Habères et de nombreuses granges dont Marignier, Châtillon, Publier, Lully, Saint-Cergues ou Salins.

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Le déclin débuta en 1468 lorsque fut instaurée la Commende. Les abbés, cardinaux ou grands noms de la maison de Savoie, prélevaient dorénavant les revenus en laissant les moines presque sans ressource. Le cloitre fut détruit en 1484 par un incendie. L'abbaye connut un sursaut entre 1536 et 1569 lorsque les Valaisans occupèrent la vallée et rétablirent les abbés séculiers. Ceux-ci ne furent pas reconnus par le Vatican, mais détenaient le pouvoir sur les revenus de l'abbaye. Celle-ci retrouva son autonomie et sa grandeur et fut rétablie comme centre politique, administratif et judiciaire sur une grande partie du Châblais. L'évêque de Genève, François de Sales, tenta vainement, à partir du 15 août 1606, de reformer l'abbaye. Il s'en suivit l'abandon des bâtiments de l'enclos monastiques dont l'état déplorable rendit le cloitre inhabitable. Les moines vivaient alors dans des demeures individuelles disséminées dans le domaine.

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À la fin du XVIIe siècle, la situation temporelle de l'abbaye s'améliora. Antoine de Savoie, abbé de 1646 à 1688, entreprit la construction d'une nouvelle aile du cloitre. Jean Thomas Provana, abbé de 1689 à 1734, poursuivit la reconstruction. Les moines, dirigés par des prieurs dynamiques, reconstruisirent à leurs frais entre 1680 et 1687 les cellules en bois à l'étage du bâtiment conventuel. Le XVIIIe siècle fut marqué par de longues vacances du siège abbatial. L'abbaye fut rattachée à l'évêché de Chambéry en 1779. La demi-douzaine de moines qui restaient sur place furent chassés en 1792 par les troupes françaises lors du rattachement de la Savoie à la France. Le clocheton de l'abbaye fut abattu par des révolutionnaires le 4 mai 1794. Conservant les bâtiments pour y loger les troupes, le domaine de l'abbaye fut vendu comme bien national à quatre familles de Saint-Jean-d'Aulps qui le divisèrent en 1799.

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Le 11 mars 1823, un incendie détruisit l'église paroissiale de la Moussière. Malgré de nombreuses protestations, les villageois de Saint-Jean-d'Aulps pillèrent et détruisirent l'abbatiale pour reconstruire leur église. Les ruines de l'abbaye furent acquises par l'état le 6 août 1902 qui classa l'abbatiale aux Monuments historiques le 6 octobre 1902. Le cloitre le fut en 1940. L'abbatiale cessa alors, du moins sur le papier, d'être une carrière de pierre. L'abbé Alexis Coutin, nommé à l'archiprêtré de Saint-Jean-d'Aulps, le 18 août 1928, entama seul le déblaiement des ruines. Il y consacra 10 ans de sa vie. Après un long abandon, le site fut acquis en 1994 par la communauté de communes qui y effectua des fouilles et la restauration de la ferme monastique. L'abbatiale devint la propriété du département de la Haute-Savoie en 2007.

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La construction de l'abbatiale fut commencée par l'abbé Guillaume 1er (1138-1170) et financée par les largesses du comte Humbert III de Savoie. L'abbatiale se compose d'une nef à cinq travées avec des bas-côtés, d'un transept et d'un chœur carré.

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Ces photographies ont été réalisées en mars 2009.

 

Y ACCÉDER:

L'abbaye se trouve le long de la D902 qui relie Saint-Jean-d'Aulps à Thonon-les-Bains. L'abbaye se situe à la sortie de Saint-Jean-d'Aulps.

 



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Cette page a été mise en ligne le 10 mai 2020

Cette page a été mise à jour le 10 mai 2020