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La "cathédrale" de Lectoure

La "cathédrale" Saint-Gervais et Saint-Protais de Lectoure constitue le principal monument religieux de la ville de Lectoure. Dominant l’éperon rocheux sur lequel s’est développée la cité, elle témoigne d’une histoire longue et mouvementée, faite de destructions, de reconstructions et de transformations successives. Ancienne "cathédrale" du diocèse de Lectoure jusqu’à sa suppression en 1801, elle reste aujourd’hui un élément majeur du patrimoine religieux et architectural du sud-ouest de la France.

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La "cathédrale" se dresse à l’emplacement le plus élevé du plateau de l’ancienne cité gallo-romaine de Lactora, centre urbain important de la région et largement pourvu de temples et d'édifices publics. Lors des travaux de reconstruction du chœur en 1540, les ouvriers mirent au jour une série d’autels votifs antiques. Ces autels étaient liés au culte de la déesse orientale Cybèle et de son compagnon Attis. Ces autels servaient lors de rites appelés tauroboles ou un taureau était sacrifié. Le sang s’écoulant à travers un plancher ajouré était reçu par l’initié comme une purification religieuse. Ce rite spectaculaire, importé d’Asie Mineure à l’époque romaine, démontre que Lectoure était un centre religieux actif dès l’Antiquité. Plusieurs de ces autels sont aujourd’hui conservés dans des musées, notamment au musée archéologique de Lectoure.

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La christianisation de la ville est très ancienne. Un évêque de Lectoure est attesté dès 506. Comme dans beaucoup de villes gallo-romaines, les premières églises furent probablement construites à proximité des anciens temples ou bâtiments publics. Il est très probable que plusieurs édifices se soient succédé, une première basilique paléochrétienne (Ve - VIe siècle), une église carolingienne suivie d'une "cathédrale" romane (XIe - XIIe siècle) dédiée à Saint-Thomas. Aucune de ces premières constructions n’est conservée intégralement, mais certains piliers de la nef pourraient appartenir à l’édifice roman. En 1118, le concile de Toulouse décida de remettre dans l'abbaye de Saint-Gény de Lectoure des moines de "bonne vie" et de reconstruire une "cathédrale". Un dessin du notaire Pey de Mayrés, daté de 1380, montre un édifice avec une tour romane carrée surmontée d'une flèche ajourée et une nef de deux travées carrées avec d'énormes piliers quadrangulaires. Certaines sources indiquent que l’église romane primitive devait être couverte de coupoles, comme certaines églises du sud-ouest inspirées par l’architecture byzantine et périgourdine. Sous l’épiscopat de Géraud de Monlezun (1265 - 1294), l’église fut agrandie. La nef reçut des voûtes sur croisées d'ogives et fut renforcée par de puissants piliers adossés aux murs latéraux, dont certains sont encore visibles aujourd’hui. Il fit également reconstruire le chœur et édifier un clocher dans l'angle nord-ouest.


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Au XVe siècle, Lectoure fut la capitale des puissants comtes d’Armagnac. Leur indépendance inquiéta le roi de France Louis XI. En 1473, le comte Jean V d’Armagnac se révolta contre le pouvoir royal. En représailles, Louis XI envoya une armée assiéger la ville. Le siège fut extrêmement violent, l’artillerie bombarda les remparts, la ville fut incendiée et les habitants furent massacrés. Jean V d’Armagnac fut tué lors de l’assaut et sa femme, enceinte, fut capturée. La légende raconte qu’elle aurait été enfermée dans une cave où elle mourut après avoir accouché. La "cathédrale" qui faisait partie des fortifications de la ville et abritait les derniers défenseurs fut gravement endommagée. La façade, le clocher et la nef furent en partie détruits. Après le siège, la ville dut être entièrement reconstruite. Le roi Louis XI accorda une aide pour cette reconstruction. L’évêque Pierre d'Abzac de la Douze fit appel en 1487 au maître d’œuvre tourangeau Mathieu Ragueneau pour reconstruire la "cathédrale". Celui-ci reconstruisit la nef, la façade et érigea, à partir de 1488, un clocher-donjon. Ce clocher était surmonté d’une flèche très élevée qui atteignait environ 88 m de hauteur, en faisant un des plus hauts édifices de l'époque dans le sud de la France. En 1540, l’évêque Jean de Barton chargea Arnaud Cazanove de poursuivre les travaux de la nef et du chœur. Le chœur reçut un chevet polygonal simple et fut entouré d'un déambulatoire. La nef reçut du côté nord de hauts contreforts et fut munie d'une galerie haute (triforium) et les deux grandes travées de la nef furent divisées pour créer dans chacune quatre chapelles.

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Au XVIe siècle, la région fut secouée par les affrontements entre catholiques et protestants. En 1561, les protestants furent les maîtres de Lectoure. L’évêque Guillaume V de Barton se réfugia à Auch. Les protestants s’attelèrent alors à la destruction de la "cathédrale". Les voûtes et le mur sud de la nef furent démolis. En 1562, Blaise de Monluc, commandant de l'armée catholique, se rendit maître de la ville après l'avoir assiégée. Cet événement stoppa la destruction de la "cathédrale", mais sa reconstruction ne fut entreprise qu'après la promulgation de l’Édit de Nantes en 1598. En 1600, ce fut l'architecte Bahia qui s'en chargea. En plus des travaux de reconstruction, il érigea un arc triomphal à la jonction entre la nef et le chœur. En 1742 fut conçu un ambitieux projet de reconstruction du chœur, des collatéraux, de la charpente et de la couverture de la nef, mais les conflits incessants entre l’évêque et les consuls de fabrique et le manque de financement en eurent raison. On ne procéda finalement qu'à quelques réparations sans envergure. Le 27 avril 1745, l’évêque Paul Robert de Beaufort bénit la première pierre de la rénovation des voûtes du chœur. En 1782, faute d'avoir investi 145 livres pour la réparation du clocher, il fallut démolir la flèche et l'étage octogonal la supportant. Cette démolition coûta la somme de 10 000 livres.


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La "cathédrale" subit de nouveaux dégâts en 1789, lors des troubles liés à la Révolution. Les révolutionnaires s’en prirent aux sculptures, aux statues et à la décoration du portail. Les douze statues représentant huit prophètes et les quatre évangélistes ornant le clocher furent détruites. Après la Révolution française et la réorganisation des diocèses par la bulle "Qui Christi Domini" du pape Pie VII, le diocèse de Lectoure fut supprimé et son territoire rattaché à l’archidiocèse d’Auch en 1801. L’édifice devint alors une simple église paroissiale. Le jubé séparant le chœur de la nef fut démoli en 1825 et en 1880 le maître-autel fut remplacé par un autel néo-gothique en marbre de Carrare. L'ancien autel fut relégué dans une des chapelles du déambulatoire. L'église fut classée Monument historique en 1897. Au début du XXe siècle, la maison greffée à la base occidentale du clocher fut démolie.

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La "cathédrale" de Lectoure appartient au gothique méridional, un style caractéristique du sud de la France. L’édifice d'une longueur de 60 m présente un plan relativement simple avec une nef unique très large, des chapelles latérales voûtées et un chœur entouré d’un déambulatoire avec des chapelles rayonnantes. La nef, dont les voûtes datent de la fin du XIIe siècle, mais furent reprises plus tard, est soutenue par de puissants piliers qui rappellent la structure romane primitive. Le déambulatoire repose sur dix piliers cylindriques et permet la circulation autour du chœur. La façade principale, reconstruite au XVe siècle, est relativement austère. Elle est encadrée de puissants contreforts et réalisée en calcaire local. La décoration sculptée a presque entièrement disparu à cause de la fragilité du calcaire et des destructions pendant les guerres de Religion et à la Révolution. Les niches qui contenaient autrefois des statues sont aujourd’hui très érodées. Le portail, à quatre arceaux reposant sur des colonnettes, a été privé au XIXe siècle de son linteau et de son pilier central, remplacés par un arc en anse de panier très banal. Au-dessus du portail se trouve une grande fenêtre ogivale, surmontée d'un oculus quadrifolié donnant sur les combles. À droite de la façade, se trouve l'hôtel de ville, jadis résidence de l'évêque. Ces bâtiments ne permettent pas de voir le côté sud de la nef. Du côté nord, sous un monumental contrefort, une entrée permet d'accéder à la jonction du chœur et de la nef. De ce côté, le chevet n'est pas visible, car intégré dans une propriété privée qui constituait jadis l'orangerie de l'évêché.

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La nef surprend par sa largeur de près de 21 m, pour une hauteur de voûtes identique. Les collatéraux de la nef sont constitués de huit chapelles surmontées par des galeries (triforium) et de grandes verrières. Les chapelles de la nef possèdent une voûte de croisée d'ogives, avec des clés sculptées et peintes. Du côté nord, la première est dédiée à Saint-Germain. La deuxième est dédiée à Saint-Louis et possède un retable du XVIIe siècle. La chapelle suivante, celle du Rosaire, expose une statue de la Vierge en bois doré. La dernière chapelle du côté nord, en marbre gris et noir, contient le monument funéraire de Claude-François de Narbonne-Pelet, évêque de Lectoure de 1746 à 1760. Sur le côté sud se succèdent la chapelle Saint-Jean-Baptiste, où se trouvent les fonts baptismaux et un autel en marbre du XVIIe siècle, la chapelle Sainte-Croix, avec une balustrade de chêne de sept panneaux sculptés de pilastres, de cariatides, motifs floraux et bestiaire fabuleux, une chapelle avec un autel et un retable du XVIIIe siècle et la chapelle du Sacré-Cœur, entièrement garnie de toiles peintes représentant le chemin de croix.

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Le chœur est long de 24 m et large de 11 m. Sa voûte, plus haute que celle de la nef, ne permet pas de voir l'épais arc triomphal qui les sépare. Dans le chœur ont été réinstallées au XIXe siècle les 36 stalles des chanoines, en bois sculpté, daté du XVIIe siècle. Au-dessus des arcades du déambulatoire, les murs du chœur sont percés de grandes verrières. Le déambulatoire se compose de neuf chapelles. Ces chapelles ont des voûtes croisées d'ogives à liernes et tiercerons avec des clés très saillantes. La chapelle Sainte-Catherine possède un autel de marbre et un retable en bois. Dans la chapelle de l’Assomption se trouve une très belle Assomption en marbre blanc, caractéristique de l'art baroque italien. Cette statue fut vénérée sous le nom de "Nostra-Dama la Blanca" (Notre-Dame la Blanche). La chapelle axiale, dédiée à la Sainte Famille, possède un très bel autel en bois sculpté et doré du XVIIe siècle, qui était jusqu'en 1880 le maître-autel de la "cathédrale". La chapelle Saint-Pierre était l'ancienne sacristie. Dans la chapelle Saint-Clair se trouve le reliquaire de Clair d'Aquitaine, l'évangélisateur de Lectoure après avoir été évêque d'Albi, et qui fut martyrisé aux pieds des remparts de la cité. Dans cette chapelle se trouvent également les reliques de Saint-Gervais et de Saint-Protais. La plupart des vitraux visibles aujourd’hui datent du XIXe siècle. La sacristie, qui se trouve au nord de la nef, et dont le mur extérieur est dans l'alignement des chapelles du chœur, est une ancienne chapelle pour les chanoines. Elle est suivie d'une arrière-sacristie voûtée où subsistent les restes de fresques. L'ensemble est aujourd’hui le musée d'Art sacré où sont exposés de nombreux objets et ornements liturgiques.

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Le clocher est accolé à la nef de la "cathédrale", mais est architecturalement indépendant. D'une hauteur de 45 m, il se compose de cinq niveaux de plan carré et de largeurs décroissantes. D'épais contreforts occupent les angles. Ayant eu un rôle défensif, la partie basse du clocher ne comporte que peu d'ouvertures. Celles-ci sont plus nombreuses aux étages supérieurs. Les grandes fenêtres comportaient à l'origine un montant central et des arcs polylobés. Les contreforts sont ornés de piédestaux qui étaient occupés avant la Révolution par des statues de prophètes et d'évangélistes. Les troisième et quatrième niveaux sont entourés par des galeries extérieures. La plate-forme supérieure est entourée d'une balustrade de pierre. On accède aux différents étages du clocher par un escalier à vis placé dans une tourelle extérieure, à l'angle sud-est du clocher. La suppression de la flèche au XVIIIe siècle changea radicalement la silhouette du monument. Les habitants de Lectoure disent parfois que la "cathédrale" a été "décapitée".


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Vous pouvez faire une visite virtuelle de la "cathédrale" en cliquant ici

Ces photographies ont été réalisées en 2025.

Je remercie monsieur François Picot pour sa contribution à cette page.

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 25 mars 2026

Cette page a été mise à jour le 25 mars 2026