La pointe du Raz

Debout sur ces falaises déchiquetées, nous voici au bout de la terre, la "Finis Terrae". En face de nous ne subsiste que l'île de Sein, dernier îlot habité avant l'immensité de l'Atlantique.

la pointe du raz
La pointe du Raz

La pointe du Raz est considérée par beaucoup de monde comme étant l'ultime avancé du continent européen dans l'Atlantique. Cette idée est cependant fausse, le cap Finisterre en Galice espagnole ou le cap Valencia en Irlande sont situés plus à l'ouest. Elle n'est même pas la terre la plus à l'ouest de France, car la pointe de St Mathieu et la pointe de Corsen vont un peu plus loin. Mais la croyance populaire, alimentée par l'aspect sauvage de ces falaises, hautes de 30 à 70 m, battus par les vagues, les dangers du Raz de Sein et les légendes, à la vie dure.

le raz de sein
Vue sur le raz de Sein

le raz de sein au large
Le phare au bout de la pointe

Le cap Sizun, dont les roches ont 600 millions d'années, se termine par deux pointes, celle du Raz et celle du Van, séparée par la baie des Trépassés. Celle-ci, constituée de plage de sable calcaire, contraste avec les falaises abruptes des deux pointes. Le sable des plages est constitué des débris des coquillages des mollusques que les vagues arrachent des falaises et broient. Sur les falaises, rares sont les plantes qui ont su s'y développer. Le site est livré aux assauts sauvages de l'Atlantique. Les vents y dépassent les 60 km/h durant plus de 150 jours par an et y dépassent même les 100 km/h durant une trentaine de jours. Rien d'étonnant, que dans les endroits les plus abrités, la végétation ne dépasse guère les 80 cm de hauteur. Étrangement lors de notre visite, la mer était particulièrement clémente.

la pointe du Van
La pointe du Van

Rien ne laissait présager que nous avions devant nous un des passages les plus difficiles de toute la côte bretonne. Les nombreux récifs et le violent courant existant dans le chenal entre la pointe du Raz et l'île de Sein font largement honneur aux proverbes bretons comme : "Nul ne l'a passé sans mal ni terreur" ou "Qui voit Sein, voit sa fin". Le marin breton qui passe le Raz de Sein murmure toujours "Mon Dieu, secourez-moi au passage du Raz, car mon bateau est petit et la mer est grande".

les falaises

le phare

La mer furieuse a largement entaillé la pointe et lors des tempêtes on peut entendre les gémissements des âmes des trépassés. Nous sommes à une des portes de l'autre monde. La tradition nous parle de la marmite de l'enfer. Il est vraisemblable que le Gobeum Promontorium dont parle le savant grec Ptolémée (90 à 168 apr. J.-C.) soit situé ici. Gobeum étant le terme celtique désignant le forgeron, terme que nous retrouvons dans le nom de Plogoff, la paroisse du forgeron. Le poète latin Claudien (370 à 404 apr. J.-C.) situe également à cet endroit les "Bouches du Ténare", l'entrée des enfers.

les rochers

L'historien byzantin Procope (490 à 568 apr. J.-C.) parle dans un de ses récits d'un pêcheur habitant en bord de mer à l'ouest de la Gaule. Celui-ci est parfois réveillé par des coups portés à sa porte. Lorsqu'il l'ouvre, une force invisible et irrésistible l'entraine vers son bateau. Celui-ci semble vide, mais s'enfonce néanmoins profondément dans l'eau, largement sous sa ligne de flottaison habituelle. Le pêcheur embarque et prend la mer en direction d'une mystérieuse île où une voix fait l'appel des âmes que son bateau transporte. Cette légende se perpétue en de nombreux endroits en Bretagne et particulièrement ici. La tradition populaire considère ce lieu comme un point de passage vers l'autre monde que les légendes celtiques nomment la terre des Jeunes, l'île lointaine, l'île d'Avallon, la terre de promission des Saints, le palais de cristal au-delà de la mer ou tout simplement l'autre Bretagne.

l'océan

La baie des Trépassés a peut-être une origine moins poétique. En effet, les courants marins y ramènent fréquemment les corps des noyés. Les tribus celtes de Bretagne y embarquaient également les corps des druides pour les conduire à leurs sépultures dans l'île de Sein. Les druides considéraient cette île comme sacrée. Une autre légende prétend que le 2 novembre, le jour des Morts pour l'église chrétienne, tous les noyés de la terre s'y réunissent à la recherche de ceux qu'ils aiment sur terre. Si vous passez ce jour-là près de la baie, vous pouvez y entendre le murmure de leurs voix. Si c'est le cas, récitez une prière pour le repos de ces âmes.

l'océan calme
Le calme avant la tempête

le pied des falaises
Le pied de la falaise

Les habitants de la région vous diront que l'on peut rencontrer des êtres fantomatiques parcourant la solitude de la mer et de la terre. Ce sont des "Krierien", des crieurs, allant en file de sept à la surface des vagues, leurs cirés ruisselants d'embruns, ou alors des "Anaon" qui vont simplement en de longues processions prier dans les chapelles de la lande. On peut aussi y voir des feux mystérieux sur l'océan.

Ces photographies ont été réalisées en juillet 1989.

 

Y ACCÉDER:

D'Audierne, prendre la D784 vers Plogoff puis poursuivez vers Lescoff d'où la route va vers la pointe du Raz ou vers la pointe du Van.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 30 mai 2010

Cette page a été mise à jour le 15 février 2015