L'ancienne abbaye de Saint-Guénolé

Fondée au Ve siècle par Saint-Guénolé, cette abbaye, après avoir connu son heure de gloire au XIIIe et XIVe siècle, connut un lent déclin. Elle disparut à la Révolution française. Démantelées au cours du temps, les ruines furent sauvées de l'anéantissement à la fin du XIXe siècle. La vie monastique reprit en ces lieux en 1950 par la construction par une communauté bénédictine d'une nouvelle abbaye.

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L'abbatiale

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L'abbatiale

Saint-Guénolé fut un disciple de Saint-Budoc de Dol qui s'était établi au Ve siècle sur l'ile Lavrec près de l'ile de Bréhat. Saint-Guénolé s'établit avec onze compagnons, en 482, sur l'ile de Tibidy dans l'estuaire de l'Aulne. En 485, il s'établit à Landévennec qui, en vieux breton, signifie monastère de Gwenolé. Ils y suivent la règle des Scots instaurés par Saint-Colomban. La vie de Saint-Guénolé nous est connue par deux hagiographies écrites au IXe siècle, l'une par l'abbé Gurdisten et l'autre par le moine Clément. Nous y apprenons, entre autres faits, que Guénolé gagna l'amitié du roi Gralon de Cornouaille. À sa mort en 532, Saint-Gwenaël, qu'il recueillit lorsqu'il avait onze ans, lui succéda à la tête de l'abbaye. La fondation de l'abbaye vers l'an 500 a été confirmée par les fouilles de 1978 du site qui établirent la présence d'un oratoire entouré de tombes à quelques dizaines de mètres d'une ancienne villa romaine. Un nouveau bâtiment fut érigé sur le site vers 660. Celui-ci fut reconstruit en pierre vers 750.

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Les ruines du cloitre

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L'abbaye en 1684 (gravure de Don Germain)

En 818, l'empereur Louis le Pieux vint en Bretagne pour y recevoir la soumission du roi des Bretons, Morvan. À cette occasion, il demanda, lors d'une entrevue à Priziac, à l'abbé de Landévennec, Matmonoc, de renoncer à la règle de Saint-Colomban et d'adopter la règle de Saint-Benoit. Avec ce changement eut lieu la reconstruction de l'abbaye. L'oratoire fut remplacé par une église et les bâtiments du monastère furent rassemblés autour d'un cloitre. Les bâtiments construits en pierre reçurent des toits recouverts de tuiles. Le monastère fut protégé par un mur d'enceinte. Les reliques de Saint-Guénolé furent alors transférées dans un nouveau tombeau disposé dans le chœur de l'église. Lors des fouilles, trois sarcophages en bois datées de cette période furent retrouvées dans un caveau situé sous le porche de l'église.

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Un des sarcophages en bois trouvés lors des fouilles

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Le tombeau de Saint-Guénolé

En 913, le monastère fut la proie des Vikings qui le pillèrent et l'incendièrent. Les moines prirent la fuite en emportant les reliques et les manuscrits. Ils trouvèrent refuge à Montreuil où ils fondèrent, en 926, l'abbaye Saint-Walloy. Ce n'est que vers 950 qu'ils revinrent pour reconstruire l'abbaye avec l'aide du seigneur Riwalen 1er de Rosmadec. L'église fut remplacée par une abbatiale de style roman aux alentours de 1050. À la nef existante furent rajoutés un transept et un chœur à déambulatoire avec des chapelles rayonnantes. Un mausolée fut érigé à l'angle sud-ouest de la croisée du transept. Cette sépulture seigneuriale est attribuée par la tradition au roi Gralon. L'abbaye devint alors un lieu de pèlerinage à Saint-Guénolé.

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Le choeur de l'abbatiale

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Au cours de la guerre de succession de Bretagne (1341-1364), l'abbaye fut incendiée par les Anglais en 1355. En 1387, elle fut pillée par les soldats de Jean III de Montfort, duc de Bretagne. Après sa reconstruction, elle fut à nouveau pillée en 1480. Mais la plus grande catastrophe survint en 1524 lorsqu'elle bascula dans le régime de la commende qui signa son déclin progressif. Entre 1570 et 1606, Troilus de Mesgouez, marquis de la Roche, abbé commendataire, confia la gestion du domaine à son frère René, seigneur de Kermoulec, qui, en plus de piller les revenus de l'abbaye, chassa les moines. En 1594, les bâtiments de l'abbaye furent pillés et incendiés par les ligueurs, des catholiques en guerre contre les protestants. La restauration de l'abbaye fut entreprise entre 1608 et 1630 par Jean Briart. Celle-ci fut alors rattachée à la congrégation de Saint-Maur par le pape Urbain VIII en 1628.

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Plan du 1er étage de l'abbaye dressé en 1651 par R. Plouvier (© Archive nationale)

Entre 1650 et 1655, le moine et architecte Frère Robert Plouvien reconstruisit les bâtiments, mais à la fin du XVIIe siècle l'abbaye fut à nouveau en ruine. En 1781, le roi autorisa le rattachement de la mense abbatiale à l'évêché de Cornouaille et à son évêque, Toussaint François Joseph Conen de Saint-Luc, qui devint l'abbé commendataire en 1785. Après la Révolution, à partir de 1791, la paroisse de Landévennec utilisa l'abbatiale comme église paroissiale. En 1792, les quatre moines restant sur place abandonnèrent l'abbaye qui fut vendue comme bien national à Joseph Richard Duplessis. En 1815, le nouvel acquéreur détruisit une partie du site pour y implanter des fours à chaux. Au cours du XIXe siècle, les restes de l'abbaye connurent six propriétaires différents. Le sauvetage débuta en 1875 par le rachat des ruines par le comte Louis de Chalus qui entreprit la restauration des ruines.

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Le site fut acquis en 1950 par la communauté monastique de l'abbaye bénédictine de Kerbeneat. Celle-ci construisit, entre 1950 et 1965, une nouvelle abbaye à une centaine de mètres du site. En 2014, cette abbaye était forte d'une vingtaine de moines. À partir de 1978 débutèrent des fouilles archéologiques et la restauration actuelle de l'ancienne abbaye. Le site est géré et animé depuis 1988 par l'association "Abati Landevenneg" qui y organise des expositions d'artistes et des exhibitions de comédiens et de musiciens. Un musée ouvrit sur le site en 1990.

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Ces photographies ont été réalisées en juin 2021.

 

Y ACCÉDER:

L'ancienne abbaye se situe au centre du village de Landévennec. Son accès est fléché dans la presqu'ile de Crozon.

La visite est payante.

 



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Cette page a été mise en ligne le 1er novembre 2021

Cette page a été mise à jour le 1er novembre 2021