Les abris sous roche de Rochedane

Entre St-Hippolyte et Montbéliard, le Doubs forme des méandres dans une vallée encaissée. Il recoupe l'anticlinal du Lomont entre Villars-sous-Dampjoux et Pont-de-Roide. La rivière y a creusé son lit dans les couches calcaires du jurassique supérieur en créant d'impressionnantes falaises. Au sud de Pont-de-Roide, les crues du Doubs et le gel ont créé de beaux abris sous roche au pied des falaises.

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Le rocher de Rochedane

Au pied de la falaise surplombant le côté gauche du Doubs, au sud du rocher de Rochedane, s'ouvrent sept abris sous roche de différentes tailles. Nous allons les parcourir du nord vers le sud. Tous ces abris sont situés à environ 50 m au-dessus du niveau du Doubs. Leur creusement est donc largement plus ancien que l'abri sous roche de Rochedane que nous verrons par la suite. Le premier abri a une longueur d'environ 6 m pour une profondeur de 2 m. Sa hauteur actuelle est de 0,50 m et il est partiellement comblé par les sédiments.

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Le 1er abri sous roche

Le deuxième abri a une longueur d'environ 15 m pour une profondeur de 2 m. Sa hauteur actuelle est de 2 m.

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Le 2e abri sous roche

En parcourant le pied de la falaise, nous pouvons observer deux remarquables trous parfaitement circulaires. Le premier a un diamètre d'environ 5 m et une profondeur de 5 m. Le diamètre du deuxième est de 2 m pour une profondeur de 2 m.

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Les deux trous

Le troisième abri a une longueur d'environ 10 m pour une profondeur de 1,50 m. Sa hauteur actuelle est de 2,50 m.

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Le 3e abri sous roche

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Le 3e abri sous roche

Le quatrième abri a une longueur d'environ 4 m pour une profondeur de 3 m. Sa hauteur actuelle est de 1 m.

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Le 4e abri sous roche

Nous trouvons ensuite une petite grotte profonde de 2 m, mais haute de 4 m. Il existe peut-être un accès à des galeries plus profondes dans la partie supérieure de cette cavité.

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L'entrée de la petite grotte

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Dans la grotte

Le cinquième abri a une longueur d'environ 5 m pour une profondeur de 10 m. Sa hauteur actuelle au niveau de l'entrée est de 5 m pour se rapetisser jusqu'au niveau du sol.

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Le 5e abri sous roche

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Au fond de cet abri

Le sixième abri a une longueur d'environ 20 m pour une profondeur de 5 m. Sa hauteur actuelle est de 8 m.

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Le 6e abri sous roche

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Le 6e abri sous roche

L'abri sous roche de Rochedane, proprement dit, se trouve du côté sud de la trouée de l'ancienne voie de chemin de fer coupant le rocher de Rochedane en deux. Cet abri a une longueur d'environ 10 m, une profondeur de 15 m et une hauteur de 4,50 m. Il est situé à une dizaine de mètres au-dessus du niveau actuel de la rivière et a été découvert, du point de vue archéologique, en 1877 lors de la construction de la voie ferrée. Cet abri est mondialement connu pour avoir livré 77 galets gravés et 122 galets peints datés de la période azilienne (11000 à 9500 ans BP). Depuis sa découverte, l'abri a attiré de nombreux fouilleurs (pas toujours officiels). Leurs travaux ont fini par détruire l'habitat préhistorique au centre de l'abri sans que les découvertes aient fait l'objet de publications scientifiques. Entre 1966 et 1976, les zones périphériques de l'abri ont été fouillées de manière méthodique par les archéologues A. Thévenin, J. Sainty et M. Campy.

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Le rocher abritant l'abri sous roche de Rochedane

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Le rocher de Rochedane coupé en deux par la tranchée de la voie de chemin de fer

Le remplissage de l'abri de Rochedane présente deux ensembles. L'ensemble inférieur est constitué d'une alternance de trois niveaux fluviatiles, déposés par les crues du Doubs, et de trois niveaux cryoclastiques, constitués de plaquettes rocheuses détachées des parois par le gel. L'ensemble supérieur est constitué uniquement de niveaux cryoclastiques. Les niveaux fluviatiles se sont tous relevés stériles en matériaux archéologiques. Les niveaux cryoclastiques de l'ensemble inférieur dénommés (de bas vers le haut) D2, D1 et C1 ont été datés par C14 de la période azilienne. Le niveau D1 a été occupé aux alentours de 11090 +/-470 BP et le C1 aux alentours de 11060 +/- 200 BP. Dans l'ensemble supérieur ont été reconnu cinq couches archéologiques dénommées (de bas vers le haut) B, A4, A3, A2 et A1. La couche B, de couleur noire, était très riche en fragments osseux. Les couches A représentent une épaisseur de 1 m de sédiment. La couche B est datée de l'azilien évolué soit 10730 +/- 190 BP, la couche A4 est datée de l'azilien très évolué soit 9210 +/- 120 BP, les couches A3 et A2 sont datées du mésolithique et la couche A1 du néolithique et du Gallo-Romain. Le remplissage de l'ensemble supérieur n'a plus été affecté par les crues du Doubs.

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Au fond de l'abri de Rochedane

La vie de l'abri peut être résumée en cinq phases. Durant la première phase (couche E), après avoir creusé la roche calcaire pour former l'abri, le Doubs y pénètre lors de ses crues pour y déposer du limon. L'apport cryoclastique devient ensuite prédominant pour former la couche D2 correspondant à la première occupation humaine. Durant la deuxième phase (couche C2), les crues du Doubs déposent régulièrement du limon dans l'abri. Des traces biologiques (trace d'insectes et de vers) démontrent la présence permanente de flaques d'eau dans l'abri. La troisième phase (couche D1) correspond à une période cryoclastique, suivi de la deuxième occupation humaine (couche C2). Durant la quatrième phase, d'importantes crues érodent les couches D2, C2 et D1 dans la partie antérieure de l'abri. Elles provoquent également un important dépôt de limon jusqu'au fond de l'abri (couche C1) et sont suivies de la troisième occupation humaine. Jusqu' à la quatrième phase, le climat est froid avec la présence d'un permafrost empêchant l'infiltration de l'eau. Les fortes précipitations et les fontes brutales de la neige provoquent un débit très irrégulier du Doubs alternant des crues décapantes et des étiages. C'est la fin de la glaciation de Würm. À la cinquième phase, l'abri et la terrasse s'assainissent.

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L'abri de Rochedane

Les fouilles effectuées ont permis de déterminer que durant les premières occupations de l'abri, datées de l'alleröd (11700 à 10900 BP) et du dryas final (10900 à 9700 BP), les hommes cantonnaient dans l'abri alors que durant le boréal (9700 à 7500 BP) le cantonnement se faisait sous des huttes modestes implantées devant l'abri. La valeur archéologique de l'abri est surtout liée à la collection de 77 galets gravés et de 122 galets peints qu'il a livrés. Cette collection en fait l'un des gisements les plus importants au monde. Parmi les galets gravés, douze ont été trouvés in situ dans les niveaux D1, C1 et B. La majorité des autres galets gravés sont, d'après des critères de concrétionnement, issus de la couche B. Pour les galets peints seuls, quatre ont été trouvés in situ dans les niveaux D2 et D1. Les autres, ramassés jusqu'à 400 m de l'abri, seraient issus de la couche C1, mais sans aucune preuve formelle.

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L'abri de Rochedane vu de l'extérieur

Pour les galets gravés, 74 sont des galets de calcaire local, les trois autres sont en schiste. Aucun autre support, osseux ou lithique, ne porte des gravures. Ces galets sont de forme rectangulaire ou ovalaire avec une longueur d'environ 1.3 fois la largeur. La longueur varie entre 2,80 cm et 14,70 cm. La largeur est comprise entre 1,90 cm et 8,30 cm et l'épaisseur varie entre 0,80 cm et 3,90 cm. Dix-neuf galets présentent deux faces planes, treize galets ont une face plane et une face bombée et 33 galets ont deux faces bombées. Tous les galets sont gravés sur une face sauf six qui le sont sur deux faces. Les gravures occupent généralement que la moitié de la surface de la face, ce qui les distingue des galets gravés magdaléniens où la gravure recouvre toute la surface disponible. Les préhistoriens ont déterminé que la lecture des gravures s'effectuait toujours dans le sens longitudinal du galet.

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Une autre vue de l'abri de Rochedane

La gravure n'est jamais très profonde et dans certains cas que très superficielle, ce qui rend la reconnaissance difficile. Sur 47 galets, la gravure se compose d'une succession de traits parallèles (entre 8 et 33) disposés en rangées séparés par un intervalle avec ou sans gravure de très petites incisions. Sept galets présentent des gravures de figures géométriques plus recherchées. Les autres galets ont des gravures simples composées de quelques traits.

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Les galets gravés et peints de Rochedane

Les galets peints sont tous constitués de calcaire local. Leur longueur varie entre 5 et 23 cm, leur largeur entre 2 et 13 cm et leur épaisseur entre 1 et 3 cm. Ils sont également de forme rectangulaire ou ovalaire avec une surface très lisse et de coloration plus claire que les galets gravés. Ces derniers ayant certainement été très manipulés par leurs auteurs. Certains des galets gravés présentent également des traces de couleur. Tous les galets ont été peints avec une couleur rouge (faible, sombre, brun rougeâtre ou brun rougeâtre foncé) constituée d'oxyde de fer. Cette peinture a été appliquée au doigt ou avec un tampon de fourrure. Certains motifs montrent également l'utilisation d'un pinceau fin à poils souple. Les galets sont peints selon différents motifs. Les points isolés en position apicale, les points longitudinaux alignés sur une face et les points disséminés sur toute la face représentent 20 % des motifs. Les bandes épaisses transversales sur une face, les bandes ceinturant le galet et les bandes fines transversales représentent 35 % des motifs. Les bandes longitudinales sur galets courts constituent 5 % des motifs. Les motifs particuliers (zoomorphe (?), trapèze et empreinte de mains) sont 7 % et les bandes transversales ou longitudinales avec des points et les motifs non reconnus représentent le reste.

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Galet peint du Mas d'Azil
(origine Wikipédia, Galet peint MHNT.PRE.MAZ.2006.0.93 par Didier Descouens

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Galet peint du Mas d'Azil
(origine Wikipédia, Galet peint MHNT.PRE.MAZ.15 par Didier Descouens

Les études réalisées sur les galets de l'art azilien ont fait ressortir trois zones artistiquement distinctes : une zone méridionale (Pyrénées/Languedoc), une zone centrale (Périgord/Quercy) et une zone orientale (axe rhodanien/Jura). Sur des supports identiques, cet art présente des gravures schématiques de trois types différents (Rochedane, Mas d'Azil et l'abri Pagès) et des représentations peintes très simples (point et bande). Ces gravures et dessins avaient une importance symbolique connue et reconnaissable par tous les humains de cette culture. Ces galets, bien que manipulés par un grand nombre, étaient que très rarement utilisés comme outil. Leur usage était donc certainement cultuel.

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Le côté droit de l'abri sous roche de Rochedane

Ces photographies ont été réalisées en juin 2014.

 

Y ACCÉDER:

Au centre-ville de Pont-de-Roide, au niveau du virage à angle droit vers la gauche, prendre la direction, sur la droite, vers la "plage". À l'embranchement pour la "plage", poursuivre tout droit puis prendre la direction de Villars-sous-Dampjoux. Se garer au niveau du 1er chemin partant sur la gauche, à l'entrée de la forêt. En face de ce chemin, prendre le sentier grimpant tout droit vers la falaise (au niveau du sentier partant de manière oblique sur la gauche).

Pour l'abri de Rochedane, suivre le chemin où vous êtes garé en direction de Pont-de-Roide (ancienne voie ferrée).

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 9 août 2014

Cette page a été mise à jour le 15 février 2015