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À quelques kilomètres à l'ouest de Verdun, la butte de Vauquois constitue l'un des sites les plus spectaculaires de la Grande Guerre en France. L'endroit ne conserve pratiquement rien du village qui existait avant 1914, mais le relief lui-même porte encore les conséquences des combats : tranchées, entonnoirs de mines, abris, vestiges de béton et entrées de galeries. Pendant près de quatre années, Français et Allemands se disputèrent cette hauteur de 290 m. Après les assauts d'infanterie de l'hiver 1914-1915, la bataille se transforma en une guerre souterraine d'une intensité exceptionnelle. Les deux adversaires creusèrent plusieurs dizaines de kilomètres de galeries, descendirent progressivement à des dizaines de mètres sous la surface et firent exploser des centaines de mines. Au total, 519 explosions souterraines sont recensées, dont 320 françaises et 199 allemandes, tandis que les réseaux atteignirent environ 5 km du côté français et 17 km du côté allemand. Plus de 1 000 tonnes d'explosifs furent utilisées. Le site actuel, classé au titre des monuments historiques depuis 1937, constitue ainsi un véritable conservatoire archéologique de la guerre de position et de la guerre des mines.

La butte de Vauquois
Avant la guerre, Vauquois était un petit village meusien établi au sommet d'une butte dominant les vallées de l'Aire et de la Buanthe. En 1914, environ 168 habitants vivaient sur la hauteur. La position culmine à environ 290 m d'altitude. Son intérêt militaire tient moins à son altitude absolue qu'à son isolement au-dessus du paysage environnant. Depuis son sommet, les observateurs pouvaient surveiller une vaste partie de l'Argonne et contrôler visuellement plusieurs voies de communication. Pour les deux armées, la possession de Vauquois permettait donc d'établir un observatoire particulièrement favorable à l'artillerie. La butte constitue également un verrou entre les secteurs de l'Argonne, de Verdun et de la Champagne. Lorsque la guerre de mouvement gagna la région en septembre 1914, la position devint immédiatement un objectif militaire. Les combats atteignirent Vauquois au début du mois de septembre 1914. Les forces allemandes progressèrent à travers l'Argonne tandis que les Français tentaient de maintenir une ligne défensive permettant notamment de couvrir Verdun. Le 3 septembre, les combats commencèrent autour de la butte et la population civile fut évacuée. Les Français installèrent alors des troupes sur la hauteur. Mais la situation se détériora rapidement. Le 24 septembre 1914, l'artillerie allemande bombarda violemment la position puis l’Infanterie Division 33 (ID) allemande attaqua et chassa la 9e division d'infanterie française (DI) et le 82e régiment d'infanterie français (RI). Les Allemands occupèrent alors Vauquois. Les pertes françaises de cette journée furent de 50 morts et 150 blessés. La prise de Vauquois permit aux Allemands de disposer d'un observatoire particulièrement utile et de contrôler le terrain environnant. Ils commencèrent immédiatement à transformer le village en position fortifiée.

Vestige de tranchées

Vestige de tranchées
À partir de l'automne 1914, le village devint progressivement une position militaire. Les maisons furent intégrées au système défensif ou détruites par les bombardements. Des tranchées furent ouvertes autour du sommet et sur les pentes. Des abris furent construits et les communications avec l'arrière organisées. Les Allemands disposaient d'un avantage essentiel en tenant le sommet. Les Français durent donc attaquer en remontant les pentes, sous le feu des mitrailleuses, de l'artillerie et des défenseurs retranchés. La première phase de la bataille prit ainsi la forme d'une succession d'attaques françaises et de contre-attaques allemandes. La première tentative française importante pour reprendre le village intervint le 28 octobre 1914. Ce jour, le commandant Rallet, commandant le 331e bataillon du 46e RI, reçut l'ordre d'attaquer Vauquois appuyé par un bataillon du 89e RI. Plusieurs attaques successives furent lancées, mais toutes échouèrent. Les Français renouvelèrent leurs efforts les 8 et 9 décembre, puis le 20 décembre. À plusieurs reprises, l'infanterie française parvint à atteindre le sommet ou ses abords immédiats. Mais les Allemands contre-attaquèrent et repoussèrent les assaillants. Les combats furent particulièrement meurtriers du fait que les distances étaient courtes et que les positions allemandes bénéficiaient du relief. Entre le 20 et le 25 décembre, les 131e, 262e, 82e et 41e RI, ainsi que le 44e régiment d'infanterie coloniale, participèrent à de nouvelles opérations qui ne permirent cependant pas de reprendre durablement la hauteur. À la fin de 1914, les Français se trouvaient donc toujours au sud de la butte tandis que les Allemands contrôlaient son sommet et le village.


Au début de 1915, l'état-major français décida de reprendre Vauquois. La situation de la butte doit être replacée dans le contexte plus général des opérations françaises en Champagne et en Argonne. La possession de Vauquois permettait notamment de supprimer un important observatoire allemand. Le secteur fut confié au 5e corps d'armée, commandé par le général Micheler. La 10e DI devait jouer un rôle majeur dans l'opération. L'offensive débuta le 17 février 1915. Les conditions météorologiques étaient mauvaises et rendirent difficile la préparation de l'attaque. Les Français disposaient toutefois d'un premier dispositif de guerre souterraine. Les sapeurs avaient creusé plusieurs petites galeries et préparé des charges destinées à exploser sous les positions allemandes. Le 31e RI attaqua notamment le village. La préparation d'artillerie et les explosions de mines furent cependant insuffisantes pour neutraliser les défenses allemandes. Une partie des Français parvint néanmoins à pénétrer dans le village. Le 31e RI atteignit notamment les ruines de l'église. Mais les troupes allemandes conservèrent leurs positions sur les hauteurs et déclenchèrent une contre-attaque appuyée par l'artillerie. Les Français durent abandonner le terrain gagné. La tentative du 17 février montre une nouvelle fois la difficulté de l'opération. Même lorsqu'une unité d'infanterie atteignait les positions ennemies, elle ne pouvait s'y maintenir si les tranchées, mitrailleuses et abris adverses n'avaient pas été suffisamment détruits. Une nouvelle attaque fut préparée pour la fin février. Le 28 février 1915, les 46e et 89e RI passèrent à l'attaque. Cette fois, l'artillerie fut beaucoup plus importante. Les Français réussirent à atteindre le village, mais se heurtèrent encore aux positions allemandes et aux mitrailleuses. Le lendemain, 1er mars, les 31e, 46e et 89e RI reprirent l'offensive. L'attaque réussit cette fois à établir une présence française durable dans le village, notamment le long de la rue des Juifs. Les Allemands réagirent immédiatement. Dans la nuit du 3 au 4 mars, ils lancèrent une contre-attaque massive qui dura plusieurs heures. Les Français parvinrent cependant à conserver leurs positions. Le 4 mars, les Français reprirent l'offensive avec notamment le 313e RI et le 42e régiment d'infanterie coloniale. Ils progressèrent jusqu'à la Grande Rue, mais furent finalement rejetés vers leurs positions de départ. Le 5 mars, les Français contrôlaient une partie importante de la butte. Le résultat fut essentiel : les deux armées se trouvaient désormais face à face sur la hauteur, leurs premières lignes étant parfois séparées seulement de quelques dizaines de mètres.

Carte envoyée le 9 septembre 1915 par mon
grand-père
Xavier affecté au LIR124 en Argonne
et représentant la cloche de l'église de Vauquois
Le 15 mars 1915, le 76e RI tenta encore de progresser. L'attaque avait été prévue la veille, mais reportée en raison du brouillard qui empêcha l'artillerie de régler correctement ses tirs. La préparation d'artillerie dura environ deux heures et demie. Les Allemands avaient cependant eu le temps de renforcer leurs défenses. L'attaque française ne permit de gagner qu'une cinquantaine de mètres. Parmi les victimes de cette attaque se trouvait Henri Collognon, surnommé "le pere Collignon", âgé de 58 ans. Cet ancien préfet, secrétaire général de la présidence de la République, officier de la Légion d'honneur, s'était engagé comme volontaire au 46e RI. Il fut tué par un éclat d'obus alors qu'il se portait au secours d'un soldat du 76e RI. Il devint alors évident qu'une nouvelle offensive frontale ne permettrait pas de conquérir facilement le sommet. La guerre de position commença. Et c'est précisément à ce moment que Vauquois va devenir l'un des principaux théâtres de la guerre des mines sur le front occidental. La situation tactique fut particulièrement favorable à la guerre souterraine. Les premières lignes étaient très proches les unes des autres. Une attaque d'infanterie exposait immédiatement les soldats au feu des mitrailleuses. L'artillerie ne pouvait pas toujours détruire suffisamment profondément les abris. Une autre solution consista donc à passer sous les positions ennemies. Le principe est simple. On creuse une galerie depuis ses propres lignes, on progresse sous le terrain ennemi, on descend suffisamment profondément pour éviter les contre-mines, on avance horizontalement sous les positions adverses, on y aménage une chambre appelée "fourneau de mine", on y place une charge explosive, on provoque l'explosion et on profite éventuellement du bouleversement du terrain pour attaquer le cratère ou les tranchées ennemies. Cette technique entraîna immédiatement une seconde guerre : il faut non seulement creuser ses propres galeries, mais aussi écouter l'ennemi, localiser ses travaux et tenter de le détruire par un camouflet avant qu'il n'atteigne ses objectifs.



La roche de la butte, la gaize d'Argonne, se prête relativement bien au creusement. Les premiers travaux restèrent relativement superficiels. Mais les Français et les Allemands comprirent rapidement que leurs adversaires creusent eux aussi. Les galeries devinrent donc progressivement plus profondes. Les sapeurs travaillaient dans des conditions extrêmement difficiles : obscurité complète, ventilation insuffisante, poussière, humidité, bruit des outils et menace permanente d'un effondrement ou d'une explosion. Les sapeurs français et les pionniers allemands travaillaient constamment sous la menace d’être enseveli ou d’être intoxiqué par les gaz produits par un camouflet ennemi ou d'une explosion accidentelle comme celle du 31 décembre 1916 qui tua 36 sapeurs français. À certains endroits, les équipes des deux camps se rapprochaient tellement qu'elles pouvaient entendre les coups de pioche adverses. La guerre souterraine devint alors une véritable bataille d'écoute. Chaque camp cherchait à déterminer où travaillait l'adversaire, à quelle profondeur, dans quelle direction il progressait, s'il préparait une mine, s'il était possible de le rejoindre par une galerie, s'il fallait abandonner une galerie devenue dangereuse ou s'il fallait placer une charge destinée à détruire son réseau. Les Allemands développèrent progressivement le réseau le plus important. Le système atteignit finalement environ 17 km de galeries, puits et rameaux. La différence avec les petits travaux souterrains du début de la guerre était considérable. Le sous-sol allemand comprenait des installations destinées non seulement aux opérations minières, mais également à la vie quotidienne des troupes avec des casernements, des postes de commandement, des communications, des dépôts et des installations techniques et sanitaires. L'association des Amis de Vauquois recensa 184 pièces dans le casernement souterrain allemand. À mesure que la guerre se prolongeait, le réseau allemand devint une véritable infrastructure souterraine. Le réseau français était moins étendu, mais devint lui aussi très complexe. Environ 5 km de galeries furent creusés sous les positions françaises. Les Français réalisaient des galeries d'accès, des rameaux de combat, des postes de commandement et différents abris. Les galeries servaient également à protéger les soldats contre les bombardements et à permettre le déplacement des hommes et des munitions à l'abri des tirs. Les deux réseaux se développèrent donc parallèlement, parfois à quelques mètres l'un de l'autre. Au total, les sources patrimoniales françaises comptabilisent environ 22 km de réseaux souterrains conservés dans la butte, d'autres sources historiques parlent de 23 km.


L'année 1915 constitua la période de mise en place du système. Les premières explosions furent relativement modestes. Les charges étaient destinées à provoquer des entonnoirs et à détruire les tranchées adverses. Mais l'objectif n'était pas uniquement de tuer. Une mine pouvait détruire une tranchée, ensevelir un abri, ouvrir une brèche, couper une communication, créer un cratère pouvant servir de nouvelle position ou provoquer un déplacement de la ligne de front. Après chaque explosion, l'infanterie pouvait tenter d'occuper le bord du cratère. Cela donna naissance à un type de combat caractéristique de Vauquois : l'explosion était immédiatement suivie par une lutte pour la possession du terrain bouleversé. La guerre des mines ne remplaça donc pas la guerre de surface, elle la préparait et la prolongeait. Les Allemands ne se contentaient évidemment pas de subir les travaux français. Ils développèrent leurs propres galeries et cherchèrent à intercepter les sapes françaises. Une partie du travail consistait à creuser des contre-mines. Lorsqu'une galerie française était repérée, les Allemands pouvaient tenter de placer une charge à proximité afin de la détruire. Inversement, les Français cherchèrent à localiser les galeries allemandes. Le sous-sol devint ainsi un réseau tridimensionnel dans lequel chaque camp tentait de déterminer la position de l'autre. La guerre se poursuivit en surface tandis qu'une seconde guerre se déroulait quelques dizaines de mètres plus bas.



La guerre de position ne se limita pas aux mines. Les Français expérimentèrent également des armes nouvelles. Le 6 juin 1915, un détachement de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, la compagnie "engins spéciaux" 22/6 du 1er régiment du génie du camp de Satory, intervint à Vauquois avec des appareils Schilt, destinés à projeter du liquide inflammable contre les positions allemandes. L'opération accompagnait une attaque du 76e RI déclenchée à 20 h 10. Les sapeurs mirent en œuvre 18 appareils projetant environ 3000 litres d'un liquide composé de 30 % de pétrole et 70 % d'huile légère de houille contenu dans des récipients sous pression vers les positions allemandes. Ce liquide fut ensuite enflammé par des grenades incendiaires. Mais l'opération tourna au drame. Un changement de direction du vent et l'explosion d'un dépôt de munitions allemand touché par un projectile de crapouillot provoquèrent un retour des flammes vers les lignes françaises. Trente et un soldats français (dont six disparus) furent tués et cent vingt-sept furent blessés par le feu (dont 6 disparus). Cet épisode illustre les conditions extrêmement dangereuses dans lesquelles les nouvelles armes étaient expérimentées sur la butte.

Mémorial aux Sapeurs-pompiers

Les entonnoirs de mines
En 1916, la guerre des mines atteignit une dimension nouvelle. Les charges augmentèrent considérablement. Les galeries furent creusées de plus en plus profondément afin de permettre aux sapeurs de passer sous les réseaux adverses. Une explosion allemande de quatre tonnes intervint notamment le 3 mars 1916. Le 23 mars, les Français firent exploser une charge d'environ dix tonnes sous les fortifications allemandes proches de l'église. Mais aucune de ces explosions ne permit de résoudre définitivement la bataille. Les positions furent détruites, puis reconstruites. Les entonnoirs furent occupés. Les tranchées furent recreusées. Les réseaux souterrains furent réparés ou déplacés. La guerre des mines devint donc une guerre d'usure. Le 14 mai 1916 à 16 h 10, les Allemands déclenchèrent leur plus importante explosion sur la butte. Environ 60 tonnes d'explosifs furent utilisées. La détonation bouleversa profondément le secteur occidental de la butte. L'explosion tua 108 hommes du 46e RI et produisit un gigantesque entonnoir d'environ 100 m de diamètre et de plus de 25 m de profondeur. Le bruit de l'explosion fut entendu à plusieurs dizaines de kilomètres. L’aménagement de cette mine nécessita le travail continu de 50 hommes durant trois semaines. Pourtant, malgré l'ampleur de la destruction, les Allemands n'obtinrent pas de résultat décisif. C'est l'une des caractéristiques fondamentales de Vauquois : la puissance croissante des explosions ne produisit pas de percée stratégique. Les deux armées restèrent face à face.


L'explosion du 14 mai 1916 constitua en quelque sorte le point culminant de l'escalade. Les explosions continuèrent toutefois. Durant l'été 1916, les charges employées atteignaient plusieurs tonnes et les destructions se multipliaient. Mais l'expérience montra que chaque explosion entraînait surtout une nouvelle phase de travaux. Un cratère devait être occupé. Une tranchée devait être reconstruite. Un abri devait être déplacé. Une galerie devait être réparée. Le terrain devint de plus en plus chaotique. À partir de 1916, Vauquois prit progressivement le caractère d'une position défensive où les coups de main, les bombardements et les mines remplacèrent les grandes offensives d'infanterie. En 1917, l'évolution de la guerre réduisit progressivement l'intérêt stratégique immédiat de Vauquois. Les moyens d'observation avaient changé. L'aviation et les ballons d'observation permettaient désormais d'obtenir des informations que le contrôle du sommet fournissait auparavant. Les deux camps continuèrent cependant à entretenir leurs réseaux. Les projets devinrent de plus en plus ambitieux. Les Français envisagèrent notamment de placer trois mines à une profondeur d'environ 45 m, représentant ensemble environ 145 tonnes d'explosifs. Les Allemands développèrent parallèlement trois galeries descendant jusqu'à environ 110 m. Ces projets ne furent finalement pas achevés, notamment en raison du manque de main-d'œuvre et de munitions. À la fin de 1917, les travaux de creusement de nouveaux réseaux cessèrent progressivement. Les hommes se consacraient désormais principalement à l'entretien des galeries existantes et à des opérations de contre-mine. La guerre des mines se poursuivit encore quelques mois. La dernière mine française fut déclenchée le 21 mars 1918. Le dernier camouflet allemand explosa le 9 avril 1918. Cette date marqua la fin de la véritable guerre souterraine de Vauquois. La position n'avait plus la même importance stratégique et les moyens nécessaires manquaient. Les Français, de leur côté, entreprirent le comblement et la neutralisation de certaines galeries, notamment au moyen de sacs de terre et de barbelés.


Au printemps et à l'été 1918, le centre de gravité des opérations se déplaça. Les Français furent relevés dans le secteur par des troupes italiennes en mai-juin. La butte était désormais loin de constituer le principal enjeu du front. Mais les Allemands tenaient toujours leurs positions. La situation changea avec la préparation de l'offensive franco-américaine de septembre 1918. Le 26 septembre 1918, les forces américaines passèrent à l'offensive dans le cadre de la grande offensive de Meuse-Argonne. La 35e division américaine attaqua dans le secteur. Les 138e et 139e régiments d'infanterie américains participèrent à la prise de la butte. Cette fois, les combats furent très différents de ceux de 1915. Il n'était plus nécessaire de conquérir quelques dizaines de mètres au moyen d'assauts répétés. Les Allemands évacuèrent progressivement leurs positions dans le contexte du repli général. La butte fut finalement occupée par les Américains. Après quatre années de combats, la bataille de Vauquois était terminée. Le village n'existait plus.






Le bilan humain varie selon les sources et selon la manière dont sont comptabilisés les morts des différentes phases de la bataille. L'association des Amis de Vauquois estime à environ 14 000 le nombre de soldats morts sur la butte pendant la guerre, dont environ 10 000 Français. Le ministère des Armées évoque de son côté le souvenir d'environ 10 000 combattants ensevelis à jamais sur le site. Ces chiffres doivent être compris comme des estimations du bilan des combats du secteur, et non comme le nombre de corps effectivement conservés dans le sous-sol. La violence de la guerre des mines explique une partie de la difficulté du bilan : des hommes ont été ensevelis dans les explosions souterraines, parfois dans des positions dont l'emplacement exact est aujourd'hui impossible à déterminer. La conséquence la plus spectaculaire des combats est aujourd'hui visible à la surface. Le village de 1914 a disparu. Les bombardements et surtout les explosions de mines ont bouleversé le sommet de la butte. Le relief actuel est sensiblement différent de celui qui existait avant la guerre. Le sommet se trouve aujourd'hui environ 18 m plus bas que le sommet originel selon le ministère des Armées. Le paysage est marqué par une succession d'entonnoirs. Certains correspondent aux énormes mines de 1915-1916, d'autres sont le résultat de charges plus petites. Entre les cratères subsistent les traces des tranchées et des terrassements. La butte n'est donc pas simplement un site où subsistent quelques ruines, mais le relief lui-même est un vestige de la bataille.

Image Lidar de la Butte de Vauquois (© IGN)

Vue aérienne de la butte de Vauquois en 1918
Les vestiges visibles aujourd'hui
L'intérêt exceptionnel de Vauquois tient à la continuité entre le paysage de guerre et le paysage actuel. Après 1918, la butte n'a pas été remise en état. La zone a été intégrée à la Zone rouge et une grande partie du terrain a été préservée. Le classement au titre des monuments historiques intervient par arrêté du 22 septembre 1937 et concerne environ 39 hectares. Le dossier de protection indique encore la présence d'environ 22 km de galeries souterraines. La végétation a progressivement reconquis les flancs de la butte. Mais le sommet, régulièrement entretenu, conserve ses traces de tranchées et ses entonnoirs. Le site est particulièrement remarquable parce que les vestiges ne sont pas limités à un monument commémoratif. On peut distinguer plusieurs catégories de traces. Les entonnoirs de mines sont les vestiges les plus spectaculaires. Le sommet est traversé par une succession de dépressions correspondant aux explosions souterraines. Le secteur central de la butte présente encore une topographie profondément bouleversée. Certains cratères atteignent plusieurs dizaines de mètres de diamètre. La grande mine allemande du 14 mai 1916 a notamment laissé une empreinte considérable dans le relief. Les anciennes lignes françaises sont encore matérialisées dans le terrain. Leur forme est toutefois beaucoup moins nette que celle qu'elles avaient en 1915-1918, en raison des bombardements, des effondrements, de la végétation et du passage du temps. Le secteur des anciennes premières lignes françaises se trouve notamment autour du monument commémoratif. Des entrées de galeries et des traces de travaux souterrains sont également visibles. Les positions allemandes sont également conservées. Elles sont particulièrement visibles sur certaines parties de la butte où les terrassements ont résisté à la disparition progressive des ouvrages. La différence entre les deux réseaux est intéressante : les lignes françaises et allemandes occupaient des versants opposés de la butte et se faisaient face à très faible distance.

Entrée de galerie française

Entrée de galerie française

Galerie française

Galerie française

Galerie française
Plusieurs accès aux anciens réseaux souterrains sont encore visibles. Ils donnent accès à des systèmes construits pendant la guerre et conservés sous la butte. Le réseau français représente environ 5 km, tandis que le réseau allemand atteint environ 17 km. Il ne faut cependant pas considérer les 22 km comme un immense tunnel unique. Il s'agit d'un ensemble extrêmement complexe de galeries principales, de rameaux, de galeries de combat, de puits, d'abris, de casernements, de magasins, de postes de commandement, d'installations techniques et de galeries de contre-mine. Une partie du réseau allemand est accessible lors de visites guidées. On y retrouve notamment des galeries présentant encore les caractéristiques de leur construction militaire. Certaines sections montrent les techniques de soutènement employées par les pionniers allemands. Le réseau comprend également des espaces beaucoup plus importants que les simples galeries de mine. L'existence de 184 pièces de casernement allemand est notamment documentée par l'association des Amis de Vauquois. L'organisation du réseau témoigne donc d'une volonté de transformer le sous-sol en véritable infrastructure militaire permanente. Les installations françaises sont moins étendues, mais présentent un intérêt comparable. Les Français aménagèrent leurs propres galeries à partir des premières lignes. Les réseaux comprennent des voies d'accès, des galeries de combat et des locaux permettant d'abriter les hommes et le matériel. Certaines entrées de galeries françaises sont toujours visibles en surface. Les vestiges des deux camps permettent ainsi de comprendre concrètement la logique de la guerre souterraine. Chaque armée creusait sous son propre système de tranchées pour passer sous celui de l'adversaire.




Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande
Au sommet de la partie française de la butte se trouve le principal monument commémoratif. Édifié en 1925 selon les plans de l'architecte parisien Édouard Monestès, il rend hommage aux combattants morts à Vauquois. Son architecture prend la forme d'une tour de pierre ajourée à son sommet sur les quatre côtés. Chaque ouverture est barrée d'une épée sculptée pointe en bas, en signe de paix. La sculpture représente deux soldats français en tenue de 1915, l'un veillant, appuyé sur son fusil, avec à la main une grenade, l'autre endormi dans la tranchée, surmontée d'un marronnier mutilé. Ce dernier rappelle un arbre qui se trouvait autrefois sur la butte et qui servait de repère aux tirs d'artillerie. Cet arbre fut cisaillé par les mitrailleuses allemandes le 31 mars 1915. La sculpture est l'œuvre du sculpteur sétois, Marius Roussel, qui combattit à Vauquois dans le 31e RI. La construction de ce monument se fit dans des conditions extrêmement pénibles. En l'absence de tout moyen de transport menant au sommet de la colline, l'ensemble des matériaux nécessaires fut acheminé à dos d'homme avec des hottes. À proximité du monument se trouve l'ouvrage commémoratif consacré à l'histoire de la butte. Le site présente notamment des objets et équipements liés à la guerre souterraine. Une exposition permanente est également consacrée aux blocs de béton préfabriqués, qui permettent de comprendre certaines techniques de construction employées sur le front.

Le mémorial de Vauquois

Le mémorial de Vauquois
La conservation de Vauquois est un travail permanent. Les galeries subissent naturellement les effets du temps : infiltrations, mouvements de terrain, dégradation des boisages et instabilités. L'Association des Amis de Vauquois et de sa Région, composée de bénévoles, assure une grande partie de l'entretien et de la valorisation du site. Les travaux se poursuivent encore aujourd'hui. En 2026, par exemple, une portion de la galerie allemande Westfalenstollen a fait l'objet de travaux de sécurisation sur une quinzaine de mètres. Le coffrage a été consolidé afin de permettre la poursuite des visites. Les visites de surface sont accessibles librement sur le circuit aménagé, tandis que les installations souterraines sont accessibles dans le cadre de visites guidées organisées par l'association des Amis de Vauquois.

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande

Galerie allemande
La nécropole nationale de Vauquois
La mémoire du champ de bataille est également présente dans la nécropole nationale de la Maize qui abrite 4368 soldats français tués lors de la bataille de Vauquois. Elle rappelle que la butte n'est pas seulement un ensemble de vestiges militaires : elle constitue également un vaste lieu funéraire. Une partie des hommes tués pendant les combats n'a jamais été retrouvée. Certains reposent encore dans les galeries effondrées et sous les entonnoirs. Cette particularité explique pourquoi la butte demeure un terrain à respecter particulièrement : le sous-sol n'est pas seulement archéologique, il constitue également un lieu où des combattants ont disparu. Au nord de la butte, le Soldaten Friedhof de Cheppy accueille les soldats allemands, principalement du XVI. Armee Korps de Metz.


La particularité de Vauquois est que la bataille n'a pas seulement détruit un village, elle a transformé une colline entière en une gigantesque structure militaire souterraine et en un paysage de cratères. Plus d'un siècle après les combats, cette transformation reste lisible. Les tranchées, les entonnoirs, les entrées de galeries et les réseaux souterrains permettent encore de comprendre la logique de la guerre de position. Vauquois constitue ainsi l'un des exemples les plus complets de conservation d'un champ de bataille de la guerre des mines sur le front occidental.





Ces photographies ont été réalisées en aout 2026.
Cette page a été mise en ligne le 10 octobre 2026
Cette page a été mise à jour le 10 octobre 2026