Suivez les Cicatrice de Guerre sur INSTAGRAM logo instagram

Le mémorial américain de Montfaucon
 et le cimetière américain de
Romagne-sous-Montfaucon

Dans le nord de la Meuse, entre Verdun, l'Argonne et la vallée de la Meuse, le paysage conserve plusieurs des principaux témoignages de l'engagement américain sur le front occidental en 1918. Parmi eux, deux sites occupent une place particulière : le mémorial américain de Montfaucon, élevé sur l'une des positions conquises par les troupes américaines au début de l'offensive, et le cimetière américain de Meuse-Argonne, établi à Romagne-sous-Montfaucon, qui rassemble les dépouilles de 14 246 militaires américains. Ces deux monuments sont directement liés à la dernière grande offensive alliée de la Première Guerre mondiale. L'offensive Meuse-Argonne, menée du 26 septembre au 11 novembre 1918, constitue la principale opération de la Première Armée américaine et se déroule simultanément avec les opérations françaises en Champagne et dans l'Argonne. Elle engagea progressivement plus d'un million de militaires américains et se prolongea pendant les 47 derniers jours de la guerre. À Montfaucon, le visiteur se trouve sur une ancienne position allemande conquise dès les premiers jours de l'offensive. À Romagne, il découvre une vaste nécropole où les conséquences humaines de la campagne sont matérialisées par plus de quatorze mille stèles.

À l'été 1918, la situation militaire sur le front occidental connut une évolution profonde. Les offensives allemandes du printemps avaient échoué à obtenir la décision recherchée. À partir de juillet, les Alliés reprirent progressivement l'initiative avec les offensives de la Marne, d'Amiens, de l'Oise-Aisne et, en septembre, de Saint-Mihiel. L'engagement américain prit alors une ampleur nouvelle. Après l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, l'American Expeditionary Force, commandée par le général John J. Pershing, avait progressivement augmenté ses effectifs en France. En 1918, les divisions américaines participèrent déjà à plusieurs opérations, notamment à Cantigny, au bois Belleau, sur la Marne et à Saint-Mihiel. La réduction du saillant de Saint-Mihiel, entre le 12 et le 16 septembre 1918, constitua immédiatement le prélude à une opération beaucoup plus importante. Le succès de Saint-Mihiel permit aux forces américaines de se concentrer pour l'offensive qui commença le 26 septembre. Le secteur choisi se trouvait au nord-ouest de Verdun, entre la Meuse et la forêt d'Argonne. L'offensive s'inscrivit dans le plan général du maréchal Ferdinand Foch, commandant en chef des forces alliées. Les opérations devaient être conduites simultanément sur plusieurs secteurs du front afin d'empêcher l'armée allemande de déplacer librement ses réserves. Dans le secteur Meuse-Argonne, l'objectif fut de repousser les forces allemandes vers le nord et de menacer leurs principales communications. Une importante voie ferrée allemande reliait Carignan, Sedan et Mézières. Elle constituait l’une des principales voies de ravitaillement des armées allemandes opérant sur le front occidental. Le projet américain consista donc à progresser vers le nord afin de menacer cette ligne de communication. Les forces françaises devaient avancer en Champagne et dans l'Argonne tandis que la Première Armée américaine attaquerait entre l'Argonne et la Meuse. L'opération franco-américaine ne fut donc pas une bataille isolée, mais une composante d'une offensive générale qui s'étendait progressivement à l'ensemble du front occidental.

memorial US Montfaucon-4

L’offensive Meuse-Argonne constitua une étape importante dans la montée en puissance des forces américaines. Le général John J. Pershing, commandant de l'American Expeditionary Forces, souhaitait disposer d'une grande armée américaine opérant sous commandement américain. La First Army américaine fut organisée au cours de l’été 1918 et participa d’abord à la réduction du saillant de Saint-Mihiel, du 12 au 16 septembre. L'offensive de Saint-Mihiel terminée, les troupes américaines furent rapidement transférées vers le secteur de Verdun et de l'Argonne. Le mouvement fut particulièrement complexe. Environ 600 000 soldats américains durent être déplacés vers le secteur de l’Argonne tandis que 220 000 soldats français en furent retirés. Cette concentration massive permit de réunir une force considérable pour l'attaque. Plus de 1,2 million d'Américains participèrent à la campagne entre le 26 septembre et le 11 novembre. Le Centre d'histoire militaire de l'US Army considère cette campagne comme la plus importante opération militaire américaine de la Première Guerre mondiale.

US Army Infantry troops African American uni marching northwest Verdun World War I LCCN96510701
US Army Infantry troops African American unit

111 SC 24644 NARA 55208897
 

Du côté français, la IVe armée du général Henri Gouraud engagea 27 divisions, auxquelles s'ajoutaient deux régiments américains. La force représentait environ 550 000 hommes, avec quelque 2760 pièces d'artillerie et 652 chars. Du côté américain, la Première Armée américaine disposait initialement de dix divisions et de plusieurs corps d'armée. Le commandement fut assuré par John Pershing jusqu'au 16 octobre, avant que le lieutenant-général Hunter Liggett ne prenne le commandement opérationnel de la Première Armée. Le colonel George C. Marshall joua un rôle important dans l'organisation logistique de l'opération. Les forces américaines comprenaient également des unités qui n'étaient pas exclusivement composées de soldats blancs. Certaines unités afro-américaines furent engagées sous commandement français, notamment les 369e, 371e et 372e régiments d'infanterie. Enfin, un contingent du corps expéditionnaire siamois, d'environ 850 hommes, participa à l'opération. Face aux Alliés, les forces allemandes appartenaient principalement à la IIIe armée et à la Ve armée, intégrées aux groupes d'armées commandés notamment par le prince héritier allemand Frédéric-Guillaume et le général Max von Gallwitz. Environ 40 divisions allemandes furent impliquées au cours de la campagne. Les forces allemandes ne défendaient pas un simple front de tranchées. Depuis 1914, elles avaient organisé en profondeur le secteur de l'Argonne et de la Meuse. Le système défensif comprenait plusieurs positions successives, protégées par des tranchées, des réseaux de barbelés, des mitrailleuses, des abris et des ouvrages de campagne. Quatre grandes positions défensives furent identifiées dans le secteur, une première position proche du front, une seconde comprenant notamment Montfaucon, une troisième correspondant à la Kriemhild Stellung, rattachée au système défensif allemand de la ligne Hindenburg et une quatrième position organisée autour des hauteurs de Barricourt. Montfaucon constitua donc un élément important de la deuxième position allemande. La hauteur était particulièrement intéressante pour l'observation. Avant sa capture, elle dominait une large partie du champ de bataille. L'offensive devait donc franchir plusieurs lignes successives plutôt que provoquer une simple rupture du front.

memorial US Montfaucon-15
Ruine du village de Montfaucon

memorial US Montfaucon-16
 

L'offensive commença à l'aube du 26 septembre 1918. L'attaque américaine fut déclenchée à 5 h 25. Les troupes américaines progressèrent rapidement au cours de la première journée et gagnèrent environ cinq kilomètres dans certains secteurs. L'attaque américaine se déroula sur un front d'environ 27 km, depuis la région de Forges jusqu'à l'Argonne. À gauche des Américains, la IVe armée française de Gouraud attaqua simultanément. Le premier jour donna donc aux Alliés des gains territoriaux significatifs, mais la résistance allemande se renforça rapidement. Montfaucon constitua l'un des principaux objectifs de la première phase. La hauteur dominait une vaste partie du terrain environnant et offrait aux défenseurs des possibilités d'observation importantes. Les troupes américaines attaquèrent la position au cours des 26 et 27 septembre. La hauteur fut finalement conquise le 27 septembre 1918, principalement par les 37e et 79e divisions américaines. En deux jours, les forces américaines capturèrent environ 8000 prisonniers et une centaine de canons. Cette conquête fut l'un des épisodes les plus directement associés au futur mémorial. L'ancien village fut très fortement endommagé par les combats. Les ruines de l'église restent aujourd'hui visibles à proximité immédiate du monument américain. La progression américaine se poursuit ensuite vers les hauteurs de Romagne, Cunel et Barricourt.

memorial US Montfaucon-17

memorial US Montfaucon-11

Le plan initial de Pershing prévoyait une progression beaucoup plus rapide. Les premiers kilomètres parcourus par les Américains ne débouchèrent cependant pas sur la percée espérée. Plusieurs difficultés apparurent. L'expérience encore limitée d'une partie des unités, l'encombrement des routes, les communications difficiles et le ravitaillement peinant à suivre les unités de première ligne. Le terrain de l'Argonne, couvert de bois et profondément bouleversé par les bombardements, compliquait les déplacements. Les Allemands renforcèrent progressivement leurs positions. Les premières journées ne produisirent pas la percée rapide espérée. L'attaque américaine devint progressivement une bataille d'usure. À partir du 28 septembre, la progression des Américains ralentit fortement. Le 30 septembre, la première phase de l'opération marqua un ralentissement important. Les forces alliées n'avaient pas obtenu la rupture décisive recherchée. Pendant cette période, les Français progressèrent en Champagne et dans l'Argonne tandis que les Américains avançaient depuis la Meuse. Le 3 octobre, l'offensive française reprit notamment dans le secteur de Somme-Py. La IVe armée française, renforcée par la 2e division d'infanterie américaine et soutenue par la 36e division, s'empara de plusieurs positions. Plus à l'est, les forces américaines continuaient leur progression en direction du col de Grandpré.

Verdun 15 03 1914 Toter Mann
Troupes allemandes partant à l'assaut

Verdun 15 03 1914 Toter Mann 2
 

La campagne Meuse-Argonne fut également importante dans l'histoire militaire américaine en raison de la participation de plusieurs unités afro-américaines. Le 369e régiment d'infanterie, intégré à une division française, participa aux combats de Champagne et d'Argonne, notamment dans les secteurs de Ripont et de Séchault. Les 371e et 372e régiments étaient également rattachés à la 157e division française, commandée par le général Mariano Goybet. Cette division était surnommée "Red Hand Division", en référence à son insigne. Le 372e régiment progressa notamment de plusieurs kilomètres au cours des premiers jours de l'offensive et participa aux combats de Bussy Ferme et de Séchault. Le caporal Freddie Stowers, du 371e régiment, se distingua au cours des combats de la cote 188 près de Bussy Ferme. Il recevra à titre posthume la Medal of Honor plusieurs décennies plus tard.

American soldiers trenches 1918 USASC 23056
Tranchée occupée par des soldats américains

US Army Western Front 1914 1918 Q70181
 

Après la première phase, les forces américaines durent se réorganiser. La Première Armée fut alors placée sous le commandement de Hunter Liggett, tandis qu'une Deuxième Armée américaine fut créée sous les ordres de Robert Lee Bullard. John Pershing conserva le commandement général des deux armées. Le 11 octobre, le général Pétain fixa les objectifs de la nouvelle phase. Pour la Première Armée américaine, l'objectif principal consistait notamment à atteindre Buzancy et à rompre la position Kriemhild. La nouvelle offensive débuta le 14 octobre. Les combats se déplacèrent progressivement vers le nord. Le 14 octobre, le Ier corps américain s'empara de Saint-Juvin et atteignit le secteur de Grandpré. Les Allemands opposèrent une forte résistance autour de la position Kriemhild. Entre le 16 et le 17 octobre, les Américains reprirent Grandpré et progressèrent vers Champigneulle. Du 21 au 23 octobre, ils cherchèrent à déboucher du secteur de Romagne-sous-Montfaucon. La dernière phase de la bataille commença le 28 octobre. La Première Armée américaine reprit son avance vers le nord. L'objectif fut notamment de franchir les dernières positions allemandes et de progresser vers Buzancy et le secteur de la Meuse. Les forces françaises et américaines travaillèrent simultanément sur leurs flancs respectifs. La progression américaine contribua à permettre aux forces françaises de franchir l'Aisne et de poursuivre leur avance. Les combats autour de Buzancy et du Chesne constituèrent l'une des dernières étapes de l'offensive. La rupture progressive des positions allemandes obligea les défenseurs à reculer. À la fin du mois d'octobre et au début du mois de novembre, l'armée allemande se trouva confrontée à une situation de plus en plus difficile sur l'ensemble du front occidental. La progression alliée ne correspondit cependant pas à une percée unique et spectaculaire. Elle résulta d'une succession d'attaques, de replis allemands et de franchissements successifs des positions défensives. Le 11 novembre 1918, l'armistice interrompit les opérations. L'offensive Meuse-Argonne aura ainsi duré 47 jours.

carte 52
Carte envoyée le 17 novembre 1916 par mon grand-père Xavier
 affecté au LIR124 en Argonne et représentant les ruines
du village de Montfaucon.

111 SC 24546 NARA 55208701
Soldat américain dans les ruines de Montfaucon
 
 

L'offensive Meuse-Argonne fut la dernière grande offensive alliée de la Première Guerre mondiale et la plus importante opération de l'American Expeditionary Force. Pendant 47 jours, les forces américaines, françaises et leurs alliés combattirent les armées allemandes dans un secteur particulièrement difficile. Les forces américaines progressèrent d'environ 16 km dans leur secteur, tandis que les forces françaises avancèrent davantage sur certains axes. Les combats contribuèrent à maintenir une pression continue sur l'armée allemande au moment où d'autres offensives alliées furent également engagées sur le front occidental. Sur l'ensemble de la campagne, la Première Armée américaine subit environ 117 000 tués et blessés selon le bilan repris dans les sources historiques de l'US Army. Elle captura environ 26 000 prisonniers, 847 canons et 3000 mitrailleuses. Une autre synthèse du Centre d'histoire militaire comptabilise 26 277 morts et 95 786 blessés ou intoxiqués par les gaz parmi les forces américaines engagées dans la campagne. Les pertes françaises sont estimées à environ 35 000 morts, tandis que les pertes allemandes sont données à environ 28 000 morts.

Battery E 56th Artillery in action
Battery E 56th Artillery in action

Ruin Crown Prince Rupprecht observatory Montfaucon 1918 10 17
Ruine de l'observatoire du Prince Rupprecht dans Montfaucon le 17/10/1918

Le cimetière américain

Pendant les combats, les morts américains furent enterrés dans des cimetières provisoires établis à proximité du front. Le Graves Registration Service, dépendant du War Department, fut chargé de recueillir les corps, d'identifier les morts et d'organiser les sépultures. À Romagne, un premier cimetière fut donc organisé pendant et immédiatement après la campagne. Son organisation initiale fut conçue par l'architecte paysagiste George Gibbs Jr. Le terrain fut alors structuré en huit sections de sépultures disposées sur la pente d'une colline. Une route traversait le fond de la vallée et un bassin circulaire fut installé dans cet espace. Des bâtiments destinés au personnel et à l'accueil des visiteurs furent également construits en 1923-1924. Ce premier aménagement constitua la base du cimetière permanent. Après la guerre, les États-Unis décidèrent de conserver plusieurs grands lieux commémoratifs sur les anciens champs de bataille européens. L'American Battle Monuments Commission (ABMC), créée en 1923, reçut pour mission de développer et d'entretenir ces monuments et cimetières. L'organisme engagea au milieu des années 1920 un vaste programme de réaménagement. L'architecte Paul Philippe Cret, architecte américain d'origine française, fut nommé architecte-conseil de la commission en 1925. Il intervint dans la définition des sites, la sélection des architectes et le suivi des projets. Romagne devint l'un des projets les plus importants de ce programme.

necropole US romagne 30

necropole US romagne 12

Le projet définitif fut confié au cabinet new-yorkais York & Sawyer, avec William Louis Ayres comme architecte principal. L'architecte paysagiste français Jacques Gréber intervint également pour la composition végétale. Les travaux furent réalisés entre 1929 et 1932. Ils ne consistaient pas simplement à ajouter une chapelle au cimetière existant, le plan général fut profondément remanié. Le nouveau projet comprit notamment une nouvelle composition des espaces funéraires, une chapelle, de nouveaux pylônes d'entrée, des terrasses, des escaliers, des plantations, un bassin, des aménagements routiers et des mâts monumentaux. L'ensemble fut conçu comme une véritable composition architecturale et paysagère. Le cimetière actuel couvre un peu plus de 52 hectares. Il rassemble 14 246 sépultures, ce qui en fait le cimetière militaire américain comptant le plus grand nombre de morts de guerre en Europe. La grande majorité des militaires qui y sont enterrés sont morts pendant l'offensive Meuse-Argonne. Les tombes sont réparties en longues rangées régulières sur les pentes du terrain. Les stèles sont constituées de marbre blanc et prennent la forme traditionnelle des croix latines ou, pour les militaires de confession juive, d'étoiles de David. La documentation de l'ABMC recense 13 978 croix latines et 268 étoiles de David. Le cimetière conserve également les tombes de neuf récipiendaires de la Medal of Honor, la plus haute décoration militaire américaine. Parmi eux figure le caporal Freddie Stowers, militaire afro-américain du 371e régiment d'infanterie.

necropole US romagne 11

necropole US romagne 19

necropole US romagne 22

necropole US romagne 23

necropole US romagne 26

Le cimetière est organisé autour d'un axe monumental. Depuis l'entrée, les espaces funéraires s'étendent sur les pentes en direction d'un vaste bassin central. Au sommet de la colline se trouve la chapelle. La pente naturelle du terrain est intégrée à la composition. Le résultat est très différent d'un cimetière militaire traditionnel organisé en simples rangées parallèles. Ici, l'architecture, les plantations, les terrasses et les sépultures sont conçues comme un ensemble unique. Deux grands mâts encadrent la chapelle. Ils furent conçus en 1930 par York & Sawyer. Leurs socles octogonaux reposent au centre de terrasses circulaires. Les bases en bronze comportent différents motifs décoratifs : armures romaines, épées, haches, boucliers, festons et rubans. Un aigle en bronze aux ailes déployées surmonte chacun des mâts. Le relief explique une particularité peu visible depuis le sol : les deux mâts n'ont pas la même hauteur. Le mât oriental mesure environ 26 m, tandis que celui de l'ouest atteint environ 28 m. La différence permet de placer les deux aigles à la même altitude malgré la pente du terrain.

necropole US romagne 8

necropole US romagne 1

necropole US romagne 17

necropole US romagne 18

necropole US romagne 20

La chapelle constitue le point culminant de la composition. Elle fut construite entre 1929 et 1932 par York & Sawyer, sous la direction de William Louis Ayres. L'édifice appartient au Romanesque Revival, ou style néo-roman. Il est construit en béton et en pierre calcaire. Son plan comprend un pavillon central, une façade à pignon, deux longues loggias latérales et deux pavillons terminaux. Les ouvertures en plein cintre sont caractéristiques du vocabulaire architectural néo-roman. Le portail principal et les chapiteaux des colonnes et pilastres sont particulièrement ornés de sculptures en pierre. La chapelle est non confessionnelle et constitue avant tout un espace commémoratif. L'intérieur est organisé autour d'un espace central. Une grille de bronze sépare le vestibule de l'espace intérieur. Les vitraux représentent les insignes des unités américaines ayant participé aux combats. Derrière l'autel sont disposés les drapeaux des principales nations alliées de la Première Guerre mondiale. Le décor architectural associe donc un vocabulaire religieux traditionnel à des références militaires directement liées à la campagne. Les deux côtés de la chapelle sont prolongés par de longues loggias. Elles constituent un mémorial aux soldats dont les corps n'ont pas été retrouvés ou identifiés. Les Tablets of the Missing portent 954 noms. Cette liste comprend également des militaires de l'expédition américaine en Russie septentrionale de 1918-1919, et non uniquement des disparus de Meuse-Argonne. Lorsqu'un militaire porté disparu est retrouvé et identifié, une rosette est apposée à côté de son nom. L'une des parois comporte également une carte de l'offensive Meuse-Argonne, permettant de replacer le cimetière dans le contexte des opérations militaires.

necropole US romagne 13

necropole US romagne 14

necropole US romagne 15

Le mémorial américain de Montfaucon

À environ onze kilomètres au sud du cimetière se trouve le mémorial américain de Montfaucon. Le site a été choisi en raison de son importance militaire pendant la première phase de l'offensive. La hauteur avait été conquise par les troupes américaines le 27 septembre 1918. Le monument actuel domine les ruines de l'ancien village. Le mémorial de Montfaucon fut construit dans le cadre du programme de l'American Battle Monuments Commission. Les travaux furent achevés en 1933. La cérémonie officielle d'inauguration eut lieu le 1er août 1937, devant une foule de plus de 12 000 personnes. La cérémonie rassembla des représentants français et américains et s'inscrivit dans les cérémonies de commémoration de l'engagement américain dans la guerre. La date de 1937 explique pourquoi le monument appartient pleinement à la grande campagne monumentale américaine de l'entre-deux-guerres plutôt qu'à une construction immédiatement postérieure à la bataille.

memorial montfaucon 3

memorial montfaucon 5

memorial montfaucon 12

Le monument fut conçu par l'architecte américain John Russell Pope. Son élément principal est une colonne dorique massive en granite de Baveno haute de 60 m. La forme architecturale choisie est volontairement monumentale. Contrairement au cimetière de Romagne, composé d'une succession horizontale de tombes, Montfaucon repose sur une architecture verticale destinée à dominer le paysage. Au sommet se trouve une figure symbolisant la Liberté. La hauteur du monument permet de l'apercevoir depuis une grande partie du paysage environnant. L'emplacement du monument constitue une caractéristique essentielle. Il n'est pas installé dans une ville éloignée du champ de bataille, mais directement sur une hauteur qui a joué un rôle dans les combats de septembre 1918. La position du monument permet donc de conserver une relation directe entre l'architecture commémorative et le terrain militaire. Le monument comprend un espace intérieur à sa base. Les murs de cet espace présentent une carte gravée des opérations de Meuse-Argonne, accompagnée d'un texte explicatif. Une inscription rend hommage aux soldats américains qui ont participé à la campagne. La carte permet notamment de replacer Montfaucon dans le déroulement général des opérations. L'une des particularités les plus importantes du monument est la plateforme d'observation située au sommet de la colonne. Elle est accessible par un escalier intérieur de 234 marches. Depuis cette plateforme, le visiteur bénéficie d'une vue très étendue sur le champ de bataille. Cette disposition donne au monument une relation particulièrement forte avec la topographie. Depuis le sommet, les reliefs qui avaient conditionné les mouvements des armées en 1918 deviennent directement perceptibles : vallées, hauteurs, bois et espaces ouverts composent encore le cadre géographique de l'offensive.

memorial montfaucon 10

memorial montfaucon 14

À proximité du monument se trouvent les ruines de l'ancienne église du village. Elles constituent un témoignage matériel des destructions provoquées par les combats. Le clocher et les parties conservées de l'édifice contrastent fortement avec la colonne monumentale américaine. Des vestiges allemands subsistent encore à proximité, notamment des ouvrages en béton. Un blockhaus allemand est présent près de la base du monument, ainsi qu'un ancien emplacement de mitrailleuse dans les ruines du cimetière de Montfaucon. Cette coexistence est particulièrement intéressante sur le plan historique : le site rassemble dans un même espace les ruines de 1918 et l'architecture commémorative de l'entre-deux-guerres.

Ces photographies ont été réalisées en aout 2026.
Les photographies d'époque proviennent de Wikipédia

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 10 octobre 2026

Cette page a été mise à jour le 10 octobre 2026