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Au cœur de la Bresse, non loin de la petite commune de Sermoyer dans l’Ain, se dévoile un paysage qui surprend le visiteur, des dunes de sable éparses, façonnées par le vent et les eaux, et qui évoquent plus volontiers les bords de mer que la plaine française. Ce lieu singulier, connu sous le nom de Dunes des Charmes ou dunes de Sermoyer, constitue un site naturel sensible d’une grande valeur écologique, géologique et patrimoniale.

Contrairement aux dunes littorales créées par l’action marine, celles de Sermoyer sont d’origine "éolienne". À la fin de la glaciation de Würm, il y a 10 000 ans, le retrait des glaciers mit à jour des dépôts sableux dans les plaines de la Seille et de la Saône. Entre 7 500 av. J.-C. et le XVe siècle environ les sables fins déposés dans les anciens lacs et lits fluviatiles du Val de Saône ont été repris par des vents violents et accumulés en dômes lorsque les conditions climatiques et topographiques le permettaient. Ce n'est qu'à la fin du Moyen-âge que les crues importantes de la Seille et de la Saône ont façonné les reliefs en formant une douzaine de dômes de sables. Ce ne sont donc pas vraiment des dunes éoliennes. Il faudrait plutôt parler de dépôts sableux holocènes (période des dernières 10 300 années) ayant subi une érosion postérieure à la fin du Moyen-âge (vers 1492). Ces dépôts ne sont pas immenses, généralement entre 0,50 m et 4 m de hauteur, mais leur simple présence en plaine, loin de toute mer, en fait un phénomène rare en Europe. Elles constituent un témoignage vivant des conditions climatiques et géomorphologiques des derniers millénaires climatiques.

Le site présente une mosaïque d’habitats avec des zones très sèches, presque désertiques, couvertes de sable nu ou de végétation pionnière, des mares et zones humides souvent en bordure, liées à la proximité de la rivière Seille et des interfaces avec des boisements légers et la campagne environnante. Les dunes des Charmes constituent un milieu sableux continental, très rare dans le quart nord-est de la France. Leur intérêt biologique tient à la coexistence d’espèces pionnières, psammophytes (amatrices de sable) et d’espèces issues des milieux humides et forestiers voisins, formant une mosaïque écologique d’une grande richesse. La flore et la faune des dunes de sable des Charmes forment un écosystème fragile, ancien et exceptionnel, où se côtoient plantes pionnières, insectes spécialisés et espèces thermophiles. Leur préservation dépend directement du maintien de zones sableuses ouvertes, condition indispensable à la survie de cette biodiversité unique en Bresse.


Les zones de sable nu ou faiblement végétalisé accueillent une flore pionnière, capable de survivre dans des conditions extrêmes avec un substrat très pauvre en nutriments, une forte sécheresse estivale et une instabilité du sol, soumis à l’érosion éolienne. Parmi les espèces les plus caractéristiques, on trouve la Corynéphore blanchâtre (Corynephorus canescens), une graminée emblématique des dunes continentales. Ses feuilles fines et grisâtres limitent l’évaporation. Elle joue un rôle clé dans la fixation progressive du sable. L'agrostide capillaire (Agrostis capillaris), présente dans les secteurs légèrement stabilisés, annonce une évolution vers des pelouses sèches. S'y trouve également l'aira caryophyllea, une petite graminée annuelle typique des sols sableux pauvres ou la spergule printanière (Spergula morisonii), espèce psammophile discrète, indicatrice des dunes continentales relictuelles. Ces formations herbacées très ouvertes sont considérées comme des habitats d’intérêt communautaire au niveau européen. Un aspect souvent méconnu, mais fondamental est la présence de croûtes biologiques avec des lichens du genre Cladonia (lichens en petits buissons) et des mousses xérophiles comme Polytrichum piliferum. Ces organismes colonisent les sables nus, stabilisent la surface et limitent l’érosion. Ils constituent la première étape de la succession écologique. Lorsque le sable se fixe davantage apparaissent la callune (Calluna vulgaris), les genêts à balais (Cytisus scoparius), le bouleau verruqueux (Betula pendula), pionnier forestier typique des sols pauvres et le pin sylvestre (Pinus sylvestris), parfois planté anciennement mais désormais intégré au paysage. On peut aussi y observer des laîches distique (Carex disticha), des laîches allongée (Carex elongata), des laîches des bruyères (Carex ericetorum), des cotonnières communes (Filago vulgaris), de la gentiane des marais (Gentiana pneumonanthe), des hottonies des marais (Hottonia palustris), des joncs nains (Juncus pygmaeus), des isnardies des marais (Ludwigia palustrisj), des lycopodes des tourbières (Lycopodiella inundata), des myosotis raides (Myosotis stricta), des groseilliers rouges (Ribes rubrum), du séneçon livide (Senecio lividus), des macres nageants ou châtaignes d'eau (Trapa natans), de la valérianelle sillonnée (Valerianella rimosa), de la véronique du printemps (Veronica verna) ou des vesces jaunes (Vicia lutea). Ces espèces traduisent une tendance naturelle à la fermeture du milieu, contre laquelle la gestion conservatoire doit lutter pour préserver les dunes ouvertes.

Les dunes des Charmes sont aussi un refuge entomologique. Parmi les coléoptères, on y trouve des cicindèles (Cicindela sp.), des coléoptères prédateurs rapides, vivant sur le sable nu, des carabes psammophytes, espèces nocturnes, actives sur les zones ouvertes ou des lucanes cerf-volant. Les hyménoptères sont représentés par les abeilles solitaires terricoles (Andrena, Halictus) qui creusent leurs nids dans le sable meuble, et par des guêpes fouisseuses. Parmi les névroptères, le fourmilion (Myrmeleon formicarius), espèce emblématique des dunes continentales, dont les larves creusent des entonnoirs dans le sable pour piéger les fourmis. Les contrastes entre zones sèches et zones humides périphériques favorisent une diversité herpétologique intéressante avec des lézards des murailles (Podarcis muralis) ou l'orvet fragile (Anguis fragilis), présent dans les zones de transition herbacées. À proximité immédiate des mares on peut observer la grenouille rousse (Rana temporaria), le triton alpestre ou le crapaud commun (Bufo bufo). Les dunes et leurs lisières attirent plusieurs espèces d’oiseaux liées aux milieux ouverts comme l'alouette des champs (Alaudala arvensis), l'alouette lulu, le Pipit farlouse (Anthus pratensis), la fauvette grisette (Sylvia communis), le busard Saint-Martin, la rousserolle verderolle, le bruant jaune, le bruant des roseaux, le gobemouche noir, la pie-grièche grise, le courlis cendré, le moineau friquet, le pic cendré ou la huppe fasciée. La faune mammalienne est discrète mais bien présente avec le lapin de garenne, le campagnol des champs, le mulot sylvestre, le renard roux et les chauves-souris (pipistrelles), chassant les insectes au crépuscule.

Le site a aussi livré des indices d’occupation humaine ancienne. En 1861, l’abbé Nyd de Sermoyer y effectua des fouilles. Il mit à jour des silex taillés (microlithes) témoignant d’une présence humaine dès la fin du Mésolithique (8000 ans av. J.-C.). Il s'agit des vestiges d'un village de pécheurs en bord de la Seille. Des vestiges d'un habitat gallo-romain, daté du IIe siècle apr. J.-C., furent également découverts. Le site archéologique fut classé Monument historique en 1978. Il n'est cependant pas visible.

Malgré sa beauté, le site reste fragile. L’abandon des pratiques agricoles traditionnelles a favorisé l’étouffement des zones ouvertes par la végétation ligneuse, menaçant la pérennité des dunes. Les gestionnaires mènent donc des actions de conservation (débroussaillage, gestion des espèces envahissantes, sensibilisation des visiteurs) pour maintenir l’équilibre entre ouverture au public et protection des habitats rares. Protégé depuis plusieurs années, le site de 121 ha est classé Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et est intégré au réseau Natura 2000 sous le nom de Dunes des Charmes. La zone d’intérêt géologique couvre une surface de 9,6 ha. Un sentier balisé d’environ 2 km permet une découverte pédestre du site avec des panneaux d’interprétation expliquant les particularités naturelles et historiques. Une aire de pique-nique avec une zone de jeux pour les enfants est aménagée à l'entrée du site dont l’accès est gratuit toute l’année.

Ces photographies ont été réalisées en mai 2025.
Y ACCÉDER:
De Tournus, prendre la direction de Cuisery. À Lacrost prendre la D37 en direction de Ratenelle. Au croisement, prendre à droite en direction de Semoyer. Après Pont-Seille, prendre à gauche la direction des "Dunes de Charmes".
Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.
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Cette page a été mise en ligne le 23 décembre 2025
Cette page a été mise à jour le 23 décembre 2025