Le château des Allymes

Le château fort des Allymes domine, à 650 m d'altitude, la plaine de l'Ain. Construit en 1310, il perdit tout intérêt stratégique 45 ans plus tard. Restauré par l'association des "Amis du Château des Allymes et de René de Lucinge" depuis 1960 sa visite est incontournable à tous amateurs de château se trouvant dans la région.

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Le territoire entre La Bresse et le Bugey et entre le Jura et le Rhône était dénommé "Marche de Coligny" et fut la possession des seigneurs de Coligny. En 1232, Béatrice de Coligny se maria avec Albert de la Tour du Pin. Elle lui apporta en dot, le Revermont et les régions d'Ambronay, d'Ambérieu et de Lagnieu. L'ensemble revint à Humbert de la Tour du Pin (le frère d'Albert) puis passa aux mains du comte Dauphin de Viennois sauf le Revermont acheté en 1289 par le comte de Savoie. Le Revermont fut rattaché à la Bresse, possession savoyarde depuis 1272, grâce au mariage d'Amédée V avec Sybille de Bâgé. La Bresse et le Revermont étaient cependant isolés des autres possessions savoyardes par les terres du seigneur de Thoiré-Villars, côté nord, et par Ambronay et Ambérieu, possession dauphinoise, au sud. À Ambronay les possessions du comte de Savoie n'étaient séparées que par un couloir large d'une dizaine de kilomètres.

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Le donjon carré (vue de l'intérieur du château)

En 1282, l'abbé d'Ambronay plaça son abbaye sous la protection du comte de Savoie. Cet acte qui avait pour conséquence de séparer le comte Dauphin du Viennois de ses alliés le sire de Chalons et le sire de Thoiré-Villars fut considéré côté Dauphinois comme une trahison. La guerre entre la Savoie et le Dauphiné débuta en 1283. En 1290, le comte Dauphin du Viennois prit la ville d'Ambronay. Le comte de Savoie la fit piller et incendier. En mai 1299, le comte de Savoie, craignant une attaque contre son pont sur l'Ain, renforça la garnison d'Ambronay et fortifia le pont qui devint la ville nouvelle de Pont-d'Ain. À l'époque, la région de Luisandre aux confins des terres de St-Rambert (Savoie) et de St-Germain (Dauphiné) était la voie la plus courte entre la Savoie, Pont-d'Ain et la Bresse. Le comte de Savoie fit donc fortifier le sommet du Molard de Luisandre en y construisant la Bâtie de Luisandre.

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La sarbacane

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La tour ronde du château

Pour s'opposer à ce fort Jean II, Dauphin de Viennois, fit construire, en 1310, la Bâtie des Allymes à 800 m à vol d'oiseau. En juin 1312, le comte de Savoie mit le siège durant une semaine devant la Bâtie des Allymes pour en empêcher la construction. Fin 1312, des clients de la Châtellenie de St-Rambert mirent le feu aux maisons d'habitations de la Bâtie des Allymes pendant que les troupes du comte de Savoie attaquaient Ambérieu. En 1313, après l'édification des deux Bâties, une trêve fut conclue. Les deux parties s'engagèrent à ne pas rajouter de nouvelles constructions aux Bâties essentiellement construites en terre et en bois. L'engagement ne fut pas tenu, car entre 1315 et 1320 les Bâties furent transformés en château de pierres. Pour Allymes, les maîtres maçons furent Peronnet et Guillemet d'Hiéres.

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Une des pièces du donjon

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En septembre 1321, le château des Allymes avait son aspect définitif. Il s'agit, côté sud-ouest, d'un donjon carré et, côté nord-est (côté attaque venant de Luisandre), d'une tour ronde. Les deux tours sont reliés par quatre courtines. Au nord du château est disposée une basse cour destinée à abriter une petite population qui fut amenée afin d'occuper le pays. Elle est protégée, côté est (Luisandre), par une courtine de 90 m de longueur reliant la tour ronde du château à une tour ronde de guet au nord. Les autres côtés sont protégés par une palissade en bois établi sur des fondations en pierre. Un bourg de même type était établi à Luisandre et habité jusqu'au XVIe siècle.

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La courtine et la tour de guet de la basse-cour

En 1321, le comte de Savoie s'empara de St-Germain, principale place forte dauphinoise de la région et de la ville d'Ambérieu. Le château des Allymes fut un des derniers bastions dauphinois sur la rive droite de l'Albarine au milieu des terres savoyardes. En 1333, le Dauphin Guigne fut mortellement blessé devant le château de la Perrière, ce qui ouvrit la voie au traité de Chapareillan qui mit fin à la guerre (à l'initiative du roi de France) le 7 mars 1335. Le 23 novembre 1335, le châtelain Guy de Lutrin remit le château des Allymes au comte de Savoie. Mais l'insécurité persista dans la région par la présence des Dauphinois sur la rive gauche de l'Albarine et la menace du comte de Genève et du Sire de Thoiré. Le comte de Savoie Amédée VI remit le château des Allymes en fief à Nicod François en juillet 1354. Le 5 janvier 1355 fut conclu un traité de paix définitif entre le roi de France, Jean le Bon, son fils Charles, Dauphin de Viennois (depuis 1349), et Amédée VI de Savoie. La frontière fut repoussée au niveau du Rhône et Allymes perdit son rôle stratégique.

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La charpente de la tour ronde

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Le chemin de ronde couvert

En 1477, Claudine, descendante de Nicod François, épousa Humbert de Lucinge. En 1478, Humbert de Lucinge fut nommé ambassadeur de Savoie auprès du roi de France et son fils Bertrand conseiller du duc de Savoie. Son arrière petit fils, René de Lucinge (1553-1624), écrivain, sera également ambassadeur du duc de Savoie auprès du roi de France Henri III. En 1557, le château des Allymes fut démoli suite à un arrêt du parlement de Chambéry pris à l'encontre de Charles de Lucinge accusé d'avoir comploté avec Nicolas Baron de Poluilliers pour s'emparer de la Bresse et du Bugey. En 1536, la France envahit les terres du duc de Savoie situé à l'est des Alpes. En 1559, le traité de Cateau-Cambrésis permit au duc de Savoie Emmanuel Philibert de recouvrir son duché. Il rétablit le seigneur des Allymes en tous ses biens et le château fut reconstruit à l'identique. Un logis de style gothique avec un escalier à vis fut à l'occasion accolé au donjon.

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L'emplacement de la basse-cour

Le traité de Lyon signé le 17 janvier 1601 rattacha les pays de Bresse, du Bugey et de Gex à la France. Le duc de Savoie Charles-Emmanuel reprocha à son ambassadeur, René de Lucinge, de ne pas avoir défendu sa cause. René de Lucinge se retira donc dans son château des Allymes situé, depuis la signature du traité, en France. Il prêta hommage au roi de France Henri IV en décembre 1601. Le duc de Savoie le somma de lui rendre hommage et de se mettre à la disposition de sa justice. Craignant pour sa vie, René de Lucinge refusa et abandonna ses terres en Savoie au duc. Mais comme il était fort endetté, les créanciers mirent le château en vente. Il fut racheté par son neveu, René de Lucinge de Gères. Vers 1650, Anne de Lucinge amena en dot le château à son mari Claude de Rochefort d'Ailly, seigneur de St-Point.

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Au début du XVIIIe siècle, les châteaux de Luisande et des Allymes passèrent dans les mains de la famille Suduyraud puis à Jacques Estienne, écuyer à Lyon. En 1743, ils étaient la propriété de Dominique Dujast puis en 1747 de celle de sa veuve Marie Anne Bottu de St-Fonds puis de sa fille, Lucrèce d'Areste d'Albonne. En 1765, ils appartenaient à Pierre Dujast le mari de Lucrèce. À la mort de Pierre Dujast, en 1821, le château était en état de délabrement avancé. En 1847, à la mort d'Abraham Dujast, le fils de Pierre, le château passa à son neveu Adolphe de Tricaud d'Ambérieu. Celui-ci entreprit la restauration des lieux. Il fit relever les courtines, y aménagea un nouveau chemin de ronde couvert, refit la couverture de la tour ronde et aménagea un musée du Moyen-âge dans le donjon.

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La famille Tricaud vendit, en 1959, le château à monsieur Peyre qui signa en 1960 une convention avec l'association des "Amis du château des Allymes et de René de Lucinge" pour la valorisation du site. Le château fut classé Monument historique le 20 juillet 1960. En 1964 fut entreprise la restauration du donjon et du logis gothique. En 1977, la toiture et la charpente de la tour ronde furent reconstruites. La ville d'Ambérieu devint propriétaire des lieux en 1984. La réfection des couvertures des quatre courtines et de la grange ainsi que la pose de nouvelles fenêtres fut effectuée en 1990 et en 1991 fut rétablie la barbacane de l'entrée principale. Le grand mur et la tour de la basse cour furent également l'objet de restauration cette année.

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Ces photographies ont été réalisées en mars 2015.

 

Y ACCÉDER:

L'accès au château des Allymes est fléché depuis le centre-ville d'Ambérieu.

 



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Cette page a été mise en ligne le 15 août 2015

Cette page a été mise à jour le 15 août 2015