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L'abbaye de Valloires

Située sur la commune d'Argoules, dans le département de la Somme, l'abbaye de Valloires constitue l'un des ensembles monastiques les plus remarquables du nord de la France. Édifiée dans la paisible vallée de l'Authie, entre le Ponthieu et le Boulonnais, elle est aujourd'hui célèbre autant pour son architecture que pour ses jardins contemporains. Pourtant, derrière les élégantes façades classiques que découvrent les visiteurs se cache une histoire vieille de près de neuf siècles, marquée par les guerres, les reconstructions, les réformes monastiques et les bouleversements politiques qui ont façonné la France. L'abbaye présente une singularité exceptionnelle. Alors que la plupart des monastères cisterciens français conservent essentiellement leurs bâtiments médiévaux, Valloires offre l'un des rares exemples presque entièrement conservés d'une reconstruction complète réalisée au XVIIIe siècle. Cette architecture lumineuse et raffinée contraste avec l'austérité des premières fondations cisterciennes tout en conservant l'organisation fonctionnelle héritée du Moyen-âge.

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L'abbaye est implantée dans la vallée de l'Authie, petit fleuve côtier long d'environ 103 km qui prend sa source près de Coigneux avant de rejoindre la Manche entre Berck-sur-Mer et Fort-Mahon-Plage. À Argoules, l'Authie décrit de larges méandres au sein d'une vallée relativement encaissée dont les versants sont constitués principalement de craie sénonienne recouverte par des limons éoliens déposés au cours des périodes glaciaires du Quaternaire. Le fond de vallée est occupé par des alluvions argileuses et tourbeuses particulièrement fertiles, favorables aux cultures et aux prairies. Au XIIe siècle, ce paysage était bien différent de celui d'aujourd'hui. La vallée présentait de vastes zones humides, des marécages, des bras secondaires de la rivière et des boisements de chênes, d'aulnes et de saules. Pour les moines cisterciens, ce milieu répondait parfaitement aux principes définis par Saint-Bernard qui consistaient à s'établir dans des vallées isolées, loin des villes et des grands centres de pouvoir, où le travail permettrait de transformer une nature encore peu exploitée. Le choix du site obéissait également à des considérations économiques. L'eau fournissait une énergie permanente pour les moulins, alimentait les viviers destinés à l'élevage des poissons, irriguait les jardins et permettait l'assainissement progressif des terres marécageuses. Les collines voisines procuraient le bois de construction et de chauffage tandis que les terres calcaires étaient propices aux cultures céréalières. L'abbaye occupait enfin une position relativement stratégique, à proximité des anciennes voies reliant Amiens à Montreuil-sur-Mer et au littoral de la Manche, sans toutefois être directement exposée aux grands axes militaires.

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L'histoire de Valloires débuta au cours du premier tiers du XIIe siècle, période durant laquelle l'ordre cistercien connut une expansion spectaculaire dans toute l'Europe occidentale. Fondé en 1098 à Cîteaux par Robert de Molesme, puis profondément développé sous l'impulsion de Saint-Bernard de Clairvaux, l'ordre prônait un retour strict à la règle de Saint-Benoît. Les premiers cisterciens recherchaient une vie fondée sur la prière, le silence, le travail manuel et une grande simplicité architecturale. Vers 1137-1138, Guy II, comte de Ponthieu, décida de favoriser l'implantation d'une nouvelle abbaye dans la vallée de l'Authie. Cette décision répondait autant à une motivation spirituelle qu'à la volonté politique de soutenir un ordre prestigieux, de mettre en valeur des terres encore peu exploitées et de renforcer son influence sur cette partie de son domaine. Des moines issus de l'abbaye de Clairvaux arrivèrent alors sur le site. Ils fondèrent officiellement l'abbaye de Valloires en 1138, qui devient rapidement une fille de Clairvaux, intégrée au vaste réseau cistercien européen. Le nom "Valloires" dériverait de Vallis Oratorii (vallée de l'oratoire) ou plus probablement de "Vallis Gloriae", la vallée de la gloire, bien que l'origine exacte demeure discutée. Comme dans toutes les fondations cisterciennes, les premiers bâtiments furent probablement construits en bois avant d'être progressivement remplacés par des édifices de pierre. L'église primitive fut consacrée en 1147 en présence de Bernard de Clairvaux lui-même selon la tradition, même si les sources médiévales restent prudentes sur ce point. Très rapidement, l'abbaye bénéficia de nombreuses donations provenant des seigneurs du Ponthieu, des chevaliers locaux et des petits propriétaires qui offraient terres, moulins, bois, dîmes et droits de pâturage. Ces ressources permirent aux religieux de développer un vaste domaine agricole.

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Aux XIIe et XIIIe siècles, Valloires connut une période de prospérité remarquable. Comme toutes les grandes abbayes cisterciennes, elle organisa son territoire autour de granges monastiques. Ces exploitations agricoles autonomes, administrées par les frères convers, produisaient blé, avoine, orge, laine, viande et produits laitiers. Les moines entreprirent également d'importants travaux hydrauliques avec le drainage des marais, la création d'étangs, la construction de moulins, l'aménagement de viviers et la canalisation de certains bras de l'Authie. Le domaine s'étendit progressivement sur plusieurs milliers d'hectares répartis dans une grande partie du Ponthieu. Les revenus provenaient aussi des droits seigneuriaux, des dîmes, des rentes foncières et de l'exploitation forestière. Sur le plan spirituel, Valloires participait activement à la diffusion de la réforme cistercienne. Sa bibliothèque s'enrichit progressivement de manuscrits religieux, de textes patristiques et d'ouvrages liturgiques copiés dans son scriptorium. L'abbaye devint alors l'un des principaux établissements religieux du nord de la France. À partir du XIVe siècle, la prospérité de Valloires fut gravement compromise. La peste noire de 1348 réduisit fortement la population rurale. Les terres étaient moins cultivées, les revenus diminuèrent et les vocations religieuses se raréfièrent. La guerre de Cent Ans aggrava encore la situation. Le Ponthieu devient un territoire disputé entre les royaumes de France et d'Angleterre. Les troupes traversaient régulièrement la vallée de l'Authie, réquisitionnèrent les récoltes et incendièrent les bâtiments agricoles. L'abbaye subit plusieurs pillages, notamment au XVe siècle. Les moines durent parfois abandonner temporairement le monastère tandis que les bâtiments souffraient d'un manque d'entretien chronique. Malgré ces difficultés, la communauté survit grâce à la fidélité de ses bienfaiteurs et à la reconstruction progressive des exploitations agricoles après la fin du conflit. L'abbaye conserva les privilèges octroyés par les rois de France que le roi Louis XI confirma par ses lettres patentes en septembre 1467.

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Les XVIe et XVIIe siècles demeurèrent des périodes difficiles. Les guerres de Religion, puis la guerre franco-espagnole, entraînant de nouvelles destructions. À la fin du XVIIe siècle, les bâtiments médiévaux étaient dans un état préoccupant. Les réparations successives ne suffisaient plus. Les abbés prirent alors la décision exceptionnelle de reconstruire entièrement le monastère. En 1738, l'abbatiale du XIIIe siècle, qui avait été conservée, s'effondra, et il fallut construire une nouvelle église. Sur les ordres de dom Comeau, prieur de l'abbaye de 1732 à 1767 et de monseigneur d'Orléans de la Motte, évêque d'Amiens et abbé commendataire, les travaux débutèrent en 1741 selon les plans de Raoul Coignard, architecte, entre autres, de l'abbaye de Cercamps près de Frévent. La décoration intérieure fut confiée au sculpteur autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen et au ferronnier d’art Jean-Baptiste Veyren dit "Vivarais". La nouvelle église fut consacrée en 1756. Contrairement aux premières constructions cisterciennes très austères, la nouvelle abbaye adopta une architecture élégante inspirée du style Louis XV, tout en conservant la sobriété propre à la tradition monastique. Les façades furent construites en pierre blanche soigneusement appareillée. Les toitures d'ardoise, les hautes fenêtres et les volumes parfaitement ordonnancés donnèrent à l'ensemble une remarquable harmonie. À la veille de la Révolution, l'abbaye de Valloires apparaissait comme un établissement prospère, mais dont la communauté ne comptait plus qu'une quinzaine de moines. Cette diminution des effectifs fut un phénomène général dans les établissements religieux français au XVIIIe siècle. Les revenus de l'abbaye demeuraient toutefois importants grâce à un vaste patrimoine foncier composé de terres cultivées, de prairies, de bois, de moulins, d'étangs et de nombreuses fermes réparties dans la vallée de l'Authie.

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Le cloitre

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Le cloitre

La Révolution française bouleversa profondément cette situation. Le décret du 2 novembre 1789 mit les biens du clergé à la disposition de la Nation, tandis que la loi du 13 février 1790 supprima les ordres religieux contemplatifs. Les moines de Valloires furent contraints de quitter définitivement leur monastère. Les derniers religieux abandonnèrent l'abbaye entre 1790 et 1791 après plus de six siècles et demi de présence ininterrompue. Comme partout en France, les biens conventuels furent inventoriés avec précision. Les bâtiments, les terres, les forêts, les meubles et les objets liturgiques furent estimés avant d'être vendus comme biens nationaux à un aristocrate spéculateur Ambroise-Léopold Jourdain de l'Éloge qui avait acquis la seigneurie proche d'Argoules en 1776. Une partie du mobilier fut dispersée, certaines œuvres d'art disparurent, tandis que les archives furent en grande partie transférées vers les administrations départementales. L'église échappa cependant à la destruction. Contrairement à de nombreuses abbayes médiévales démantelées pour récupérer leurs matériaux, les bâtiments de Valloires étaient relativement récents, leur architecture classique était encore en excellent état. Ils furent acquis par des particuliers qui leur évitèrent le sort de nombreuses fondations monastiques françaises. Cette sauvegarde, due davantage aux circonstances qu'à une véritable politique patrimoniale, explique pourquoi Valloires constitue aujourd'hui l'un des ensembles conventuels du XVIIIe siècle les mieux conservés du pays.

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Le cloitre

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La salle capitulaire

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La restauration du catholicisme après le Concordat de 1801 favorisa progressivement le retour d'activités religieuses. Après sa mort survenue en 1808, ses héritiers vendirent l'abbaye aux Basiliens. En mai 1817, la Société des Basiliens venue de Mons en Belgique s'installa à Valloires. Cette confrérie laïque d'artisans chrétiens rassemblait des hommes qui s'adonnaient aux travaux manuels, à l'enseignement et à la prière. Ils se spécialisèrent dans la facture d'orgues jusque 1860. Puis la communauté déclina. En 1880, l'évêque d'Amiens fit appel aux religieux de Saint Vincent de Paul, congrégation religieuse catholique, qui en fit un orphelinat en 1887. Durant cette période, plusieurs campagnes de restauration permirent de préserver les décors intérieurs, les boiseries, les escaliers monumentaux et les façades qui avaient relativement peu souffert depuis la Révolution. Mais la loi sur les congrégations provoqua l'expulsion de la communauté et la mise en vente de l'abbaye en 1906. Elle fut sauvée par l'action de Roger Rodière, archéologue et historien, du journaliste André Hallays et du notaire de Rue, maître Gosselin. Classée Monument historique en 1907, elle resta sans affectation jusqu'en 1915. De 1915 à 1919, elle fut convertie en hôpital militaire belge. Bien que située à l'arrière du front de la Somme, l'abbaye n'échappa pas totalement aux conséquences de la Première Guerre mondiale. À partir de 1914, le département devint une vaste zone logistique. Des blessés transitaient dans la région et plusieurs bâtiments furent ponctuellement réquisitionnés pour accueillir des réfugiés ou servir de structures sanitaires. La grande bataille de la Somme de 1916 se déroula à une quarantaine de kilomètres au sud-est. Si Valloires ne fut pas directement bombardée, les mouvements de troupes et les difficultés économiques affectèrent profondément la vie de la communauté. L'abbaye sortit néanmoins du conflit sans destructions majeures, ce qui constitue une chance exceptionnelle dans une région où de nombreux édifices historiques sont gravement endommagés.

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Escalier des Matines

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L'une des pages les plus importantes de l'histoire contemporaine de Valloires débuta en 1922. Cette année-là, Thérèse Papillon, infirmière formée auprès de Marie Curie durant la Première Guerre mondiale, décida de créer dans l'ancienne abbaye un préventorium destiné aux enfants fragiles, souffrant notamment de malnutrition ou menacés par la tuberculose. À cette époque, la tuberculose constituait l'une des principales causes de mortalité en France. Les médecins estimaient qu'un environnement sain, une alimentation abondante et le grand air pouvaient contribuer efficacement à prévenir la maladie chez les enfants. Le vaste domaine de Valloires se prêta parfaitement à cette mission. Les anciens bâtiments conventuels furent progressivement adaptés aux besoins médicaux. Dortoirs, salles de soins, cuisines, réfectoires, classes et espaces de jeux furent aménagés sans altérer profondément l'architecture historique. Des milliers d'enfants séjourneront à Valloires durant plusieurs décennies. Beaucoup venaient des régions industrielles du Nord et du bassin minier, où les conditions sanitaires étaient particulièrement difficiles. Cette vocation sanitaire contribua paradoxalement à la conservation du monument. Les bâtiments restaient occupés, entretenus et régulièrement modernisés.

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Le grand salon

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Le grand salon

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La sacristie

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La sacristie

En 1940, la vallée de l'Authie se retrouva sur le passage des troupes allemandes lors de la bataille de France. L'abbaye fut occupée durant la guerre, mais continua d'accueillir des enfants malgré les nombreuses difficultés liées aux pénuries alimentaires, au rationnement et aux restrictions imposées par l'Occupation. Grâce au dévouement de Thérèse Papillon et des religieuses, l'établissement poursuivit sa mission dans des conditions extrêmement difficiles. Après la Libération, le préventorium reprit rapidement son activité et continua d'accueillir plusieurs centaines d'enfants chaque année. En 1949, l'abbaye reçut la visite de monseigneur Angelo Roncalli, nonce apostolique à Paris, le futur pape Jean XXIII. En 1964, Thérèse Papillon créa dans l'ancienne grange de l'abbaye un foyer d'accueil pour jeunes et adultes, transformé en 1991 en maison d'accueil temporaire pour personnes âgées. À partir des années 1970, la diminution des besoins en préventoriums conduisit à une réflexion sur l'avenir du monument. Une vaste campagne de restauration fut entreprise. Les façades furent nettoyées, les toitures restaurées, les décors intérieurs consolidés et plusieurs espaces conventuels retrouvèrent progressivement leur aspect d'origine. Aujourd'hui, l'abbaye est propriété de l'association fondée en 1922. Aujourd'hui, le site demeure un établissement médico-social tout en étant largement ouvert au public. Cette double vocation constitue l'une des originalités de Valloires, l'abbaye est à la fois un monument historique vivant et un lieu de solidarité.

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Le cimetière des Basiliens

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 Le clocher

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L'ensemble architectural actuel est essentiellement le fruit de la reconstruction entreprise entre 1741 et les années 1770. Contrairement aux grandes abbayes gothiques de Clairvaux, Fontenay ou Pontigny, Valloires offre un visage typiquement classique. Les bâtiments conventuels s'organisent selon un plan rigoureusement symétrique autour du cloître. Cette disposition reprend fidèlement les principes établis dès le XIIe siècle par les cisterciens avec la séparation des espaces de prière, de travail et de vie quotidienne, tout en facilitant les déplacements des moines. Les façades sont réalisées en pierre calcaire claire provenant des carrières régionales. Leur ordonnance est particulièrement sobre, de longues élévations rythmées par des pilastres, des baies régulièrement espacées et des corniches discrètes. Les toitures élevées en ardoise, percées de lucarnes, confèrent aux bâtiments une silhouette élégante. Le cloître, bien que reconstruit dans un style classique, conserve sa fonction traditionnelle de cœur spirituel du monastère. Ses galeries distribuent l'ensemble des principaux bâtiments, salle capitulaire, réfectoire, cuisines, bibliothèque, dortoirs et bâtiments des convers. Les vastes escaliers d'honneur témoignent de l'évolution du goût au XVIIIe siècle. Plus lumineux et plus monumentaux que leurs équivalents médiévaux, ils facilitent la circulation dans un ensemble qui compte plusieurs niveaux. Les anciens bâtiments agricoles, granges, écuries, remises et dépendances, rappellent l'importance économique de l'abbaye. Bien que plusieurs aient été remaniés, ils illustrent encore l'organisation d'un grand domaine monastique où chaque espace répondait à une fonction précise.

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L'église abbatiale constitue le cœur spirituel de Valloires. Édifiée au cours de la grande campagne de reconstruction du XVIIIe siècle, entre 1746 et 1756 environ, elle succède à l'ancienne église médiévale devenue trop vétuste. Son architecture est exceptionnelle, elle associe le plan traditionnel des églises cisterciennes à un décor intérieur d'inspiration baroque et rocaille, d'une richesse inhabituelle pour un établissement de cet ordre. Cette alliance entre sobriété monastique et élégance décorative fait de Valloires un cas presque unique parmi les abbayes cisterciennes françaises. L'extérieur de l'église reflète encore les principes hérités de l'ordre de Cîteaux. La façade occidentale, construite en pierre calcaire blonde soigneusement appareillée, présente une composition très équilibrée. Deux niveaux sont marqués par de hauts pilastres qui encadrent un portail central relativement simple. Au-dessus s'ouvre une vaste baie destinée à éclairer la nef. Contrairement aux grandes cathédrales gothiques, aucune profusion de statues ou de sculptures monumentales n'anime cette façade. Les lignes sont pures, les volumes bien proportionnés et l'ensemble dégagent une impression de sérénité conforme à l'esprit cistercien. Le clocher, relativement discret, s'élève sur le côté nord de la nef. Il constitue davantage un repère visuel dans le paysage de la vallée qu'un élément spectaculaire.

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L'église adopte un plan en croix latine, traditionnelle dans les fondations cisterciennes. Elle comprend une nef principale composée de plusieurs travées, de deux bas-côtés relativement étroits, d'un transept peu saillant, d'un vaste chœur réservé autrefois aux religieux et d'une abside arrondie éclairée par de hautes fenêtres. Cette disposition permettait une séparation stricte entre les espaces destinés aux moines, aux frères convers et aux fidèles. Les proportions intérieures sont particulièrement harmonieuses. La nef est couverte de voûtes en berceau surbaissées reposant sur de puissants piliers. L'ensemble privilégie la lumière plutôt que la verticalité, caractéristique qui distingue l'architecture classique des constructions gothiques médiévales. Les fenêtres hautes diffusent une lumière abondante qui met en valeur les décors sculptés et les boiseries.

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Le choeur de l'abbatiale

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L'orgue de l'abbatiale

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La nef

L'intérieur surprend immédiatement le visiteur. Alors que les premières abbayes cisterciennes bannissaient presque toute décoration, Valloires témoigne de l'évolution des sensibilités religieuses au XVIIIe siècle. Le décor est l'œuvre au sculpteur autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen et au ferronnier d’art Jean-Baptiste Veyren dit "Vivarais". Le style du décor appartient pleinement au mouvement rocaille avec des coquilles asymétriques, des volutes élégantes, des feuilles d'acanthe, des guirlandes végétales, des fleurs stylisées, des palmes et des angelots discrètement intégrés aux compositions. Malgré cette richesse décorative, aucune surcharge n'apparaît. Les sculptures accompagnent l'architecture sans jamais la masquer. Les boiseries, réalisées principalement en chêne, témoignent d'une qualité d'exécution remarquable. Les reliefs sont extrêmement fins et présentent une virtuosité technique comparable aux grands ensembles décoratifs parisiens de la même époque.

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Le chœur conserve un magnifique ensemble de stalles destinées aux moines. Ces sièges en bois sculpté accueillaient la communauté lors des huit offices quotidiens prescrits par la règle de Saint-Benoît. L'ensemble constitue l'un des plus beaux exemples de mobilier monastique du XVIIIe siècle dans les Hauts-de-France. Le maître-autel constitue l'un des points focaux de l'église. Réalisé dans un style classique, il associe le marbre, le bois doré et la pierre. Son tabernacle, encadré de colonnes corinthiennes, présente une décoration raffinée où alternent symboles eucharistiques, rayons de gloire et nuées. L'ensemble est conçu pour attirer naturellement le regard vers le sanctuaire tout en conservant une grande élégance. Plusieurs statues ornent l'église. On y retrouve notamment la Vierge Marie, Saint-Bernard de Clairvaux, Saint-Benoît et divers saints liés à l'ordre cistercien. Ces sculptures présentent une grande finesse anatomique et témoignent de l'influence de la sculpture française du règne de Louis XV. Le traitement des visages est particulièrement expressif, tandis que les drapés présentent un mouvement très naturel.

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Les stalles

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À l'extrémité occidentale de la nef se trouve la tribune d'orgue. L'instrument actuel résulte de plusieurs campagnes de restauration et de transformations, mais son buffet conserve l'élégance du XVIIIe siècle. Sa décoration s'intègre parfaitement à l'ensemble architectural grâce à des sculptures reprenant les mêmes motifs végétaux que les boiseries du chœur. Aujourd'hui encore, l'orgue accompagne régulièrement concerts et offices religieux. Contrairement aux grandes cathédrales gothiques, l'église de Valloires ne possède pas de vastes verrières médiévales historiées. Les fenêtres privilégient une lumière claire, conforme aux principes cisterciens. Plusieurs vitraux ont toutefois été restaurés ou remplacés aux XIXe et XXe siècles. Ils présentent essentiellement des motifs géométriques ou végétaux qui préservent la luminosité intérieure. Cette abondance de lumière naturelle participe largement à l'atmosphère paisible qui règne dans l'édifice.

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S'il est aujourd'hui impossible d'évoquer Valloires sans parler de ses célèbres jardins, ceux-ci sont en réalité très récents. À l'époque médiévale, les moines entretenaient déjà plusieurs espaces spécialisés comme le jardin des simples destiné aux plantes médicinales, le potager, le verger, le cimetière monastique, les prés de fauche, les viviers et les clos fruitiers. Ces jardins répondaient avant tout à des besoins alimentaires et pharmaceutiques. Le jardin actuel est créé à partir de 1987 par le paysagiste Gilles Clément, à la demande de l'association gestionnaire du site. Plutôt que de reconstituer un jardin historique, Gilles Clément imagina un vaste jardin botanique parfaitement intégré au paysage de la vallée. S'étendant sur plus de 8 hectares, il rassemble aujourd'hui plus de 5 000 espèces et variétés végétales, faisant de Valloires l'un des plus importants jardins botaniques privés de France. L'organisation repose sur plusieurs espaces thématiques, le jardin des cinq sens, le jardin de l'évolution, les jardins des îles, les jardins réguliers, le jardin des marais, la roseraie, les collections d'arbustes rares et les jardins consacrés aux plantes d'Asie, d'Amérique et d'Europe. La douceur du climat de la vallée de l'Authie permet l'acclimatation de nombreuses espèces parfois étonnantes pour le nord de la France. Au fil des saisons, les floraisons successives offrent un paysage en perpétuelle évolution, conformément à la philosophie de Gilles Clément, qui considère le jardin comme un organisme vivant plus que comme une composition figée.

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Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

Y ACCÉDER:

L'abbaye de Valloires se situe chemin de Valloires (sur la D192) à Argoules. L'accès est fléché depuis les principaux axes routiers de la région. La visite est payante et s'effectue librement pour les jardins, mais de manière guidée pour l'abbaye.

 



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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026