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Au cœur de l'ancien comté d'Artois, dans le département du Pas-de-Calais, le château d'Olhain constitue l'un des ensembles castraux les mieux conservés du nord de la France. Implanté sur le territoire de la commune de Fresnicourt-le-Dolmen, à une quinzaine de kilomètres au sud de Béthune et aux portes des collines de l'Artois, il présente aujourd'hui encore une silhouette qui évoque immédiatement les grandes forteresses médiévales. Entouré de larges douves en eau, protégé par un puissant châtelet d'entrée, cantonné de tours circulaires et dominé par un imposant donjon, il offre un remarquable témoignage de l'architecture militaire entre le XIIIe et le XVe siècle.

Contrairement aux forteresses édifiées au sommet d'un éperon rocheux, comme les châteaux des Vosges ou du Périgord, Olhain appartient à la catégorie plus rare des châteaux de plaine. Ici, la défense repose moins sur le relief que sur la maîtrise de l'eau. Le château est implanté dans le vallon de la Brette, petit affluent de la Lawe. Cette vallée, relativement étroite, est bordée de collines boisées culminant à plus de 180 m d'altitude, tandis que le fond de vallée demeure humide une grande partie de l'année grâce aux nombreuses sources qui jaillissent des terrains crayeux de l'Artois. Les bâtisseurs exploitèrent ces caractéristiques naturelles avec une remarquable intelligence. Plutôt que de rechercher une position dominante, ils aménagèrent un vaste système hydraulique destiné à transformer le château en une véritable île artificielle. Les eaux de la Brette furent canalisées afin d'alimenter un ensemble de fossés défensifs, de douves et d'étangs qui rendaient toute approche particulièrement difficile.


Si le château médiéval apparaît dans les textes au XIIe siècle, l'occupation humaine du secteur est bien plus ancienne. Les plateaux voisins ont livré de nombreux témoignages préhistoriques, parmi lesquels le célèbre dolmen de Fresnicourt, monument mégalithique qui a donné son nom à la commune. Il rappelle que cette région était déjà fréquentée plusieurs millénaires avant notre ère. À l'époque gallo-romaine, le territoire appartenait au peuple des Atrébates, dont la capitale était Nemetacum, l'actuelle Arras. Une voie antique reliant Arras à Thérouanne, puis au littoral de la Manche, passa à faible distance du futur château. Cette route constituait un axe économique et militaire majeur, emprunté pendant plusieurs siècles pour les échanges commerciaux, les déplacements administratifs et les mouvements des armées. Après la disparition de l'Empire romain, la région passa sous domination franque. Les découvertes archéologiques réalisées dans les environs montrent que des établissements ruraux existaient encore durant les périodes mérovingienne et carolingienne. Certains blocs de pierre remployés dans les maçonneries du château pourraient provenir d'édifices plus anciens, sans qu'il soit toutefois possible d'en préciser l'origine avec certitude. À partir du IXe siècle, les incursions normandes bouleversèrent profondément l'organisation du territoire. Les villages se regroupèrent progressivement autour de sites plus facilement défendables, tandis que les grands seigneurs renforcèrent leurs domaines. C'est dans ce contexte que naîtront les premières fortifications d'Olhain.


La première mention connue d'un seigneur d'Olhain remonte à 1179. Une charte cite alors Simon d'Olhain, chevalier appartenant à la noblesse artésienne et vassal des comtes de Flandre. Son domaine contrôlait une partie des terres comprises entre Béthune, Houdain et Arras. À cette époque, l'Artois était une région prospère, mais politiquement instable. Les souverains capétiens cherchaient à étendre leur influence vers le nord tandis que les comtes de Flandre défendaient leurs possessions. Cette situation frontalière donna une importance particulière aux petits seigneurs capables de contrôler les routes et de mobiliser rapidement des hommes d'armes. La famille d'Olhain appartint à cette noblesse militaire. Elle possédait des terres agricoles, des bois, des moulins et exerçait les droits de justice sur les populations dépendant de la seigneurie. Le nom Olhain proviendrait vraisemblablement d'un ancien terme germanique évoquant une "demeure au milieu des bois", ce qui correspond bien au paysage forestier qui caractérisait alors cette partie de l'Artois. Aucun document ne décrit précisément la première forteresse construite par Simon d'Olhain. Les historiens estiment néanmoins qu'elle correspond au modèle classique des châteaux de la fin du XIIe siècle. Il s'agissait probablement d'un ensemble composé d'une enceinte de terre renforcée par une palissade, d'une tour maîtresse en bois, d'un fossé alimenté par les eaux de la vallée et d'une basse-cour regroupant les bâtiments agricoles. Cette fortification était moins destinée à résister à de longs sièges qu'à affirmer le pouvoir du seigneur, protéger les habitants et surveiller les voies de communication.


Au tournant du XIIIe siècle, la destinée de la famille prit une dimension plus vaste avec Hugues d'Olhain. En 1202, répondant à l'appel du pape Innocent III, Hugues rejoignit la Quatrième Croisade. Initialement destinée à reconquérir Jérusalem, l'expédition fut détournée vers Constantinople à la suite des difficultés financières rencontrées par les croisés. Le 12 avril 1204, après plusieurs mois de siège, Constantinople fut prise d'assaut. Cet événement marqua l'un des épisodes les plus marquants du Moyen-âge occidental. De nombreux chevaliers français, flamands et artésiens participèrent à cette victoire qui conduisit à la création de l'Empire latin de Constantinople. Selon la tradition locale, Hugues d'Olhain revint en Artois enrichi par cette expédition. Comme beaucoup de croisés revenus d'Orient, il entreprit alors de remplacer la vieille fortification de bois par une résidence fortifiée de pierre, plus prestigieuse et mieux adaptée à l'évolution des techniques militaires. La transformation du château ne se fit pas en quelques années. Les historiens estiment que les travaux s'échelonnent probablement entre 1205 et 1235. Sous les successeurs d'Hugues, notamment Jean d'Olhain, la seigneurie connut une période de prospérité. Le château devint également le siège de la justice seigneuriale. Les habitants venaient y acquitter les redevances, régler les litiges et participer aux grandes assemblées féodales. Une petite garnison permanente assurait la surveillance du domaine, tandis qu'en cas de conflit les vassaux devaient fournir un contingent d'hommes d'armes. La chapelle castrale, mentionnée dans les textes au XIIIe siècle, témoigne de l'importance prise par le château dans l'organisation religieuse locale.


À la fin du XIIIe siècle, la seigneurie d'Olhain était solidement implantée dans l'Artois. Le château primitif protégeait un domaine agricole prospère, mais les décennies qui suivirent bouleversèrent profondément l'équilibre politique du nord du royaume de France. Les guerres, les épidémies et les transformations de l'art militaire imposèrent une adaptation permanente des fortifications. C'est au cours de cette période troublée que naquît le château que nous connaissons aujourd'hui. Au début du XIVe siècle, l'Artois occupait une position stratégique exceptionnelle. Située entre le domaine royal français, le comté de Flandre et les riches villes marchandes des Pays-Bas, la province contrôlait plusieurs axes commerciaux majeurs reliant Paris aux ports de la Manche. Les villes de Saint-Omer, Arras, Béthune et Aire-sur-la-Lys connaissaient alors une importante prospérité économique grâce au commerce des draps, de la laine et des céréales. En 1302, la célèbre bataille de Courtrai opposa les chevaliers français aux milices flamandes. Si les combats ne touchèrent pas directement Olhain, ils démontraient toute l'importance stratégique de cette région frontalière. En 1337, le roi d'Angleterre Édouard III revendiqua la couronne de France. Cette décision marqua le début de la guerre de Cent Ans. L'Artois devint rapidement une zone de passage pour les armées françaises, anglaises et flamandes. Après la bataille de Crécy en 1346, les troupes anglaises parcouraient plusieurs secteurs du nord de la France. Le siège de Calais (1346-1347) renforça encore l'importance militaire de toute la région artésienne. Même si aucune source ne mentionne un siège d'Olhain durant cette première phase du conflit, la forteresse participe à la surveillance des voies reliant Arras à Béthune et au Boulonnais. En 1348, la peste noire frappa durement la province. La population diminua brutalement. Les terres cultivées furent parfois abandonnées. À ces difficultés s’ajoutèrent les passages répétés des compagnies de mercenaires qui vivaient du pillage lorsque les campagnes militaires s'interrompent.

Le châtelet d'entrée
Durant la seconde moitié du XIVe siècle, la branche principale de la famille d'Olhain s'éteignit progressivement. La dernière héritière transmit finalement la seigneurie par mariage à la famille de Nielles, importante maison noble de l'Artois, proche du pouvoir bourguignon. Le personnage essentiel de cette période fut Jean de Nielles, chambellan du duc de Bourgogne. Au début du XVe siècle, l'Artois appartenait à l'État bourguignon, l'un des ensembles politiques les plus puissants d'Europe. Les ducs de Bourgogne encouragèrent la modernisation de nombreuses forteresses afin de protéger leurs possessions. Le 16 août 1407, le duc de Bourgogne autorisa officiellement Jean de Nielles à prélever d'importantes quantités de chênes dans le bois du Wault, près de Houdain, afin de construire les bâtiments de son "hôtel d'Olhain". Elle ne signifie pas que tout le château fut construit en 1407, mais elle atteste qu'une campagne de travaux d'une ampleur exceptionnelle débuta à cette date. Comme toutes les grandes forteresses médiévales, Olhain ne fut pas édifié en quelques années. Les travaux s’échelonnèrent probablement entre 1407 et les années 1430, voire davantage. Le château construit par Jean de Nielles différa profondément des forteresses du XIIIe siècle. Depuis plusieurs décennies, les armes à poudre avaient fait leur apparition sur les champs de bataille. Les premiers canons restaient peu puissants, mais leur efficacité augmenta rapidement. Les architectes adaptèrent donc les défenses. Les anciennes tours carrées furent remplacées par de puissantes tours circulaires permettant de mieux résister aux impacts. Les murs atteignaient localement plus de trois mètres d'épaisseur. Les ouvertures devinrent plus rares et plus étroites. Les archères traditionnelles sont progressivement complétées par des canonnières permettant l'emploi de petites pièces d'artillerie. Olhain illustre parfaitement cette période charnière où les techniques de défense médiévales évoluèrent pour faire face aux progrès de l'artillerie. Le château adopta alors un plan qui demeure largement celui que l'on observe aujourd'hui. La vaste basse-cour accueille les activités agricoles et artisanales. Elle comprend les granges, les écuries, les logements des domestiques, les ateliers et les réserves. Au-delà d'un premier pont se trouve la haute-cour, véritable cœur militaire et résidentiel. Le châtelet d'entrée, puissamment fortifié, constitue le principal point faible de l'enceinte. Le visiteur doit franchir successivement un pont mobile, une porte charretière, une herse, une seconde porte puis plusieurs passages étroits permettant aux défenseurs de contrôler chaque mouvement. Au centre de l'ensemble s'élève le donjon, symbole du pouvoir seigneurial autant qu'ultime refuge en cas de siège. Autour de celui-ci s'organisent les logis résidentiels, la chapelle, les cuisines et les bâtiments de service.



Quelques années après le début des travaux, le château entra dans une nouvelle famille. En 1409, Alix de Nielles, héritière de la seigneurie, épousa Jean Ier de Berghes, membre d'une puissante famille noble des Pays-Bas bourguignons. Par cette union, Olhain devint l'une des résidences de la maison de Berghes-Saint-Winock. Cette famille conserva le château pendant près de cinq siècles, jusqu'à sa vente au début du XXe siècle. Au XVe siècle, le château ne servit pas uniquement à faire la guerre, mais constituait également le centre administratif de toute la seigneurie. Durant le XVIe siècle, les progrès de l'artillerie devinrent considérables. Les boulets de fonte remplacèrent progressivement les projectiles de pierre et les canons gagnèrent en puissance et en précision. Les propriétaires du château adaptèrent une nouvelle fois les défenses. Certaines archères furent transformées en embrasures pour armes à feu. Des plateformes furent aménagées afin d'accueillir des pièces d'artillerie légères destinées à battre les abords des douves. Au début du XVIIe siècle, le château d'Olhain était toujours l'une des principales places seigneuriales de l'ouest de l'Artois. Depuis près de deux siècles, la famille de Berghes entretenait soigneusement cette demeure fortifiée, qui constituait autant un symbole de puissance qu'un outil de défense. Pourtant, les progrès de l'artillerie, l'évolution des techniques militaires et les affrontements entre la France et l'Espagne vont profondément bouleverser son destin. Depuis le traité du Cateau-Cambrésis de 1559, l'Artois appartenait aux Pays-Bas espagnols, gouvernés par les Habsbourg d'Espagne. La province occupait alors une position stratégique de premier ordre. Elle constituait un véritable verrou entre le royaume de France et les riches provinces flamandes. Les grandes routes reliant Arras, Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys, Béthune et Lille voyaient passer sans cesse des troupes, des convois militaires et des messagers. Les forteresses de la région étaient entretenues avec soin, tandis que les seigneurs restaient tenus de fournir des hommes d'armes au souverain. La maison de Berghes, fidèle à la couronne d'Espagne, conserva une influence importante dans la province. Ses membres occupaient régulièrement des charges militaires et administratives auprès des gouverneurs des Pays-Bas. La seconde moitié du XVIe siècle fut également marquée par les guerres de Religion. Une partie de la noblesse flamande adhéra au protestantisme. Certains membres de la maison de Berghes furent eux-mêmes suspectés de sympathies envers la Réforme. Ces prises de position politiques provoquèrent plusieurs confiscations temporaires de biens.
Au début du XVIIe siècle, la famille retrouva cependant la faveur de la monarchie espagnole. Le 22 octobre 1628, Charles de Berghes obtint du roi Philippe IV d'Espagne la restitution de ses droits, après avoir officiellement affirmé son attachement à la foi catholique. Lorsque débuta la guerre de Trente Ans (1618-1648), le conflit paru d'abord éloigné de l'Artois. Mais l'entrée officielle de la France dans la guerre contre l'Espagne, en 1635, transforma rapidement la province en un vaste champ de bataille. Le cardinal de Richelieu souhaitait repousser les frontières françaises vers le nord et affaiblir durablement la puissance des Habsbourg. L'Artois devint alors l'un des principaux théâtres d'opérations. Les armées françaises s’emparèrent progressivement de plusieurs places fortes. Les campagnes furent ravagées par les réquisitions, les pillages et les épidémies. Le château d'Olhain retrouva pleinement sa fonction militaire. Au cours de l'offensive menée par les armées de Louis XIII, plusieurs forteresses artésiennes tombèrent successivement. Le 26 juillet 1641, des troupes françaises s’emparèrent du château d'Olhain. Les textes anciens évoquent une occupation relativement rapide, sans siège prolongé comparable à ceux d'Arras ou d'Hesdin. Les puissantes défenses du château conservèrent toute leur efficacité, mais la supériorité numérique française et la situation stratégique générale rendirent sa conservation difficile pour les Espagnols. Le château devint alors un poste avancé de l'armée française dans cette partie de l'Artois. Treize ans plus tard, l'Artois fut de nouveau au cœur des combats. En 1654, les Espagnols tentèrent de reprendre l'initiative après plusieurs revers militaires. Le siège d'Arras constitua l'une des opérations majeures de cette campagne. Le château d'Olhain, situé à proximité des voies de communication utilisées par les armées, fut à nouveau occupé. Au cours de cette période, deux tours furent gravement endommagées, probablement volontairement. Les sources anciennes indiquent que les Espagnols auraient fait sauter une partie des défenses afin d'empêcher leur utilisation par les Français. La signature du traité des Pyrénées, le 7 novembre 1659, mit officiellement fin à la guerre entre la France et l'Espagne. L'Artois fut définitivement rattaché au royaume de France. Autrefois forteresse de frontière, Olhain se retrouva désormais à l'intérieur du territoire français. Son importance militaire diminua rapidement. Olhain échappa cependant au démantèlement, contrairement à d'autres châteaux de la région.

Pendant la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714), le nord de la France connut une nouvelle période de troubles. Après la prise de Béthune par les armées alliées en 1710, des troupes hollandaises occupèrent temporairement plusieurs positions de l'Artois, dont le château d'Olhain. Cette occupation resta de courte durée, mais provoqua de nouveaux dégâts. Il s'agit du dernier épisode militaire important de l'histoire du château. Au cours du XVIIIe siècle, les Berghes résidèrent de moins en moins souvent à Olhain. Comme de nombreuses familles nobles, ils préféraient les hôtels particuliers urbains et les châteaux plus confortables. La vieille forteresse devint essentiellement une résidence secondaire, un domaine agricole et un rendez-vous de chasse. Le château entra lentement dans une période de déclin. En 1789, la Révolution bouleversa profondément l'organisation de la société française. Les droits seigneuriaux furent abolis dans la nuit du 4 août 1789. Le château perdit définitivement son rôle administratif. Contrairement à d'autres demeures aristocratiques, Olhain échappa toutefois aux destructions les plus importantes. Les bâtiments furent principalement utilisés pour des activités agricoles. Le XIXe siècle vit naître un profond intérêt pour le patrimoine médiéval. Les écrivains romantiques, les architectes et les érudits redécouvraient les vieux châteaux. Le château d'Olhain attira alors les premiers historiens régionaux. Des campagnes de réparation furent entreprises. Ces travaux demeurèrent modestes, mais permirent d'éviter la disparition progressive du monument. Après près de cinq siècles de possession, la maison de Berghes se sépara finalement du château en 1900. Les nouveaux propriétaires (la famille Dutoit) entreprirent rapidement d'importants travaux de restauration. Leur objectif n'était pas de transformer le château, mais d'en préserver le caractère médiéval. Cette approche, relativement novatrice pour l'époque, explique en grande partie l'excellent état de conservation actuel.

La chapelle

Cheminée dans la salle de garde

Charpente d'une des tours
Durant la Première Guerre mondiale, le front se stabilisa plusieurs dizaines de kilomètres plus à l'est. Le secteur d'Olhain servit essentiellement de zone de cantonnement et de passage pour les troupes françaises et britanniques. Le château fut occupé à plusieurs reprises. Malgré cette présence militaire, il ne subit pas de bombardements majeurs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes allemandes utilisèrent également ponctuellement les bâtiments. Là encore, la forteresse échappe aux destructions qui touchent de nombreuses villes du Pas-de-Calais. À partir des années 1950, plusieurs campagnes de restauration furent engagées. L'objectif était désormais de conserver le monument dans son état historique tout en permettant son ouverture au public. Le 12 avril 1989, les principales parties du château furent inscrites au titre des Monuments historiques. Cette protection concerne notamment les façades, les toitures, les douves, les ponts, les bâtiments de la basse-cour et les éléments défensifs. Aujourd'hui, le château d'Olhain demeure l'un des plus beaux exemples de forteresse médiévale de l'ancien comté d'Artois. Son authenticité réside dans le fait qu'il n'a jamais été profondément transformé en château de plaisance. Les douves, les courtines, le châtelet, le donjon et les tours permettent encore de comprendre l'organisation d'une résidence seigneuriale fortifiée à la fin du Moyen-âge.


Le château d'Olhain appartient à une catégorie particulière : les châteaux de plaine. Alors que les forteresses du Massif central, de Bourgogne ou des Vosges utilisent le relief naturel comme première ligne de défense, Olhain tire parti d'un environnement humide. Les ingénieurs médiévaux ont exploité les eaux de la Brette pour créer une défense artificielle particulièrement efficace. Le site est organisé autour des prairies inondables, des fossés extérieurs, des douves principales, de la basse-cour, de la haute-cour et des bâtiments résidentiels. L'ensemble formait une succession d'obstacles qui ralentissaient considérablement toute armée assaillante. Les douves constituent l'élément le plus spectaculaire du château. Elles entourent entièrement la haute-cour et sont alimentées en permanence par les eaux de la vallée. Leur largeur atteint par endroits une vingtaine de mètres, tandis que leur profondeur variait selon les saisons. Le niveau d'eau pouvait être régulé grâce à un système de vannes permettant de maintenir une hauteur suffisante, même durant les périodes sèches. Ces douves remplissaient plusieurs fonctions comme empêcher les attaques directes contre les murailles, interdire l'approche des béliers, empêcher le creusement de galeries de mine sous les courtines et limiter l'utilisation des tours de siège. Les eaux avaient également un rôle économique, fournissant du poisson et servant de réserve en cas de siège. L'accès au château a toujours constitué son point le plus sensible. À l'origine, plusieurs ponts successifs permettaient de franchir les fossés. Le dernier était un pont-levis à flèches, dont le tablier pouvait être relevé rapidement grâce à un système de contrepoids. Les logements des mécanismes sont encore visibles dans les maçonneries du châtelet. Lorsque le pont était levé, la porte principale devenait pratiquement inaccessible. Les défenseurs pouvaient également retirer certaines passerelles secondaires reliant la basse-cour à la haute-cour. Ainsi, même si un ennemi parvenait à pénétrer dans la première enceinte, il devait encore franchir plusieurs obstacles avant d'atteindre le cœur du château.

Le châtelet représente l'un des ouvrages défensifs les plus élaborés de la forteresse. Massif et compact, il concentrait tous les moyens de défense disponibles au début du XVe siècle. L'assaillant devait franchir successivement un pont mobile, une première porte bardée de fer, une herse coulissante, un passage voûté particulièrement étroit puis une seconde porte. Au-dessus du passage, plusieurs ouvertures verticales, appelées assommoirs, permettaient aux défenseurs de jeter des pierres, de l'eau bouillante ou de la chaux vive sur les assaillants. Les murs sont percés de meurtrières et d'archères qui autorisaient des tirs croisés, rendant toute progression extrêmement dangereuse. Le châtelet était en réalité un petit fort autonome, capable de résister même si une partie de l'enceinte venait à être prise. Les murailles reliant les différentes tours sont appelées courtines. À Olhain, elles présentent une épaisseur comprise entre deux et trois mètres selon les secteurs. Elles sont construites en blocs de grès soigneusement appareillés, liés par un mortier de chaux particulièrement résistant. Le parement extérieur est composé de pierres de taille régulières, tandis que le cœur des murs est constitué de moellons noyés dans un mortier très compact. Les courtines étaient surmontées d'un chemin de ronde protégé par un parapet crénelé. Les soldats pouvaient ainsi circuler rapidement d'une tour à l'autre pour défendre l'ensemble de l'enceinte.


Le château possède plusieurs tours cylindriques qui constituent l'une de ses caractéristiques les plus remarquables. Leur forme résulte directement de l'évolution de l'architecture militaire. Par rapport aux anciennes tours carrées, les tours rondes répartissent beaucoup mieux les efforts mécaniques. Les boulets ricochent plus facilement sur leurs parois. Elles offrent également un meilleur champ de tir. Chaque tour comprenait plusieurs niveaux. Les étages inférieurs servaient principalement de réserves ou de magasins à poudre. Les niveaux supérieurs accueillaient les archers puis, plus tard, les premières armes à feu. Les planchers étaient entièrement réalisés en chêne. Des escaliers aménagés dans l'épaisseur des murs reliaient les différents niveaux. Dominant toute la forteresse, le donjon constitue l'élément le plus imposant du château. Il remplissait trois fonctions essentielles. La première était militaire. Depuis son sommet, les guetteurs surveillaient toute la vallée de la Brette ainsi que les chemins reliant Béthune, Houdain et les collines de l'Artois. Par temps clair, la vue portait sur plusieurs kilomètres, permettant de signaler rapidement l'approche d'une troupe. La deuxième fonction était résidentielle. Le seigneur disposait dans le donjon de plusieurs pièces privées offrant un meilleur niveau de confort que les bâtiments militaires. La troisième fonction était symbolique. Comme dans toutes les forteresses médiévales, la hauteur du donjon exprimait le pouvoir du seigneur. Visible de loin, il rappelait son autorité sur l'ensemble de la seigneurie.


Adossés aux courtines, les bâtiments résidentiels formaient le véritable cœur de la vie quotidienne. Ils comprenaient notamment la grande salle d'apparat, les appartements privés, les chambres d'hôtes, les cuisines, les offices et les réserves alimentaires. La grande salle constituait la pièce principale. C'est là que le seigneur rendait la justice, recevait ses vassaux et organisait les banquets. Une vaste cheminée permettait de chauffer cette salle durant l'hiver. Les murs étaient probablement décorés de tapisseries, qui amélioraient à la fois le confort thermique et le prestige des lieux. Les cuisines étaient volontairement séparées des appartements afin de limiter les risques d'incendie. Elles étaient équipées d'une grande cheminée, de fours, de tables de préparation et d'éviers alimentés en eau. Comme toute résidence noble importante, le château possédait sa propre chapelle. Même si plusieurs remaniements sont intervenus au XIXe siècle, cette chapelle rappelle le rôle fondamental de la religion dans la société médiévale.

Souvent moins spectaculaire que la haute-cour, la basse-cour était pourtant indispensable au fonctionnement du château. Elle regroupait les granges, les écuries, les ateliers, les forges, les logements des artisans, les remises et les réserves de fourrage. En période de paix, plusieurs dizaines de personnes y travaillaient quotidiennement. En période de guerre, elle pouvait accueillir les habitants des villages voisins avec leurs troupeaux. Le château devenait alors une véritable petite ville fortifiée capable de vivre plusieurs semaines en autonomie.

L'entrée de la basse-cour

Le château d'Olhain constitue l'un des plus remarquables témoins de l'architecture castrale médiévale dans le nord de la France. Son histoire reflète celle de l'Artois, région frontalière longtemps disputée entre les Capétiens, les ducs de Bourgogne, les Habsbourg d'Espagne et les rois de France. Depuis la première fortification de la fin du XIIe siècle jusqu'aux restaurations contemporaines, il a traversé les croisades, la guerre de Cent Ans, les conflits franco-espagnols, la Révolution française et les deux guerres mondiales sans perdre son identité. Son exceptionnel état de conservation permet aujourd'hui de comprendre l'organisation d'une grande résidence seigneuriale des XIVe et XVe siècles. Les larges douves, le puissant châtelet d'entrée, les tours circulaires, le donjon, les logis et la vaste basse-cour composent un ensemble cohérent qui illustre l'évolution de l'architecture militaire à une époque charnière, marquée par l'apparition de l'artillerie. Plus qu'un simple monument historique, Olhain demeure un véritable livre de pierre. Chaque mur, chaque tour et chaque fossé raconte une page de l'histoire de l'Artois. Cette authenticité, alliée à la qualité de sa conservation et à son implantation dans un paysage demeuré largement préservé, fait du château d'Olhain l'un des fleurons du patrimoine médiéval du Pas-de-Calais et une référence incontournable pour l'étude des forteresses de l'Europe du Nord.
Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.
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Le château d'Olhain se situe rue Léo Lagrange à Fresnicourt-le-Dolmen. Il est actuellement fermé à la visite.
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Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2026
Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2026