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Le viaduc des Rochers Noirs, également appelé viaduc de Roche-Taillade, est un ouvrage d'art ferroviaire situé en Corrèze, entre les communes de Lapleau et de Soursac. Construit au début du XXe siècle pour le chemin de fer départemental, il franchit les profondes gorges de la Luzège grâce à une structure métallique suspendue, reposant sur deux hautes piles en maçonnerie. Longtemps fermé à la circulation en raison de son état, le viaduc a fait l'objet d'une importante restauration et a retrouvé un accès aux piétons et aux cyclistes en 2024. Il constitue aujourd'hui l'un des témoins les plus remarquables de l'histoire des chemins de fer secondaires corréziens et de l'évolution des techniques de construction des ponts suspendus.

Au début du XXe siècle, une partie de la Corrèze demeurait difficile d'accès. Les vallées encaissées, les plateaux et les reliefs du Massif central compliquent les déplacements entre les bourgs et les villes. Le développement du chemin de fer apparaît alors comme un moyen de désenclaver les campagnes et de faciliter les échanges. Un projet de réseau ferroviaire départemental fut élaboré sous le nom de "Transcorrézien". Il prévoyait notamment une ligne reliant Tulle à Ussel sur environ 101 km, ainsi que d'autres lignes destinées à desservir les territoires environnants. Le décret d'application du projet fut publié au Journal officiel le 30 avril 1908. Le tracé de la ligne Tulle-Ussel rencontra un obstacle majeur entre Lapleau et Soursac : les gorges de la Luzège. La rivière coule au fond d'une vallée profonde, bordée de versants rocheux et escarpés. Le franchissement de cette coupure nécessita la construction d'un ouvrage d'art de grande dimension. Plusieurs solutions furent envisagées avant que ne soit retenu le principe d'un pont suspendu selon le système de l'ingénieur Albert Gisclard. La réalisation fut confiée à la société de Ferdinand Arnodin, spécialiste des ponts suspendus et des constructions métalliques. Le chantier débuta en 1911, au lieu-dit des Rochers Noirs, appellation utilisée du côté de Lapleau. À Soursac, le site était connu sous le nom de Roche-Taillade. Les travaux se poursuivirent jusqu'en 1913, au milieu d'un relief particulièrement difficile, qui imposa des moyens spécifiques pour transporter les matériaux et assembler les éléments métalliques. Le viaduc fut achevé au printemps 1913. Le 8 mai, des essais en charge furent réalisés avec des locomotives et des wagons lestés. Les épreuves comprenaient notamment le passage de deux locomotives de 25 tonnes, accompagnées de leurs tenders et de cinq wagons chargés de 13,5 tonnes chacun. Le 11 septembre 1913, le viaduc fut inauguré par le président de la République Raymond Poincaré. Celui-ci emprunta l'ouvrage à bord d'une voiture du chemin de fer corrézien. Le pont devint alors un élément essentiel de la ligne ferroviaire qui traversait la région.


Le viaduc des Rochers Noirs était emprunté par le tramway de la Corrèze, surnommé le "Tacot". La ligne permettait aux voyageurs et aux marchandises de franchir les gorges de la Luzège sans devoir descendre dans la vallée et remonter sur le versant opposé. Le chemin de fer fut exploité jusqu'au 31 décembre 1959. Comme de nombreuses lignes secondaires de cette époque, il subissait la concurrence croissante des transports routiers et connut des difficultés financières. La fermeture de la ligne entraîna l'abandon de la circulation ferroviaire sur le viaduc. À partir de 1960, l'ouvrage fut adapté à la circulation routière. Il était emprunté par la route départementale D89 jusqu'en 1983. Après cette date, il fut réservé aux piétons. Au fil des années, la structure se dégrada. Le viaduc fut finalement fermé à toute circulation en 2005 pour des raisons de sécurité. Pendant près de deux décennies, l'ouvrage demeura inaccessible, malgré son intérêt patrimonial et sa place dans le paysage des gorges de la Luzège. Le viaduc fut inscrit au titre des monuments historiques le 6 décembre 2000. En 2020, il figura parmi les dix-huit sites emblématiques sélectionnés pour le Loto du patrimoine, ce qui contribua à soutenir sa restauration. Les travaux de rénovation, portés par le conseil départemental de la Corrèze, commencèrent en 2023. Ils comprenaient la remise en état de la structure et des équipements nécessaires à une nouvelle fréquentation. Ce chantier de restauration d'envergure a été réalisé pour un budget de 9,8 millions d'euros hors taxe. L'inauguration de l'ouvrage restauré eut lieu le 19 septembre 2024. Le viaduc est désormais ouvert aux déplacements doux, notamment aux piétons et aux cyclistes.


Le viaduc des Rochers Noirs est un pont suspendu métallique conçu pour supporter une voie ferrée à écartement métrique. Sa structure associe des piles en maçonnerie de granite, des câbles porteurs et un tablier métallique suspendu. Il s'agit d'un ouvrage de type Gisclard, dont le système de suspension a été conçu pour limiter les déformations du tablier sous les charges roulantes. Le pont franchit la Luzège à environ 92 m au-dessus de la rivière. Sa longueur totale atteint environ 158,37 m, tandis que le tablier métallique présente une longueur de 147,25 m et une largeur de 5 m. Les piles maçonnées ont une hauteur de 53,71 m du côté de Soursac et de 41,71 m du côté de Lapleau. La hauteur totale de l'ouvrage est d'environ 112 m, valeur correspondant à une mesure globale des éléments de soutien et non à la seule hauteur du tablier au-dessus de la rivière. Les deux piles principales sont établies sur les versants rocheux des gorges. Elles sont construites en maçonnerie de granite provenant d'une carrière locale. Le terrain présentant une forte pente, les fondations sont aménagées par paliers successifs dans le rocher pour assurer l'assise des piles. Chaque niveau forme une surface horizontale, adaptée à la construction de la maçonnerie. Les deux piles ne sont pas implantées à la même altitude. À leur sommet, les piles sont évidées et se divisent en deux parties verticales. Elles portent des couronnements en granite et des pièces de support sur lesquelles reposent les éléments mobiles de la suspension. Les dispositifs d'appui permettent notamment les mouvements liés aux variations de température et aux déformations de la structure.


Les câbles porteurs sont ancrés directement dans le rocher de chaque rive. Des galeries semi-circulaires ont été creusées dans la masse granitique afin d'y installer les ancrages. Cette disposition permet d'utiliser la roche naturelle comme massif de retenue des câbles, sans construire de grands blocs d'ancrage en maçonnerie à l'extérieur du terrain. La conception du pont repose sur le système breveté par Albert Gisclard en 1900. Ce dispositif se distingue des ponts suspendus classiques par l'association de câbles porteurs et de câbles inclinés, disposés en triangulation. Les câbles principaux prennent appui sur les piles et se prolongent jusqu'aux ancrages creusés dans les rochers. Des suspentes verticales relient ces câbles à la charpente métallique du tablier. D'autres câbles inclinés participent à la rigidité de l'ensemble. Le système est complété par une suspension de type Ordish, destinée à limiter les variations de flèche du tablier. La combinaison des câbles et des éléments métalliques forme une structure suspendue qui permet le franchissement de la vallée avec une portée importante. Le viaduc appartient à une famille d'ouvrages relativement rare. Le système Gisclard a été employé sur plusieurs ponts, notamment le pont de la Cassagne, construit entre 1906 et 1908 sur la ligne du Train jaune, dans les Pyrénées-Orientales. Le tablier est constitué d'une charpente métallique assemblée par rivetage. Sa structure longitudinale forme une poutre continue suspendue sous les câbles porteurs. L'ossature est composée de plusieurs éléments successifs. Les données techniques publiées pour l'ouvrage mentionnent dix éléments de 11,50 m, deux éléments de 10,88 m, un élément de 7,40 m du côté de Soursac et un élément de 10,97 m du côté de Lapleau. L'ensemble correspond à une longueur de tablier de 147,25 m. La construction des parties métalliques ne se déroula pas entièrement sur le site. La charpente fut d'abord montée à blanc dans les ateliers de la société Arnodin à Châteauneuf-sur-Loire. Elle fut ensuite démontée, chaque pièce étant numérotée avant son transport. Les éléments furent acheminés par chemin de fer jusqu'à Égletons, puis transportés par des chariots tirés par des chevaux jusqu'au chantier. Le montage définitif fut réalisé sur place, avec des rivets posés à chaud à l'aide d'une forge mobile. La mise en place de la charpente fit appel à un chariot spécial équipé d'un treuil et de galets circulant sur les câbles. Ce dispositif permit aux ouvriers de déplacer les éléments métalliques au-dessus de la vallée et de les assembler progressivement.




Le viaduc ne constitue qu'un élément du tracé de la ligne. Les voies d'accès sont aménagées sur les deux versants des gorges, avec des rampes dont la déclivité maximale atteint environ 42 millimètres par mètre. Du côté de Soursac, la voie ferrée traverse un tunnel en courbe de 123 m avant de rejoindre le viaduc. Un autre tunnel, d'environ 45 m, se trouve sur l'ancienne route d'accès au pont. Les installations ferroviaires comprenaient également un réservoir d'eau alimenté par la source d'Aussinage, situé à proximité du second tunnel. Cette réserve servait au ravitaillement des locomotives à vapeur du Transcorrézien. L'ensemble du tracé témoigne des difficultés rencontrées pour construire une ligne de chemin de fer dans les gorges de la Luzège : tunnels, voies en pente, ouvrages de soutènement et franchissement suspendu se succèdent sur les deux versants.




Depuis sa restauration et sa réouverture en septembre 2024, le viaduc des Rochers Noirs est accessible dans le cadre des déplacements doux. Le tablier permet de traverser les gorges à pied ou à vélo et de découvrir la vallée de la Luzège depuis l'ouvrage. La restauration a conservé la silhouette générale du pont, ses piles de granite et sa structure suspendue. Elle a également permis de remettre en état un ouvrage qui avait été fermé pendant près de vingt ans. Le viaduc constitue ainsi un témoin de trois périodes successives : le développement du chemin de fer départemental au début du XXe siècle, la transformation de l'ouvrage en route après 1959, puis sa reconversion patrimoniale et touristique au XXIe siècle. Afin de découvrir vous aussi le Viaduc, trouvez dès maintenant votre hôtel en Corrèze en cliquant ici
Ces photographies ont été réalisées en août 2002 et en 2025.
Ces informations ont été extraite du livre "Les Tramways de la Corrèze" de Jacques Maligne aux Éditions La Régordane.
Y ACCÉDER:
Si vous venez de Mauriac, prendre la D678, puis la D105 en direction du barrage de l'Aigle. Depuis le barrage, prendre la D16 vers Soursac. A la sortie de Soursac vers Lapleau, prendre la petite route à votre gauche. Laissez la voiture après le premier tunnel et continuez à pied (prendre une lampe de poche pour le franchissement du deuxième tunnel).
Si vous venez d'Egletons, prendre la D16 vers Mauriac, à la sortie de Lapleau, prendre la D89E vers le hameau de Puymejoux et de Vassejoux.
Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.
Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.
Cette page a été mise en ligne le 20 février 2003
Cette page a été mise à jour le 20 octobre 2026