Suivez les
Cicatrice de Guerre sur INSTAGRAM
![]()
À la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, sous le Premier Empire, la France chercha à renforcer en urgence ses défenses littorales face à la menace persistante de la Royal Navy britannique. La Royal Navy dominait alors les mers, multipliait les blocus, et menait ponctuellement des raids sur les côtes françaises. En 1757, un de ces raids mit à sac l'ile d'Aix. À l'époque, la batterie installée le long de la plage de Châtelaillon démontra son utilité en empêchant le débarquement des Anglais. Dans ce contexte de tension permanente, une série d’ouvrages standardisés vit le jour sous l’Empire. Parmi eux, les tours dites "modèle 1811", petits forts de pierre étaient conçus pour surveiller, dissuader et résister à de possibles incursions côtières. Il ne s’agit pas d’un modèle unique parfaitement uniformisé comme les fortifications Vauban, mais plutôt d’un type de tour côtière de petite dimension, intégrée à une stratégie défensive plus large.

Les tours "modèle 1811" s’inscrivent dans une logique très napoléonienne consistant à rationaliser la défense par des structures répétables, simples à construire et adaptées à de multiples sites. Ces tours ne sont pas des forteresses monumentales, mais des ouvrages compacts, généralement polygonaux, pensés pour accueillir une petite garnison et quelques pièces d’artillerie légère. L’objectif de ces tours était de surveiller les approches maritimes et de retarder un débarquement ennemi, le temps que les forces terrestres puissent intervenir. Les tours "modèle 1811" répondent à des principes simples, dictés par l’efficacité plus que par l’esthétique. Elles sont généralement construites en maçonnerie de pierre locale, avec des murs épais capables d’absorber les impacts de boulets. Le programme prévoyait plusieurs modèles standardisés, le type 1, grande tour de batterie principale, le type 2, version intermédiaire, le type 3, petite tour de poste avancé, et les types 4 et 5, corps de garde simplifiés. Même si les plans varient selon les ingénieurs locaux (génie militaire), on retrouve des constantes. Le plan est carré avec des angles légèrement coupés d'environ 16 m de côté (type 1). La tour est entourée d'un fossé sec avec un glacis extérieur. La tour est conçue comme un bloc défensif autonome. Chaque niveau est voûté (résistance aux tirs et obus) où les charges sont reprises par un pilier central massif. Les murs sont épais de 1 à 1,5 m. Pour la défense rapprochée (fusils), des créneaux de tir étaient repartis sur toutes les faces et les bretèches permettaient des tirs plongeants sur le fossé. La terrasse permettait la surveillance et l'utilisation de l'artillerie légère (petit canon de 4 ou 6 livres). Leur organisation interne suit un schéma récurrent. Le niveau 1 (rez-de-chaussée semi-enterré ou protégé) avait une fonction logistique et de stockage avec le magasin à poudre (poudrière), les magasins à vivres et la citerne d’eau. Les locaux sont voûtés en maçonnerie épaisse pour résister aux bombardements et possèdent des embrasures de fusillade vers le fossé. Le niveau 2 était l'étage de vie et défense rapprochée. On y trouvait le casernement des soldats, le logement du commandant de batterie et des meurtrières et créneaux de défense rapprochée. Le niveau 3 est la terrasse d’artillerie. Sur cette plateforme à ciel ouvert entouré d'un parapet crénelé se trouvaient les emplacements de canons (souvent 2 à 4 pièces) et les bretèches de tir et dispositifs de flanquement. L'entrée dans la tour se faisait par un pont-levis enjambant le fossé et donnant sur le deuxième niveau. L'accès aux autres niveaux se faisait au travers d'escaliers droits internes à la tour. La garnison était plutôt réduite avec 12 à 60 hommes selon le type.

Plan des tours modèle 1811 n°1
Ces tours étaient principalement implantées sur les zones jugées vulnérables comme les caps, baies ouvertes, estuaires ou points de débarquement potentiels. Le projet initial prévoyait environ 160 ouvrages. Leur rôle n’était pas de constituer une ligne continue, mais un réseau de surveillance ponctuel, permettant une alerte rapide. Elles fonctionnaient en coordination avec d’autres éléments du dispositif défensif comme les batteries côtières, les redoutes, les corps de garde et les signaux optiques. Dans certains cas, elles servaient également de relais de communication visuelle entre différents points du littoral. La carrière opérationnelle de ces tours fut relativement brève. Construites entre 1812 et 1814, elles entrèrent rapidement dans une nouvelle réalité stratégique après 1815. La chute de Napoléon 1er et la réorganisation des priorités militaires françaises rendirent une partie de ces ouvrages obsolètes. À cette période, seule une quinzaine avaient été construites. Certaines furent réutilisées sous la Restauration et au XIXe siècle, intégrées à de nouveaux systèmes défensifs. D’autres furent abandonnées, démantelées ou transformées en bâtiments civils. Quelques exemplaires subsistent encore aujourd’hui, souvent méconnus, intégrés au paysage côtier ou reconvertis en habitations ou en postes d’observation. Les tours "modèle 1811" marquèrent une transition importante. Héritées des forts bastionnés classiques de Vauban, elles furent une anticipation des forts standardisés du XIXe siècle (Séré de Rivières) et une inspiration des futures casernes crénelées (modèle 1846). Elles sont parfois comparées aux "Martello towers" britanniques, construites à la même époque.

Le bunker allemand attenant au fort Saint-Jean

La tour n° 2 a une embase carrée de 10,50 m de côté. Elle avait une garnison de 30 hommes et était armée d'un canon de campagne et de deux caronades (canon court). La tour Saint-Jean a été construite selon ce modèle entre 1812 et 1813. Elle diffère du modèle au niveau des embrasures de tir. Déclassée à la fin du XIXe siècle, elle fut réaménagée en hammam. L'armée allemande la réutilisa dans le cadre du mur de l'Atlantique.

Le fort Saint-Jean en 2012

Le fort Saint-Jean en 1977

Image générée par IA

Image générée par IA
Ces photographies ont été réalisées en aout 2012 sauf pour celle de l'IGN.
Y ACCÉDER:
La tour est située dans une propriété privée clôturée. Elle peut toutefois être aperçue depuis la promenade côtière aménagée le long de la plage nord de Châtelaillon.
Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.
Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.
Cette page a été mise en ligne le 14 octobre 2012
Cette page a été mise à jour le 21 avril 2026