Le fort du Mont-Rudolphe

Le fort construit au sommet du Mont-Rudolphe, au nord de la place de Belfort, est le dernier ouvrage construit pour assurer la défense de Belfort. Débutée en 1912, la construction fut interrompue par la 1re Guerre mondiale et jamais reprise.

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La façade du casernement

Le fort du Mont-Rudolphe était destiné à renforcer la défense nord de la place de Belfort en comblant l'espace existant entre le fort de Roppe et l'ouvrage du Monceau. Le projet initial de 1900 prévoyait la construction d'un casernement en béton spécial, deux tourelles escamotables de 75R05 (2 canons de 75), une tourelle escamotable de mitrailleuses (2 mitrailleuses Hochtkiss de 8 mm) et un observatoire cuirassé. À ce projet initial fut rajouté en 1906 une batterie cuirassée, composée de deux tourelles Galopin de 155R07 (armée chacune d'un canon de 155), installé à l'extérieur du fort. En 1908, ces deux tourelles furent remplacées par deux tourelles de 155C08 et la tourelle de 75R05 prévu du côté ouest du fort fut remplacée par une casemate de Bourges pour deux canons de 75. En 1911, les plans furent encore modifiés pour remplacer l'entrée du fort de type classique par une entrée dite de guerre disposée au fond du fossé de gorge. La casemate de flanquement du fossé fut également remplacée par un coffre de contrescarpe. Le cout du projet fut estimé à 3 121 000 francs de l'époque (environ 8 707 590 €).

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La rampe d'accès au fossé de gorge

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La façade du casernement

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Le fossé de gorge

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La façade du casernement

La construction débuta en 1912. Le fort devait avoir une forme de polygone effilé en forme de flèche formant quatre saillants. Le casernement était disposé sur le côté sud entre les saillants I et IV. Le côté sud (saillants I-IV) et le côté est (saillants III-IV) possédaient un fossé (fossé de gorge du côté sud). Ces fossés devaient être protégés par un coffre double de contrescarpe placé au saillant IV. Un coffre de contrescarpe, placé au saillant III, assurait la défense du fort entre les saillants II et III. Un coffre de flanquement, disposé au saillant II, prenait sous son feu l'intervalle entre les saillants I et II. Une tourelle de mitrailleuse était prévue au saillant IV. La tourelle de 75 devait être implantée près du casernement en direction du saillant III et la casemate de Bourges du saillant I était accolée au casernement.

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L'entrée du casernement dans le fossé de gorge

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L'entrée du casernement

Le casernement, construit en béton, comporte deux étages sur un sous-sol. Au sous-sol se trouvent les trois citernes d'eau potable et la fosse recevant les eaux des latrines. Au rez-de-chaussée se trouvent en plus de l'entrée avec son poste de garde, cinq chambrées pour les hommes et trois chambres pour le logement des officiers. Ces chambrées sont complétées par quelques locaux servant de magasins de stockage. Au 1er étage se trouvent six chambrées pour le logement des hommes et des locaux annexes. S'y trouvent également une infirmerie et une cuisine. Le casernement était prévu pour abriter 242 hommes soit 4 officiers, 12 sous-officiers et 226 hommes. La batterie externe de deux tourelles de 155C08 était prévue pour le couchage de 42 hommes.

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Le couloir du 1er étage du casernement

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Une chambrée au 1er étage du casernement

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Le couloir du 1er étage du casernement

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L'entrée du casernement

En 1913, les plans furent à nouveau modifiés pour déplacer la tourelle de 75, prévu à proximité du casernement, vers le saillant III et d'y adjoindre deux observatoires cuirassés. Il fut aussi décidé d'électrifier l'ensemble du fort (éclairage et ventilation) avec l'implantation d'une usine électrique dans le casernement et une autre dans la batterie externe. Les différents éléments du fort devaient être reliés au casernement par des galeries souterraines.

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L'accès au casernement depuis le saillant IV

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L'accès au casernement depuis le saillant I (emplacement de la casemate de Bourges)

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L'arrière du casernement

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La dalle supérieure du casernement

L'armement du fort devait en 1914 être constitué d'une tourelle escamotable de 75 (2 canons de 75) avec deux observatoires cuirassés, d'une casemate de Bourges (2 canons de 75), d'une tourelle escamotable de mitrailleuse (2 mitrailleuses Hochtkiss de 8 mm) avec un observatoire cuirassé et une batterie de deux tourelles de 155 (1 canon de 155 par tourelle). Pour la défense des fossés, le coffre simple de contrescarpe était armé d'un canon revolver, le coffre double de contrescarpe était armé de deux canons revolver et de deux canons de "12 culasse" et le coffre de flanquement possédait un canon revolver. À l'extérieur du fort était prévue une batterie de quatre canons de 155 à côté de la batterie de tourelles de 155 (de manière provisoire jusqu'à la mise en service des tourelles de 155), une batterie de quatre canons de 120L à côté du retranchement d'infanterie du côté ouest et une batterie de quatre canons de 120L à l'est du fort.

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Un abri d'infanterie

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Le réservoir d'eau pour les locomotives du réseau ferrée interfort

Les tourelles pour mitrailleuses étaient armées de deux mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm. Elles sont constituées d'un fût cylindrique en acier chromé d'une épaisseur de 20 mm surmonté d'une calotte en acier de 120 mm d'épaisseur. Cette calotte résiste, lorsque la tourelle est éclipsée, à un impact d'un obus de 155. Les parois du fût ne sont conçues que pour résister à des tirs de mitrailleuses et de fusils. La tourelle a un poids de 25 t. Sa mise en batterie s'effectue à l'aide d'un balancier et d'un contrepoids.

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Les emplacements de la batterie d'artillerie à l'est du fort

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Les niches à munitions de la batterie d'artillerie à l'est du fort

La tourelle à éclipse de 75R05 était armée de deux canons de 75 raccourcis. Chaque canon a une portée de 4900 m et une cadence de tir de 11 coups par minute. La tourelle est constituée d'un fût dont la paroi à une épaisseur de 150 mm, recouverts d'une calotte de 300 mm d'épaisseur. Elle comprend trois étages dont l'étage supérieur est la chambre de tir. L'étage intermédiaire comprend le poste de commandement et quatre armoires pour le stockage de 725 obus. C'est à cet étage que s'effectue la rotation de la tourelle. L'étage inférieur comprend le balancier et le contrepoids de la tourelle. La montée et la descente de la tourelle s'effectuent à l'aide de deux hommes. Elle ne sortait de son logement que le temps du tir. Un ventilateur manuel destiné à l'évacuation des fumées de tir est également installé à cet étage. L'ensemble de la tourelle est desservi par quinze hommes. La tourelle avait un poids de 42 t.

La tourelle de 155C08 était armée d'un obusier de 155 court modèle 1908 à tir courbe d'un portée de 6800 m. La tourelle est constituée d'un fût non eclipsable, recouverts d'une calotte de 300 mm d'épaisseur et de 3,80 m de diamètre. Elle comprend trois étages dont l'étage supérieur est la chambre de tir. L'étage intermédiaire comprend le poste de commandement et des armoires pour le stockage des obus. C'est à cet étage que s'effectue la rotation de la tourelle. L'étage inférieur comprend le support de la tourelle et un ventilateur manuel destiné à l'évacuation des fumées de tir.

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L'emplacement de la batterie de deux tourelles de 155

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L'emplacement de la batterie de deux tourelles de 155

La casemate de Bourges est constituée de deux chambres de tir légèrement décalé l'une par rapport à l'autre. Chaque chambre de tir est armée d'un canon de 75 d'une portée de 5500 m et d'une cadence de tir de onze coups par minute. Chaque chambre de tir possède des armoires de stockage pour 96 obus (chacun pesant 7 kg). Au sous-sol, chaque chambre possédait un magasin pour 800 obus. Les murs de la casemate ont une épaisseur de 2,50 m et la dalle supérieure est constituée de1,70 m de béton armé. La casemate est desservie par quinze hommes.

Le canon revolver est constitué de cinq tubes entourant un axe central. Ces cinq tubes étaient mis en rotation à l'aide d'une manivelle. Un mécanisme assurait, à chaque tour de manivelle, la rotation des tubes, le chargement d'un tube avec un obus, le déchargement de la douille du tube qui venait de tirer et le tir du tube chargé au tour précédent. Les obus chargés sont disposés dans un distributeur situé au-dessus de l'affût. La cadence de tir atteint les 60 coups par minute. Les cinq tubes sont rayés à des pas différents afin de disperser les mitrailles des obus. Ceci permet sans bouger le canon de balayer toute la largeur du fossé en cinq coups.

Le début de la 1re Guerre mondiale en août 1914 stoppa les travaux. À ce moment, le gros œuvre du casernement et le fossé de gorge étaient réalisés. Pour le reste, seules les excavations pour le coffre double de contrescarpe, pour les tourelles de 75 et de mitrailleuses et pour la batterie de tourelles de 155 étaient réalisées. Les terrassements pour les batteries de canons de 155 et de 120L étaient également réalisés. Les travaux ne reprirent pas et le fort ne fut jamais achevé. Le site servit durant la 1re Guerre mondiale de poste d'observation et un observatoire en béton fut aménagé sur le haut de l'ouvrage. Durant les années 1930, le casernement servit d'abris à l'armée. Des restes de lits, modèle 1876, sont encore présents et des dessins d'avions furent réalisés dans les chambrées du 1er étage à cette époque. Dans le cadre des fortifications de la ligne Maginot, le casernement abrita le poste de commandement du quartier nord du secteur de défense de Belfort.

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L'observatoire aménagé sur le haut du fort

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L'observatoire aménagé sur le haut du fort

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Terrassement d'infanterie

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Abri d'infanterie

Afin de renforcer la défense au sud-est du fort, un abri de combat fut construit entre 1913 et 1914 en contrebas du fort du Mont-Rudolphe. L'abri de combat de Pierremont est un modèle 1913 prévu pour une demi-compagnie. Ces deux chambrées offraient 68 places couchées et 60 places assises. Cet abri était équipé sur le côté droit d'une cuisine et de latrines. Les entrées étaient défendues par une petite caponnière. Lors du déclenchement de la 1re Guerre mondiale, l'abri était terminé, mais pas encore recouvert de sa couche de terre protectrice (il ne le sera jamais).

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La partie arrière de l'abri de combat de Pierremont

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La façade de l'abri de combat de Pierremont

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La façade de l'abri de combat de Pierremont

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Le couloir de l'abri de combat de Pierremont

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Une des chambrées de l'abri de combat de Pierremont

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L'emplacement de la cuisine

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La fosse des latrines

Entre le Mont-Rudolphe et l'ouvrage du Monceau se trouve le Piton Lagace. Celui-ci fut, en 1890, coiffé par une redoute d'infanterie pour renforcer la défense de la rive droite de la Savoureuse. La redoute se composait d'un terrassement formant un parapet de tir et de deux abris en matériau léger offrant 134 places assises ou 67 places couchées. Un projet de 1908, non mis en œuvre, prévoyait de remplacer les abris par des abris protégés par des dalles en béton.

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La redoute d'infanterie du Piton Lagace

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La redoute d'infanterie du Piton Lagace

À une centaine de mètres à l'arrière de la redoute (côté est) fut construit en 1906 un abri de combat en béton. Cet abri, modèle 1898,, pour une demi-compagnie offrait dans trois chambrées 150 places assises. Cet abri possède toujours ses grilles de fermeture d'origine.

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L'abri de combat du Piton Lagace

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L'abri de combat du Piton Lagace

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L'abri de combat du Piton Lagace avec les latrines

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Le couloir de l'abri de combat

Ces photographies ont été réalisées en mai 2011 et en décembre 2020.

 

Y ACCÉDER:

Le fort est répertorié sur les cartes IGN dans la forêt à l'ouest d'Offemont. Il est toujours classé comme terrain militaire susceptible de faire l'objet de terrain de manœuvre et de champ de tir.

 

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Cette page a été mise en ligne le 8 janvier 2021

Cette page a été mise à jour le 8 janvier 2021