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Le Grand Blockhaus de Batz-sur-Mer

Le Grand Blockhaus est un ancien poste de commandement et de direction de tir pour l’artillerie côtière, du Mur de l’Atlantique. Il faisait partie de la "Festung Saint-Nazaire" (la poche de Saint-Nazaire), ensemble de fortifications défensives autour de la base sous-marine allemande de Saint-Nazaire.

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Les Allemands décidèrent de renforcer la protection des ports maritimes français à la suite de l'opération "Chariot" sur Saint-Nazaire, le 27 mars 1942, et de la tentative de débarquement sur Dieppe, le 19 août de la même année. Saint-Nazaire abritant une base sous-marine, la région fut parsemée de près de 13 000 blockhaus divers pour en assurer la défense. Pour diriger le tir des canons de Batz-sur-Mer (deux canons sur voie ferrée de 240 mm) et contrôler le trafic maritime entre Belle-Île-en-Mer et Noirmoutier, la construction d’un Poste de Direction du Tir (PDT) fut décidée durant le deuxième semestre de 1942. Batz-sur-Mer fut intégrée à la "Poche de Saint-Nazaire". Cette poche fut l’une des dernières zones du territoire français encore sous contrôle allemand après la libération du reste du pays. Le PDT fut installé sur le promontoire rocheux de la Dilane, à 16 m au-dessus du niveau de la mer. Le niveau hébergeant le télémètre fut ainsi à 28 m de hauteur. La construction du gros œuvre commença le 22 octobre 1942 pour s’achever le 8 février 1943. Cette date est inscrite sur une plaque apposée au bas de l'escalier. À cette époque, les Alliés délaissèrent progressivement les raids maritimes jugés trop risqués au profit de raids aériens et de la préparation en Angleterre du débarquement de Normandie. Par conséquent, le personnel militaire affecté au Grand Blockhaus de Batz n'observera aucun mouvement de navire ennemi. Presque seul sur la lande et posé sur un promontoire rocheux, le blockhaus étant très visible, il fut camouflé en grosse villa en février 1943 en y peignant de fausses fenêtres et des rideaux afin de tenter de tromper la vigilance des forces alliées. À la libération de la poche de Saint-Nazaire, le 11 mai 1945, le blockhaus était intact. Le PDT fut occupé par les soldats français du 4e Régiment de Fusiliers Marins qui retirent ce qu'ils pouvaient utiliser, notamment les six canons Flak 75 mm. Après leur départ, le blockhaus fut pillé par la population civile qui récupéra tout ce qui pouvait être utile. Dans les mois suivants, des prisonniers allemands ainsi que des munitions y furent gardés par les hommes du 4e Régiment de Fusiliers Marins. Jusqu'en octobre 1945, sous le contrôle de cadres français, des prisonniers allemands démantelèrent toutes les batteries et effectuèrent le déminage de la région. Vidé de son contenu, le PDT fut abandonné. Il servit de maison entre 1951 et 1953 une famille de réfugiés. En 1958, mis en vente par le propriétaire de la parcelle, il fut acquis par la Marine Nationale en prévision de l'installation d'un radar ou d'un sémaphore. Ces projets ne virent toutefois pas le jour et le blockhaus demeura inoccupé durant de nombreuses années. En 1995, la municipalité de Batz-sur-Mer lança un appel à projets pour ce blockhaus qui était toujours la propriété de la Marine Nationale. Le projet de musée consacré à l'histoire locale de la 2e Guerre mondiale présenté par les frères Luc et Marc Braeuer fut retenu. Les frères rachetèrent le Grand Blockhaus et, en collaboration avec l'architecte des bâtiments de France, créèrent le Musée de la Poche de Saint-Nazaire, le 1er juillet 1997.

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Pour la construction de leurs blockhaus, les Allemands avaient conçu des plans types connus sous le nom de "Regelbau". Le PDT de Batz-sur-Mer est un blockhaus de type S414. C'est un bâtiment long de 25 m pour une hauteur de 17 m. Sa surface intérieure est de 300 m² repartie sur cinq niveaux. Les murs donnant sur l’extérieur et les plafonds ont une épaisseur de 2 m leur attribuant une résistance théorique à l'impact de bombes de 500 kg. Les premiers travailleurs qui mirent en place le squelette métallique du bunker constitué de 110 t d’acier rond et 15 t de fer étaient principalement des ouvriers nord-africains cantonnés au "Camp Africain II" au Pouliguen. Ils furent relayés par une centaine d’ouvriers travaillant pour l’entreprise du bâtiment allemande Polansky et Zöllner, en contrat avec l’Organisation Todt. Une cinquantaine de menuisiers s’activèrent pendant plusieurs semaines pour coffrer avec du bois l’ensemble du squelette métallique du bâtiment. Puis furent coulés les 1800 m3 de béton nécessaire soit 300 camions-toupies de 6 m3. Ce bétonnage fut effectué en continu durant 27 heures.

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Plan d'un PDT de type S414

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Les restes du camouflage du blockhaus

En raison de la présence permanente de personnels dans le bâtiment, tout était prévu pour leur confort. Les chambres étaient chauffées par des radiateurs, une partie du sol était carrelé et certains murs étaient recouverts de lambris. Deux pièces étaient équipées de toilettes et de lavabos avec l’eau courante. Les portes étanches ainsi que l’air filtré qui circulait dans le blockhaus permettaient aux soldats de vivre en autarcie, même en cas d’attaque par des gaz de combat. Avec une réserve d’eau et de nourriture ainsi qu’une infirmerie, le blockhaus était autonome et pouvait tenir plusieurs jours en cas de combat. Le sous-sol (niveau -1) regroupait les locaux pour la vie quotidienne et le fonctionnement interne. S'y trouvent la chambre de troupe, dortoir pour les soldats, la chambre du commandant, bureau privé et espace de repos de l’officier commandant, le poste radio, la salle de ventilation avec le système de filtration d’air pour garantir la survie en cas d’attaque, la salle des groupes électrogènes et installation de chauffage, l'armurerie et les réserves de nourriture. Le rez-de-chaussée (niveau 0) assurait la protection et contrôlait les accès avec une entrée protégée en chicane, deux créneaux de défense rapprochée pour fusils/mitrailleuses et un poste d’observation secondaire pour surveiller l’approche terrestre. S'y trouve également un bloc sanitaire. Les niveaux intermédiaires sont constitués d'espaces techniques, de postes d’observation et de dispositifs de direction de tir et de commandement. Le niveau intermédiaire bas (niveau 1) assurait l'observation côtière avec des optiques de surveillance, le repérage visuel des cibles et l'observation du rivage (débarquement). Au niveau PC (niveau 2) se trouvait la direction de tir avec les cartes marines, les tables de calcul balistique, la réception des données optiques et la transmission des ordres vers les batteries. Au niveau supérieur (niveau 3) se trouvait l'observation à longue distance avec le télémètre optique assurant la mesure de la distance et de l'azimut des cibles. Le dernier niveau (niveau 4 / toit-terrasse) était le poste d’observation supérieur équipé de points d’observation pour surveiller la mer. Accessible par une échelle métallique, il permettait également l'observation météo. Le blockhaus était occupé par vingt soldats et le chef de batterie. Pour son fonctionnement, le PDT nécessitait un officier de tir, un observateur principal, un observateur auxiliaire, un chronométreur, un technicien au télémètre et un homme pour effectuer les corrections de parallaxe. Les occupants qui pouvaient se reposer dans la chambrée au sous-sol étaient logés avec les servants des canons Flak dans plusieurs villas réquisitionnées.

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Pour contrer les attaques aériennes, le PDT était protégé par six canons français antiaériens de 75 Flak M 33/36. Ces canons sur roues étaient placés dans des encuvements disposés en cercle de 150 m autour du PDT. Onze hommes étaient nécessaires pour le fonctionnement de chaque canon. Deux canons de 2 cm Flak 28 furent également installés dans des encuvements rectangulaires. L’un d’eux provenait du toit du PDT d'où il fut retiré lorsque le bunker fut camouflé en maison. De l’autre côté de la falaise étaient installés deux projecteurs de 60 et 150 cm utilisés en cas d’attaque nocturne. L'accès du PDT était protégé par cinq Tobrouk pour mitrailleuse ainsi que par un blockhaus construit début1944 pour un canon de campagne de 75 mm.

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Aujourd’hui, le Grand Blockhaus est un musée permettant de découvrir des reconstitutions réalistes de la vie dans le bunker. Une douzaine de scènes scénographiées illustrant la vie quotidienne, la vie militaire et les événements de la guerre. Parmi les scènes historiques sont représentés le naufrage du Lancastria (17 juin 1940), le raid britannique sur Saint-Nazaire (27 - 28 mars 1942) ou la capitulation de la "Poche de Saint-Nazaire" (8 mai 1945). Dans les étages, les zones techniques ont été reconstituées donnant une idée concrète du rôle opérationnel du blockhaus dans la surveillance et la direction de tir.

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À l'extérieur du blockhaus fut installé en 2007 le tube d'un canon de 240 mm. Il s'agit du tube de 240 mm modèle 1893 de Marine, tubé pour tester des obus modernes de 203 mm. Il provient du champ de tir de la marine de Gâvres où il a servi à la recette des lots d'obus de 203 mm destinés aux croiseurs lourds construits entre les deux guerres. La Kriegsmarine installa en 1941 une batterie lourde à Kermoisan au nord-est de Batz-sur-Mer et une autre à Préfailles au sud de l'estuaire de la Loire. Ces batteries étaient équipées de canons français de 240 mm Schneider Mle 1893-96 M "Colonies" montés sur des affûts sur voie ferrée Saint-Chamond. Ces canons ayant servi pendant la 1re Guerre mondiale étaient stockés au parc de réserve générale d'artillerie de l'armée française. Ces grosses pièces d'artillerie lourde montées sur voie ferrée, suivie chacun par cinq wagons de matériel et de munitions, arrivèrent en septembre 1941. Ces canons donc le tube a un poids de 24 t pouvaient tirer un obus de 162 kg toutes les 3 minutes. Ils avaient une portée de 22,7 km. L'ensemble de l’affût et du canon avait une masse de 141 t. Les batteries étaient servies par le 280e M.A.A. (Marine Artillerie Abteilung).

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Le canon de 240 installé devant le Grand Blockhaus

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Un canon antiaérien de 88 mm est également exposé sur le site. Le premier exemplaire de canon de 88 mm antiaérien fut construit par les usines Krupp en 1916. Utilisé en grand nombre pour les batteries antiaériennes (Flak) allemandes pendant la 2e Guerre mondiale, il était le cauchemar des aviateurs alliés. Ce canon fut également décliné en version antichar et équipait les chars allemands les plus performants comme le Tigre. Le canon présenté fut construit en 1943. Vendu à l'Espagne, il y resta en service pendant une trentaine d'années. Déclassé, il resta à l'abandon dans un champ pendant une vingtaine d'années avant sa récupération par le musée du Grand Blockhaus en 1998.

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Le canon de 88 installé devant le Grand Blockhaus

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Obstacles anti-chars

Ces photographies ont été réalisées entre aout 2001 et 2025.

 

 

 

Cette page a été mise en ligne le 11 janvier 2009

Cette page a été mise à jour le 7 février 2026