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La Main de Massiges

Haut lieu d'un acharnement combatif entre Français et Allemand durant la 1re Guerre mondiale, la Main de Massiges fait l'objet, depuis 2008, d'un important travail de restauration par une association en collaboration avec les services archéologiques. Cette restauration dans l'état du site en 1915 permet de parfaitement appréhender les conditions de survie des soldats dans la poussière (par temps sec) ou la boue (sous la pluie et la neige) de la craie champenoise. La visite du site, librement accessible, est indispensable pour tous ceux qui souhaitent connaitre les affres des combats de 1914-1918.

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À proximité immédiate du petit village de Massiges la colline, échancrée par d'abrupts ravins, prend la forme d'une main gauche posée à plat sur le sol avec le poignet tourné vers le nord. Cette colline avec ses ravins présente donc, d'ouest en est, le faux pouce, le pouce, l'index, le médius et l'annulaire. Au nord se trouve le mont Tétu (Kanonenberg pour les Allemands), à l'est la Côte 191 et au nord-est le mamelon de la Justice ou Côte 155. Au sommet de la Côte 191 se trouvait une ancienne carrière de craie de forme circulaire que les militaires baptisèrent le Cratère. La Main de Massiges réalisait, lors de la 1re Guerre mondiale, la jonction entre le front de Champagne et le front de l'Argonne.

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Un obus non explosé

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plan

L'avancée des troupes allemandes en terre de France fut stoppée lors de la 1re bataille de la Marne qui se déroula entre le 5 et le 12 septembre 1914. Les Allemands se replièrent alors sur les hauteurs de la Champagne et notamment sur la colline de Massiges. C'est là que, le 13 septembre 1914, buta le Corps d'Armée Colonial de la 4e Armée française sur les défenses allemandes. Le 15 septembre 1914, le 22e régiment d'infanterie colonial (RIC) atteignit le sommet de la Côte 191 avant que le front se figea. Avant 1914, le terme "colonial" était attribué aux troupes françaises qui assuraient les conquêtes des colonies. À l'origine, ces troupes avaient pour mission la défense des navires de guerre, mais ils devinrent de simples passagers de ces navires en route vers les colonies où elles allaient assurer la protection des colons. De ce fait, les marins de ces navires les comparèrent aux marsouins, les cétacés habitués à suivre les bateaux. Marsouins devint donc le surnom de ces troupes que l'on connait aujourd'hui sous le nom de troupe de Marine.

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Un observatoire blindé

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L'entrée d'un abri souterrain

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La descente vers un abri

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Chassis de lits dans un abri

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Poste de tir protégé

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Les 20 et 21 décembre 1914, le Corps Colonial attaqua, sur un front large de 1200 m, entre Beauséjour et Massiges. Les Français progressèrent légèrement à Beauséjour, mais furent repoussés à Massiges. L'attaque fit parmi les Français 784 tués ou blessés. Une nouvelle attaque eut lieu le 28 décembre 1914, mais le mauvais temps retarda la préparation d'artillerie qui débuta à 11 h 30. À 12 h 30, un bataillon du 8e RIC et un bataillon du 33e RIC se lancèrent à l'assaut de la "Verrue", point culminant sur la Main entre l'index et l'annulaire. Sur le flanc gauche, le 8e RIC, pris sous le feu nourri des mitrailleuses allemandes, intactes malgré le pilonnage d'artillerie, subit de lourdes pertes. Le 33e RIC parvint jusqu'aux 1res lignes allemandes malgré de grosses pertes. Il ne put s'y maintenir et fut contraint à évacuer les positions conquises à la nuit tombée. Sur les 1800 hommes engagés dans cette action, 1100 furent blessés ou tués. Selon le journal de marche et des opérations (JMO) de la 2e division d'infanterie coloniale (DIC), l'artillerie française tira le 9 janvier 1915 sur les positions allemandes de la Main 2414 obus et 5559 obus le 10 janvier 1915.

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Canon allemand sous une casemate

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Entrée d'une galerie protégée

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Une embase de Minenwerfer allemand

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Observatoire avec une coupole blindée

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Les Allemands du Reserve Infanterie Regiment 88 (RIR88) lancèrent une offensive sur la Côte 191 le 3 février 1915. À 6 h débuta le pilonnage de l'artillerie sur les positions françaises du médius, de l'annulaire et du "Cratère". À 11 h explosèrent sous les lignes françaises une série de mines donnant le signal de l'attaque des fantassins. Les explosions des mines furent si violentes que la terre et les roches furent projetées jusqu'à 100 m de hauteur. Sur la Côte 191, deux entonnoirs profonds de 20 à 30 m se formèrent. On apprit par la suite que les mines allemandes, constituées chacune de 6 t d'explosif, firent exploser les mines que les Français avaient réalisées à cet endroit et qu'ils avaient prévu d'utiliser au cours de l'après-midi. À 12 h 30, les Allemands furent maitres des 1res lignes françaises. Les Français parvinrent cependant à se maintenir dans les 2es lignes. Le 4 février 1915 à 0 h 30 après une préparation d'artillerie de 10 minutes, les Français partirent à l'attaque à la baïonnette. À 2 h, deux compagnies du 8e RIC débouchèrent au médius alors que quatre compagnies du 4e RIC conquirent les ouvrages et les tranchées au nord et au sommet de l'annulaire. Les deux compagnies du 4e RIC parties à l'attaque de la Côte 191 furent repoussées. À 7 h, les Français tenaient le médius, mais furent repoussés du sommet de l'annulaire où ils s'accrochèrent sur les pentes. À la Côte 191, les Allemands occupaient les 1res et les 2es lignes françaises sauf à l'est où les Français parvinrent à garder leur 1re ligne. À la fin de la journée, les deux régiments français avaient perdu la moitié de leur effectif soit 43 officiers et 2229 hommes.

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Entonnoir de mine

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Entonnoir de mine

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Débris divers dans le no-mans land

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Emplacement de tirs dans une tranchée française

Fin septembre 1915, les 2e et 3e DIC reçurent l'ordre d'enlever la position de la Main tenu par les VIIIe et XVIIIe Reserve Korp allemands. Après trois jours de préparation d'artillerie, les marsouins se lancèrent à l'assaut le 25 septembre 1915. Le 22e RIC attaqua l'index, le 24e RIC attaqua le médius, la 4e brigade coloniale (4e et 8e RIC) et la 5e brigade coloniale (21e et 23e RIC) attaquèrent l'annulaire et la Côte 191 alors que la 3e brigade coloniale (3e et 7e RIC) attaqua entre l'Arbre aux Vaches et la Briqueterie. Dès le 1er assaut, les marsouins parvinrent au sommet de la Côte 191, au bord du "Cratère" et sur les doigts de la Main. Sur l'index, ils progressèrent sur 800 m au travers de 21 tranchées, mais les mitrailleuses génèrent considérablement la progression sur l'annulaire où les Allemands se maintinrent dans les tranchées du sommet. Malgré la contre-attaque allemande sur le "Cratère" et les lourdes pertes, estimées à 1000 hommes par régiment, les Français se rendirent maitres des doigts de la Main le 30 septembre 1915. Le 8 octobre 1915, les marsouins prirent le "Cratère" en faisant prisonniers 353 hommes, 29 sous-officiers et 5 officiers.

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Emplacement de fusillade protégé par des sacs de sable

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Chevaux de frise et barbelés

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Après une attaque rapide avec des gaz de combat et des lance-flammes, les Allemands reprirent, le 3 novembre 1915, la partie ouest de la Main. Le 15 novembre 1915, le Corps d'Armée Colonial fut relevé par le 4e Corps d'Armée. Le 8 janvier 1916, la IIIe armée allemande lança dans le secteur de la Main une offensive de diversion visant à détourner l'attention du commandement français du secteur de Verdun. Les contre-attaques françaises, les 10 et 11 janvier 1916, permirent la reconquête du terrain perdu face aux Allemands. Le front à cet endroit finit par se calmer. De nombreux coups de main aussi bien allemands que français troublèrent cependant la zone et firent de nombreuses victimes. Avant son départ pour Verdun, la 8e DI (115e, 117e, 130e et 317e RI), en faction à la Main de Massiges depuis 6 mois, eut à déplorer 750 tués, 3000 blessés et 4000 malades évacués.

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Un abri dans la tranchée

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Observatoire bétonné allemand avec un puits d'accès (7 m de profondeur) à un abri souterrain

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Un abri dans la tranchée

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Escalier d'accès à un abri souterrain dans la tranchée

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Un abri dans la tranchée

Lors du déclenchement de l'offensive allemande du "Friedensturm", le 15 juillet 1918, la Main de Massiges était tenue par le 8e Corps d'Armée français. Les Français tinrent bon devant les deux attaques allemandes et la forte préparation d'artillerie. La contre-offensive française pour contrer le "Friedensturm" permettra au 2e Corps d'Armée de s'emparer du mont Tétu, de la ferme Chausson et du Signal de la Justice, le 26 septembre 1918. La Main de Massiges resta désormais française.

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Une gourde égarée dans le no-mans land

Le site de la Main de Massiges fut après-guerre laissé à l'abandon et ne fut que partiellement mis en culture. En 2008, l'association "La main de Massiges" racheta 3 ha de terrain sur le site du "Cratère" en vue de lui redonner l'aspect de 1915. Avec beaucoup de patience, les membres de l'association retrouvèrent le tracé des tranchées, les recreusèrent et en restaurèrent les abris. Ces travaux supervisés par des archéologues permirent de retrouver, depuis 2011, neuf corps de soldats disparus. Parmi ceux-ci, trois Français et trois Allemands n'avaient pas eu de sépultures. Ils furent retrouvés dans des trous d'obus ou ensevelis au fond des tranchées. Des témoignages d'anciens combattants nous informent que lors des attaques, les combattants marchaient sur les cadavres qui finissaient par s'enfoncer et disparaitre dans la boue qui formait le fond des tranchées. En juillet 2015, cinq corps de soldats allemands du RIR88 furent retrouvés enterrés pêle-mêle dans le boyau d'accès d'un abri. Ces soldats furent enterrés à cet endroit de manière provisoire avant leur transfert après les combats vers un cimetière officiel. Malheureusement pour eux l'emplacement de la tombe provisoire fut perdu au cours des combats et ils furent oubliés jusqu'à leur redécouverte. Les pertes françaises à la Main de Massiges sont estimées à 20 000 hommes dont ¼ de tués. Les pertes allemandes sont équivalentes.

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Reconstitution d'un camp à l'arrière du front

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Le monument à la mémoire des Marsouins et autres combattants de la Main de Massiges

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Le monument commémoratif du 22e régiment d'infanterie coloniale

Le long de la voie d'accès au site se trouve la Vierge aux Abeilles. Cette statue fut érigée en 1865 à la suite d'une épidémie de choléra à laquelle le village de Massiges échappa. Un bombardement, à l'automne 1915, détruisit le socle de la statue. Vénérée par les soldats qui passaient devant elle en montant au front, la statue fut alors déplacée dans le cimetière aménagé par les marsouins. C'est à cet endroit qu'une balle traversa la statue sous le sein gauche. La statue étant creuse, le trou permit à un essaim d'abeilles de s'y installer. Après la relève des corps du cimetière provisoire en 1930, la statue fut ramenée à son emplacement d'origine avec son essaim d'abeilles. Les abeilles ne quittèrent la statue qu'en 1970 lorsque le village de Massiges fit de la statue son monument aux morts.

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La Vierge aux abeilles

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La Vierge aux abeilles

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2020.

 

Y ACCÉDER:

L'accès au site est fléché depuis le village de Massiges. L'endroit est librement accessible, mais est sous surveillance. De nombreux objets sont exposés sur le site, il vous est demandé de les respecter. Le site n'est pas un centre de loisirs, mais un mémorial où de nombreux soldats allemands et français ont connu l'enfer.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 20 septembre 2020

Cette page a été mise à jour le 20 septembre 2020