Marbotte et la tranchée de la soif

Le village de Marbotte est situé au sud du plateau de la forêt de Gobesart où la redoute de "Bois brulé" a fait l'objet de combat acharné d'octobre 1914 à mars 1915. Il est au centre de la vallée reliant Apremont-la-Forêt à Sampigny dans la vallée de la Meuse. Le village fut très tôt la cible de l'artillerie allemande. L'église St-Gérard du XVIIIe siècle fut la seule construction épargnée par les bombardements.

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L'église de Marbotte

Marbotte fut le centre de tri des blessés et l'église se transforma très vite en morgue. Y furent rassemblés les corps des soldats avant leur inhumation au cimetière créé à quelques centaines de mètres de là. L'adjudant Jacques Pericard en livre ce témoignage : "C'est dans cette église que reposaient les cadavres de nos camarades ramenés des lignes en attendant que fussent prêtes leurs tombes. Des milliers de cadavres sont venus ici tour à tour. On les étendait devant le chœur, on les recouvrait d'une toile de tente. Une bénédiction, une prière, une dernière visite des camarades en réserve à l'étang. Puis le grand repos dans la grande nuit. Les dalles sont ici imbibées de sang…" Le 29 octobre 1914, l'abbé Bringer nota dans son journal : "souvenir d'une messe dans l'église de Marbotte. Je n'avais pas de servants, l'assistance se composait de deux prêtres soldats étendus dans le sanctuaire sous un drap mortuaire et dans la nef, les cadavres étaient si serrés qu'il m'avait fallu, pour aller au chœur, enjamber les bancs."

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La nef de l'église de Marbotte

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Le maitre-autel

L'église devint, après la guerre, un lieu de pèlerinage où les familles des disparus venaient apposer des plaques commémoratives. Le maitre-autel fut dédié aux 30000 victimes du bois d'Ailly et de la forêt d'Apremont-la-Forêt. À certains moments, l'église est décorée avec les drapeaux des unités ayant combattu dans le secteur qui montent une garde d'honneur. Les vitraux de l'église commémorent l'histoire des lieux. Le premier vitrail nous montre les Hospitaliers de Jérusalem, les anciens possesseurs des lieux, recevant de Raymond du Puy leur constitution et leur épée en 1120. Le deuxième vitrail décrit l'assaut allemand sur le "Bois brulé" le 8 avril 1915. Nous y voyons St-Michel soutenant les troupes françaises.

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Les hospitaliers de Jérusalem

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L'assaut allemand sur le Bois brulé le 8 avril 1915

Le troisième vitrail parle de la tranchée de la soif avec Jeanne d'Arc soutenant les Français. Le quatrième vitrail évoque la prière aux morts du VIIIe corps d'armée en cette église du souvenir.

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La tranchée de la soif

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La prière aux morts du VIIIe CA

La nécropole de Marbotte regroupe les corps de 2652 français tombés au bois d'Ailly ainsi que 4 Russes. En face se trouve le monument du VIIIe corps d'armée, érigé en souvenir des 30000 tués du secteur. Il fut inauguré en 1931 par le président Raymond Poincaré.

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La nécropole de Marbotte

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Le monument du VIIIe CA

La tranchée de la soif

Le bois d'Ailly est la partie occidentale de la forêt d'Apremont-la-Forêt où se trouvent la redoute du "Bois brulé" et la tranchée des Bavarois. Dès la formation du saillant de St-Mihiel, il fut soumis à une multitude d'attaques de la part des troupes française. Une des actions héroïques du saillant se déroula ici fin mai 1915.

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Un des boyau de la tranchée de la soif

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La tranchée de la soif

L'état-major ordonna une attaque dans le secteur du bois d'Ailly pour le printemps 1915. Les troupes étant sur place, la préparation d'artillerie débuta le 19 mai 1915 à 22h. L'attaque fut déclenchée à 2h du matin, le 20 mai 1915. Le 2e bataillon du 172e RI (environ 1000 hommes), sous le commandement du commandant d'André, progressa très vite et bouscula la 1re tranchée allemande puis la 2e, la 3e et la 4e. Malgré des pertes sévères, le commandant d'André avec les hommes de la 7e compagnie (environ 250 hommes) atteignit, à la corne nord du bois, une 5e tranchée, presque abandonnée par les Allemands. Ils s'y établirent sous le cri "j'y suis, j'y reste" du commandant. Celui-ci envoya plusieurs agents de liaison vers l'arrière pour informer l'état-major de la progression effectué. Entre temps, l'artillerie allemande déclencha un tir de barrage qui s'abattit entre la position du commandant d'André et le reste des forces française, resté plus en arrière. Aucun des agents de liaison ne parvint à rejoindre l'arrière, ce qui fit que la position avancée des hommes du commandant d'André resta ignorée.

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Un abri de la tranchée de la soif

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L'intérieur de cet abri

La 7e compagnie et le commandant d'André, isolés dans la 4e et la 5e tranchées qu'ils avaient conquises, subirent la contre-attaque des troupes fraiches allemandes qu'ils repoussèrent avec bravoure. Le 21 mai 1915, les Allemands offrirent au commandant de se rendre, mais celui-ci refusa ce déshonneur. Un nouvel assaut allemand fut repoussé, mais contraignit les Français à se replier sur la 4e tranchée. À court de grenade, ce fut à coup de fusil que les Français repoussèrent l'assaut allemand du 22 mai 1915. Mais sans vivres depuis le 19 mai et sans eau depuis le matin du 20 mai, accablé par une chaleur suffocante et la poussière soulevée par les obus, la fin fut inéluctable. Le 22 mai 1915 à 16h, les Allemands envahirent la tranchée et firent prisonniers les 64 survivants. Le commandant quitta la tranchée en dernier en criant en direction des lignes françaises "N'oubliez pas la tranchée de la soif".

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Des entrées d'abris dans la tranchée de la soif

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Un autre abris dans cette tranchée

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Une autre vue de cet abri

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Une entrée de sape dans la tranchée

De chaque côté de la tranchée, sauvegardée, fut érigé un monument commémoratif. L'un rappelle le combat héroïque de ce bataillon et l'autre, en forme de pyramide, est dédié aux morts du VIIIe corps d'armée. Il fut inauguré en 1931 par le président Raymond Poincaré et est érigé sur l'emplacement de l'ossuaire regroupant les morts du secteur.

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Le monument commémoratif du combat héroïque de la tranchée de la soif

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Le monument dédié aux morts du VIIIe CA

La route menant de Marbotte à la tranchée de la soif est parsemée de monuments commémorant les différentes unités ayant combattu dans ce bois. Nous pouvons également y voir, sur la droite de la route, un rare abri bétonné français. Sur la gauche subsiste l'entonnoir d'une mine ayant explosé le 7 juillet 1915 sous la tranchée de 1re ligne tenue, à l'époque, par les hommes du 10e RI.

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L'entonnoir de mine du 7 juillet 1915

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L'abri bétonné français du bois d'Ailly

Ces photographies ont été réalisées en février 2014.

 

Y ACCÉDER:

À Apremont-la-Forêt, prendre la D12 pour Marbotte. La nécropole française est située sur la gauche de la route avant le village. L'église est ensuite au bord de la route.

Pour la tranchée de la soif, il faut, dans le village de Marbotte, prendre le chemin en face de la mairie (à droite en venant de l'église) et le suivre en prenant toujours tout droit pendant 3 à 4 km. Prendre à droite au niveau du panneau indicateur de la tranchée de la soif.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 24 avril 2014

Cette page a été mise à jour le 11 février 2015