Art funéraire de l'église St-Thomas de Strasbourg

L'église Saint-Thomas de Strasbourg est surnommée la cathédrale du protestantisme. La deuxième plus grande église de Strasbourg est également le seul exemple d'église-halle en Alsace. Classée Monument historique en 1862, elle possède une collection de 80 monuments ou stèles funéraires érigées entre 1130 et 1880.

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Stèle funéraire de Kanofski von Langendorf surmontée d'une des répresentation de St-Thomas

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L'emplacement de cette église fut occupé par un lieu de culte dédié à Saint Thomas depuis le VIe siècle. Saint Florent, évêque de Strasbourg, y fut inhumé en 693. Un de ses successeurs, l'évêque Adeloch, entreprit, en 820, la reconstruction de l'église. Il y fonda également une école. En 1007, un gigantesque incendie détruisit un tiers de la ville, dont l'église Saint-Thomas et la cathédrale. L'église fut détruite par un autre incendie, provoqué par la foudre, en 1144. La construction de l'église actuelle débuta en 1196. Le bâtiment possède une nef à cinq vaisseaux d'une longueur de 65 m et d'une largeur de 30 m. La hauteur interne est de 22 m et atteint 30 m sous la coupole coiffant la croisée du transept. L'église en style roman possède une imposante façade en tour-porche de forme carrée. La rosace ornant la façade fut mise en place en 1250. La tour hexagonale surmontant la croisée du transept fut érigée en 1347. La construction s'acheva en 1521 par la chapelle des Saints Evangélistes dans le bas-côté sud.

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La façade de St-Thomas

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En 1524, l'église fut assignée au culte luthérien et y fut célébré le premier culte en langue vernaculaire (du peuple). À partir de 1529, le chapitre de Saint-Thomas anima le protestantisme strasbourgeois. Le prédicateur Martin Bucer (1491-1551), pasteur à Sainte-Aurélie puis à Saint-Thomas, œuvra pour unifier les différentes tendances protestantes en Europe. En 1648, le traité de Westphalie mit fin à la guerre de Trente Ans et intégra l'Alsace au royaume de France. Le chanoine Marc Otto de Saint-Thomas fit partie des signataires. Après la restitution de la cathédrale au culte catholique en 1681, l'église Saint-Thomas devint la principale église protestante de la région. En 1741 fut installé, par Johann Andreas Silbermann, l'orgue principal constitué de 31 jeux sur trois claviers et un pédalier. La sonorité de cet orgue fut louée par Mozart lors de son passage à Strasbourg en 1778. L'orgue fut restauré en 1836 par Wetzel, en 1908 par Dalstein-Haerpfer, en 1927 et 1943 par Schwenkedel et en 1955 par Muhleisen. Classé Monument historique en 1971, l'orgue fut reconstruit en 1979 par Alfred Kern.

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La nef

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En 1770, le juriste Johann Reinhard Kugler devint chanoine à Saint-Thomas. Les idées révolutionnaires de 1789 furent accueillies favorablement par les protestants. Cependant, la confiscation des biens de l'église et des nobles par la jeune république inquiéta fortement les protestants. En 1790, un autre chanoine de Saint-Thomas, le juriste Christophe Guillaume Koch, obtint par décret l'exemption des biens protestants de la confiscation comme biens nationaux. En 1802, Napoléon 1er structura le protestantisme en France en faisant adopter les "Articles Organiques" du 8 avril 1802. Après la guerre franco-prussienne de 1870-1871, l'Alsace et la Moselle furent annexées par l'Allemagne. Celle-ci reconnut le Concordat de 1801 pour l'Église catholique et les "Articles Organiques" pour l'Église protestante. Au début du XXe siècle, de nombreuses voix s'élevèrent pour demander le remplacement de l'orgue Silbermann par un instrument moderne. Albert Schweitzer, directeur du séminaire protestant et enseignant à la Faculté de théologie, lutta pour la sauvegarde de l'orgue. Il y parvint en 1906 où il fit installer, par la manufacture Dalstein-Hoerpfer, un nouvel orgue dans le chœur de Saint-Thomas et restaurer l'orgue Silbermann. Le nouvel orgue du chœur permit l'accompagnement parfait de la monumentale chorale paroissiale de l'époque. Une restauration de l'église commença en 1985 par l'ouverture des vitraux murés du chœur. Le vitrailliste Gérard Lardeur y installa des vitraux reprenant le symbolisme de la lumière et mettant en valeur le mausolée du maréchal de Saxe. La restauration de l'église se termina en 1987 par la transformation de la nef latérale sud en espace d'exposition et en permettant un usage plus polyvalent de l'église notamment pour y donner des concerts.

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La rosace de la façade

Le monument funéraire le plus imposant de l'église Saint-Thomas est le mausolée du maréchal de Saxe installé dans le chœur en 1776. Maurice, comte de Saxe, né en 1696, était le fils d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, et de la comtesse Marie-Aurore de Königsmarck. Il entra au service de la France en 1720. Nommé maréchal en 1744, il fut le commandant en chef des armées de Louis XV. Il se distingua dans la guerre de succession d'Autriche et la campagne des Flandres entre 1744 et 1748. Il fut l'acteur de la victoire française de Fontenoy, le 11 mai 1745. Il mourut en 1750 au château de Chambord. Dès l'annonce de sa mort, les hauts dignitaires de l'Église catholique rappelèrent à Louis XV qu'il ne pouvait être inhumé à la basilique Saint-Denis, car il était un bâtard allemand, de surcroit de confession luthérienne. Louis XV ordonna donc que son mausolée soit érigé dans la "cathédrale du protestantisme français". Le monument fut conçu par le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle qui mit 20 ans à le construire. Le monument représente le maréchal en armure et tenant son bâton de maréchal, s'apprêtant à répondre à l'appel de la mort et à descendre les marches vers son tombeau. Une femme éplorée, la France, essaye d'une main de le retenir et de l'autre de repousser la mort. À la droite du maréchal sont représentés les drapeaux brisés des vaincus de Fontenoy, l'Angleterre, les Pays-Bas et l'Autriche, et à sa gauche les drapeaux levés des armées françaises victorieuses. Sur la gauche se dresse Hercule, symbole de la force morale et physique du maréchal. Sur l'obélisque, situé à l'arrière (symbole d'immortalité), figure une inscription latine que nous pouvons traduire par : "A Maurice de Saxe, duc de Courlande et de Semigalie, chef suprême des armées royales, toujours victorieux, Louis XV, auteur de ces victoires et chef lui-même, a fait ériger ce monument. Il mourut (au château de Chambord) le 30 novembre 1750 à l'âge de 55 ans".

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Le mausolée de Maurice de Saxe

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Le sarcophage de l'évêque de Strasbourg, Adeloch, fut réalisé vers 1130 par les chanoines pour honorer l'évêque qui les a soutenus lors de la construction de leur église. Le sarcophage, joyau de l'art roman, fut classé Monument historique en 1991.

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La dalle funéraire de Johannes de Schueheli, de forme trapézoïdale, porte les armoiries, "une aigle aux ailes éployées", du défunt mort en 1293.

 

 

 

Le chanoine Rynstetten ou Rinstette, avocat et juge, décéda en 1418. La stèle le représente en vêtement liturgique et tenant un calice.

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La dalle funéraire de Nicolas Roederer de Tiersberg, décédé en 1510, le représente en transi allongé sur une simple natte tressée. La représentation en transi (montrant le défunt quelques années après sa mort) était assez populaire au XVIe siècle en Europe. Elle rappelle la vanité et la fragilité de la vie humaine.

 

Le prédicateur Martin Butzer (1491-1551) a réorganisé la vie chrétienne à Strasbourg. Il travailla à l'unité des protestants européens, mais fut contraint à quitter Strasbourg en 1549 suite à son conflit avec le magistrat Jean Sturm qui cherchait un compromis politique avec l'empereur Charles Quint. Il mourut en 1551 à Cambridge. La plaque commémorative fut posée à Saint-Thomas en 1891 par le chapitre de Saint-Thomas pour le 400e anniversaire de Martin Butzer.

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Jean-Jacques Sachsius ou Sachs était professeur de médecine et chanoine de Saint-Thomas. Il décéda en 1762. Son monument est de style baroque.

 

Jean Daniel Schoepflin, mort en 1771, était historiographe et créa l'école Diplomatique de Strasbourg. Son monument funéraire est l'œuvre du sculpteur et ferronnier Jean-Baptiste Pertois. Il marque le début du style néo-classique en Alsace. Il est constitué d'une urne sépulcrale en marbre blanc posée sur une stèle entre deux colonnes cannelées de style corinthien surmonté d'un fronton. Le médaillon en bronze représente le buste du défunt.

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Professeur à l'université de Strasbourg, historien, juriste en droit public et député du Bas-Rhin en 1791, Christophe Guillaume Koch mourut en 1813. Il obtint le décret du 17 août 1790 qui exempta les biens protestants de la confiscation comme bien national par la jeune République française. Il permit au chapitre et au séminaire de Saint-Thomas de se reconstituer dès la promulgation de la paix religieuse par Napoléon 1er en 1802. Le monument fut réalisé en 1814/1816 par le sculpteur Landolin Ohnacht.

 

 

Jean-Frédéric Bruch, mort en 1874, était professeur de théologie au séminaire et à la Faculté protestante de 1821 à 1874. Son monument funéraire fut créé par l'architecte Salomon et met en valeur le buste du défunt réalisé en marbre blanc par le sculpteur Philippe Grass.

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Cette fresque de style gothique tardif représente le combat de l'archange Saint Michel. Elle est attribuée au peintre Jost Haller qui vivait au XVe siècle. Ce peintre est connu en Lorraine, en Alsace, dans le Pays de Bade et en Suisse pour ses portraits de chevaliers. La fresque, une des plus grandes de France, fut mise à jour lors de la restauration de l'église en 1885. Elle se situe à l'emplacement de la chapelle Saint-Michel érigée en 1290 et détruite lors de travaux d'agrandissement de l'église.

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Stèle Emmerich

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Monument Herrenschreider

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Stèle Jean Georges Scherz

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Stèle Jean Henri Boecler

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Stèle Jean Thaler (1356)

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Monument J. J. Oberlin

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Sarcophage de Frédéric Alefeld

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Stèle Junc

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Monument Reisseissen

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Ces photographies ont été réalisées en février 2016.

 

Y ACCÉDER:

L'église Saint-Thomas est située place Saint-Thomas dans le centre historique de Strasbourg. Elle se trouve à mi-chemin entre la cathédrale et le quartier de la Petite France.



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Cette page a été mise en ligne le 23 décembre 2016

Cette page a été mise à jour le 23 décembre 2016