L'église St-Pierre et St-Paul d'Ottmarsheim 

L'église St-Pierre et St-Paul
d'Ottmarsheim

Cette église est le plus ancien bâtiment d'Alsace qui soit encore visible dans son état originel. Sa construction est attribuée au comte Rodolphe d'Altenbourg. Il fonda, en 1030, sur ses terres d'Ottmarsheim, une abbaye. L'origine du nom du village est attribuée à l'abbé Othmar de l'abbaye de St-Gall qui aurait possédé des terres à cet endroit en 881. La fondation de l'abbaye est attestée par un manuscrit en latin daté de 1063 et signé par Henri IV, empereur du Saint-Empire germanique.

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Rodolphe est un descendant du duc Etichon 1er, père de Sainte Odile et premier duc d'Alsace. Il fut nommé, en 670, par le roi mérovingien Théodaric III. Il donna naissance à deux lignées. L'une constitua les ducs d'Alsace et d'Argovie (en suisse) et donna naissance à la lignée des Habsbourg. L'autre constitua les comtes d'Eguisheim dont le plus illustre représentant est le pape Léon IX. Au Xe siècle, Gontran le Riche, duc d'Alsace, tomba en disgrâce aux yeux de l'empereur et dut se retirer sur ses terres d'Argovie. Son fils, Lanzelin, partagea par la suite ses possessions entre ses descendants. Rodolphe hérita des terres en Alsace et Radebot ceux d'Argovie. Son troisième fils, Werner, fut nommé évêque de Strasbourg. Il construisit en 1015 la deuxième cathédrale de Strasbourg qui laissera la place à l'actuelle cathédrale. Il érigera également avec son frère Radebot le château de Habichtsbourg qui deviendra Habsbourg le lieu de naissance de la lignée qui dominera une partie de l'Europe entre 1218 et 1918.

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L'église d'Ottmarsheim a été consacrée en 1049 par le pape Léon IX. Il plaça l'abbaye sous l'autorité pontificale en échange d'une redevance annuelle d'une aube et d'un amict (vêtement recouvrant le cou et les épaules du prêtre). Rodolphe est mort en 1055 à la bataille de Civitella en Sicile. Il y combattit les Normands à la demande du pape Léon IX. Il fut inhumé dans l'église d'Ottmarsheim. Les fouilles effectuées dans les années 1980 suite à l'effondrement du plancher, ont mis à jour dix tombeaux. L'un d'eux se trouvait exactement au centre de l'édifice. Il n'y fut retrouvé que quelques fragments de crâne et de vêtements. Cette tombe est attribuée à Rodolphe dont nous ne savons si tout son corps fut ramené d'Italie et inhumé ici ou juste sa tête. Les versions diffèrent sur ce point.

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Le 29 janvier 1063 puis le 1er mars 1064, l'empereur du Saint-Empire germanique, Henri IV, confirma à Cunégonde, veuve de Rodolphe, les privilèges accordés à l'abbaye soit la protection de Rome, l'exemption de la juridiction de l'évêque et la libre élection de l'abbesse. En 1153, le pape Eugène III renouvela ces droits à l'abbesse Evanhilde. Il va sans dire que l'évêque de Bâle n'accepta pas vraiment cette entorse à son autorité. En 1272, Henri de Neuchâtel, évêque de Bâle, allié aux bourgeois de Neuenbourg entra en conflit contre les Habsbourg. Ils détruisirent la tour de péage érigé sur le Rhin près du village de Bantzenheim par Rodolphe et incendièrent l'abbaye. En 1280, probablement pour reconstruire l'abbaye, l'abbesse Gisèle vendit la commanderie de l'ordre de Saint-Jean et la dime du village de Heitersheim en Brisgau.

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Le 19 septembre 1437, l'évêque de Bâle, Fréderic de Rhein, donna en fief à Turing d'Eptingen, l'office de Grand Maréchal de Bâle. À cette occasion, il rappela aux abbesses d'Ottmarsheim et de Masevaux et aux abbés de Munster et de Marbach qu'ils devaient au Maréchal, lors de leurs élections, un marc d'argent. Lors de la guerre entre les confédérés suisses et l'archiduc Sigismond d'Autriche, les troupes bâloises pillèrent l'abbaye d'Ottmarsheim en février 1445. Le 8 juin 1446, ces mêmes Bâlois surprenaient des mercenaires qui s'étaient retranchés dans la maison de l'abbesse à côté de l'abbatiale. Ils pillèrent l'abbaye et y mettaient le feu. Ils emmenèrent à Bâle le bétail, quelques prisonniers ainsi que les reliques de Saint-Quirin donné à l'abbaye par la sœur du pape Léon IX. L'abbesse Adélaïde de Flachslanden porta plainte devant la cour arbitrale réunie à Colmar. Elle obtint un dédommagement de l'archiduc d'Autriche.

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La statue de St-Quirin

En 1460, l'abbesse Élisabeth de Blumenech fit réaliser les fresques ornant le chœur Saint-Pierre au 1er étage de l'église. Elles resteront cependant inachevées. Ces fresques remplacèrent celles d'origine qui furent détruites par les incendies de 1445/1446. Du conflit entre les villes de Berne et de Zurich et les nobles du Sundgau résulta, en 1468, un nouveau pillage de l'abbaye par les troupes suisses. En 1495, l'abbesse Bénigne de Durkheim fit construire sur le côté sud-est la chapelle Sainte-Croix. Elle servit à abriter les reliques de la Croix et de la couronne d'épines offertes par l'abbaye de Muri qui fut fondée par Radebot, le frère de Rodolphe.

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Le chœur

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Un nouveau saccage intervint en 1525 durant la guerre des Paysans. En 1584, l'abbesse Agnès de Dormentz obtint de l'évêque de Bâle, Jacques Christophe Blarer, l'autorisation de transformer l'abbaye bénédictine en Chapitre des Dames nobles. Les nouveaux statuts limitaient le nombre des chanoinesses à dix et chacune d'entre elles devait justifier de seize quartiers de noblesse (soit une filiation de plus de cinq siècles de noblesse). Agnès de Dormentz fit construire la chapelle gothique au nord du chœur qui prit le nom de chapelle des Chanoinesses. Durant la guerre de Trente Ans, les chanoinesses se réfugièrent à Bâle tandis que les troupes suédoises pillèrent et incendièrent l'abbaye. Après la guerre, Louis XIV fit don de quatre villages de la Hardt à l'abbaye pour aider à sa reconstruction. L'abbesse Anne Élisabeth de la Touche fit en 1695 reconstruire la coupole qui s'était écroulée durant la guerre de Trente Ans. C'est également à cette période que les fresques ont été recouvertes d'un crépi. En 1760, la chapelle des chanoinesses fit l'objet d'une restauration et en 1776, le roi ordonna le comblement de la crypte. En 1780, l'abbesse Catherine de Flachslanden équipa la chapelle des chanoinesses de stalles et d'un lutrin en chêne.

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La chapelle des Chanoinesses

Le 25 août 1786, l'abbesse Catherine de Flachslanden obtint, grâce à l'entremise de son neveu, un arrêt du Conseil d'État supprimant l'abbaye de Marbach en faveur de l'abbaye d'Ottmarsheim. En 1790, la Révolution française ordonna la dissolution du chapitre et l'expulsion de l'abbesse et des six chanoinesses. Les bâtiments furent vendus comme biens nationaux en 1792. Le bâtiment conventuel fut démoli par l'acheteur et l'hôtellerie, acquise par la commune, est convertie en gendarmerie. L'abbatiale devint église paroissiale et les stalles de la chapelle ont été acquises par la commune de Bantzenheim pour son église. Entre 1833 et 1835, Prosper Mérimée fit restaurer l'enceinte du couvent.

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Les stalles dans l'église de Bantzenheim

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En 1848, la Confédération helvétique connut un moment de tension avec le Vatican. Un groupe de sœurs, expulsé à cette occasion, fut accueilli par des familles d'Ottmarsheim. À l'aide de donation, elles rachetèrent les terres en friche de l'abbaye et reconstruisirent un nouveau bâtiment avec une chapelle dédiée à Sainte-Anne (à l'arrière de l'église). En 1877, les autorités allemandes entreprirent une restauration de l'église. Les fresques, cachées en 1695, furent dégagées de leur gangue de crépi. Au début du XXe siècle, la communauté de sœurs obtint du Vatican son affiliation à l'Institution des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle.

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Pierres tombales dans l'église

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Une nouvelle épreuve frappa l'abbaye en 1917 avec la réquisition des cloches par l'armée allemande. De nouvelles cloches ne seront installées qu'en 1924. L'abbaye passera la 2e Guerre mondiale sans encombre et même les combats pour la libération du village en 1945 épargneront l'église. En 1946, la communauté des Sœurs fut rattachée aux Sœurs Bénédictines de Rosheim, mais la communauté se vida peu à peu de ces membres. Un nouvel incendie, durant la nuit du 27 au 28 février 1991, ravagea le clocher. Les cloches furent fêlées, l'intérieur de l'église et les fresques fut endommagé par la fumée et l'orgue baroque de 1726 fut détruit. Des travaux de restauration furent immédiatement engagés. Les nouvelles cloches furent installées en 1993 alors que les anciennes ont été installées dans un square au nord du village. Le nouvel orgue fut inauguré en 2000. Depuis novembre 1991, une communauté de Religieux des Serviteurs de Jésus et de Marie remplace les sœurs. Ils se sont d'abord installés dans l'ancienne hôtellerie, restaurée par la commune, puis en 2001 dans les bâtiments des Sœurs bénédictines.

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L'abbatiale est une copie, en format réduit, de la chapelle Palatine érigée entre 790 et 805 par Charlemagne à Aix-la-Chapelle. À l'époque, la chapelle Palatine était considérée comme la plus belle église de la chrétienté. Le plan primitif était constitué de deux octogones concentriques. Le grand octogone a un diamètre de 20 m. Il s'élève sur 2 niveaux. Le petit octogone, au centre, a un diamètre de 10 m. Sa hauteur est de 20 m. Ils sont couverts par des toits à huit pans triangulaires en tuiles. Ce bâtiment octogonal est complété, côté ouest, par un clocher-porche couvert d'un toit à deux pans. Sur le côté est, se trouve le chœur de plan carré. Il s'élève sur 2 niveaux. En 1495, fut rajouté, sur le flanc sud-est, la chapelle Sainte-Croix et en 1584, au nord du chœur, la chapelle des Chanoinesses.

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La chapelle de la Sainte Croix

À l'origine, l'église n'était éclairée que par huit fenêtres situées dans la partie supérieure de l'octogone central. Au XIXe siècle, des baies géminées sont ouvertes au 1er étage et des fenêtres à arc surbaissées sont créées au rez-de-chaussée de l'octogone extérieur. À l'intérieur du bâtiment, le déambulatoire du rez-de-chaussée s'ouvre sur la partie centrale par des arcs en plein cintre retombant sur huit piliers massifs. Au 1er étage sont disposés des arcs similaires retombant sur le prolongement des piliers du rez-de-chaussée, mais ces arcs sont soutenus par deux colonnettes en grès rose reposant sur un linteau. Celui-ci est soutenu par trois arcs en plein cintre retombant sur deux colonnes en grès rose et sur les piliers. L'architecture interne s'allège de ce fait du bas vers le haut pour se finir par la coupole, image du ciel. L'ornementation du bâtiment est très sobre. À l'extérieur, les pierres calcaires sont apparentes et la seule fantaisie est constituée d'une bande lombarde qui couronne l'octogone central sous le toit. Une corniche de billettes y a été ajoutée lors de la restauration au XIXe siècle. À l'intérieur, nulle sculpture ne vient rompre l'harmonie des volumes, juste un bandeau continu en grès rose souligne la séparation du rez-de-chaussée avec le 1er étage. Le bâtiment a été construit en pierre calcaire provenant des carrières de Brunstatt, au sud de Mulhouse, car les carrières de grès des Vosges étaient trop éloignées pour les moyens de transport disponible au XIe siècle.

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La voute

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La décoration intérieure de l'église a été constituée, dès la construction, par des fresques. Celles-ci ont été détruites par les incendies de 1445/1446 puis restaurées pour finalement être recouvertes de crépi en 1695. Elles furent retrouvées lors des travaux de 1871. Durant les restaurations des années 1980, les fresques furent débarrassées des repeints. Les parties totalement disparues furent laissées en blanc. La fresque recouvrant la voute à l'entrée de la chapelle Sainte-Croix, repeinte en 1903 par un artiste munichois, fut cependant laissée en l'état. Cette fresque représente les symboles des quatre évangélistes : l'ange pour Saint Matthieu, le bœuf pour Saint Luc, le lion pour Saint Marc et l'aigle pour Saint Jean.

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La fresque de la voute à l'entrée de la chapelle de la Sainte Croix

Entre cette voute et le chœur, au rez-de-chaussée, se trouvent trois fresques représentant les membres de la famille de Rodolphe. Sur l'une, nous voyons Rodolphe et son frère Radebot debout devant leur père Lanzelin. Sur une autre, nous voyons le pape Léon IX bénir Rodolphe et sa femme Cunégonde. À droite de l'entrée de l'église, au-dessus des deux pierres tombales provenant du sol de la nef, la fresque représente le pape Saint-Grégoire célébrant la messe en présence d'une élégante abbesse.

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La fresque de Lanzelin

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La fresque où le Pape bénit Rodolphe

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Le pape St-Grégoire célébrant la messe

Au 1er étage, les fresques sont concentrées dans le chœur dédié à Saint Pierre. Malheureusement, le 1er étage n'est plus accessible au public. Sur la voute de ce chœur est représenté Saint Pierre assis sur un trône. Il est entouré d'anges déposant sur sa tête la tiare pontificale. L'image est complétée par les symboles des quatre évangélistes. Sur les murs du chœur sont représentées plusieurs scènes décrivant la vie de Saint Pierre. La voute devant le chœur porte deux tableaux. Celui de droite représente le jugement dernier. Le Christ est assis sur un arc-en-ciel reliant le ciel et la terre. Il appelle de sa main droite, levée et tournée vers le soleil levant, les élus au paradis. De sa main gauche, abaissée vers le soleil couchant, il condamne les damnés à l'enfer. Sur le tableau de gauche, nous voyons l'archange Saint-Michel terrassant un démon symbolisant le péché. Saint Michel y procède également à la pesée des âmes.

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Les fresques du 1er étage

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St Michel

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St Pierre

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Le jugement dernier

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Le montant droit de la chapelle du 1er

Ces photographies ont été réalisées en mars 2013.

 

Y ACCÉDER:

L'église est au centre du village.

 



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Cette page a été mise en ligne le 31 mai 2013

Cette page a été mise à jour le 23 février 2015