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Le fort du Cap d'Alprech

Dominant la Manche depuis le cap d'Alprech, au sud-ouest de Boulogne-sur-Mer, le fort d'Alprech constitue une batterie côtière du système Séré de Rivières conservée sur le littoral français. Construit entre 1875 et 1880, il appartient à la ceinture défensive édifiée après la guerre franco-prussienne de 1870 afin de protéger le port de Boulogne contre toute attaque venue de la mer. Avec les forts de la Crèche, du Mont de Couppes et la batterie de la Tour d'Ordre, il formait une ligne de défense d'environ six kilomètres destinée à verrouiller les accès maritimes du premier port de pêche français de l'époque. Contrairement aux grandes places fortes de l'Est de la France, ces ouvrages furent spécifiquement conçus pour combattre une flotte ennemie et empêcher un débarquement sur les plages du Boulonnais. Occupé par l'armée allemande entre 1940 et 1944, transformé en centre de détection radar de la Kriegsmarine, puis abandonné après la guerre, le fort a retrouvé une nouvelle vie grâce à d'importantes campagnes de restauration menées depuis la fin du XXe siècle. Aujourd'hui propriété du Conservatoire du Littoral et animé par une association de sauvegarde, il constitue un remarquable témoignage de l'évolution des fortifications côtières entre le XIXe et le XXe siècle.

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Le casernement du fort

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Un abri-traverse

Bien avant l'édification du fort, le cap d'Alprech était déjà un site privilégié. Ce promontoire rocheux domine de près de cinquante mètres les falaises du littoral portelois. Il offre une vue exceptionnelle sur la rade de Boulogne et l'embouchure de la Liane jusqu'au cap Gris-Nez au nord et vers Équihen-Plage et Hardelot au sud. Par temps clair, les côtes anglaises apparaissent nettement à l'horizon. Cette position explique que le site ait été fréquenté depuis plusieurs millénaires. Les fouilles archéologiques réalisées dans le secteur ont mis au jour des vestiges attribués au Néolithique. Silex taillés, mobilier lithique et indices d'occupation humaine témoignent d'une présence ancienne. Des monnaies gallo-romaines découvertes à proximité attestent également d'une fréquentation durant l'Antiquité, sans doute liée à la surveillance des routes maritimes de la Manche. Durant tout le Moyen-âge, la pointe d'Alprech constitua avant tout un amer naturel pour la navigation. Le promontoire permettait aux marins de repérer facilement l'entrée de la rade de Boulogne. À partir du XVIIIe siècle, un poste de surveillance militaire y fut installé. Il fut bientôt complété par un sémaphore destiné à transmettre rapidement les informations concernant les mouvements des navires. Dès 1818, un feu fut entretenu sur ce point haut, prélude à la construction du premier phare d'Alprech dans les années 1830.

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L'entrée du fort

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Mur d'enceinte

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Le bastionnet sud

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Fossé sec devant le casernement

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Mur de contrescarpe

La guerre franco-prussienne de 1870 bouleversa profondément la politique de défense française. La destruction des anciennes fortifications et l'efficacité de l'artillerie moderne démontrèrent que les systèmes hérités de Vauban étaient devenus obsolètes. Le président Adolphe Thiers créa alors un Comité de Défense chargé de repenser entièrement le système fortifié français. La direction du projet fut confiée au général Raymond Adolphe Séré de Rivières, dont le nom restera attaché à ce vaste programme de fortifications construit entre 1874 et 1885. Si la priorité fut donnée à la frontière de l'Est, plusieurs ports stratégiques reçurent également des batteries modernes. Boulogne-sur-Mer figurait parmi eux. Le cap d'Alprech présentait plusieurs avantages déterminants. Les ingénieurs choisirent donc d'y établir une batterie permanente capable de croiser ses tirs avec les autres ouvrages de la côte. Les travaux débutèrent en 1875 sous la direction du Génie militaire. Ils s’étalèrent sur environ cinq années. Le fort adopte un plan polygonal pentagonal à gorge rentrante. Les deux fronts de tête se rejoignent en un large saillant arrondi. Le fort est entouré d'un fossé défendu par deux bastionnets (aux saillants II et IV) et une petite courtine à la gorge. Ce fossé sec de très faible profondeur et largeur (7 m) possède une contrescarpe revêtue et une escarpe demi-détachée sur tout son périmètre. Le fort comprenait quatre cuves pour canons de 24c Mle 1876 et 2 emplacements de 95 mm. Une source évoque six canons de 24c Mle 1876. Le casernement, situé au saillant I, se compose de trois grandes travées et trois plus étroites, sur un seul niveau. Le magasin à poudre se trouve au saillant V. Il possède un local de stockage de 12,25 m sur 5,50 m, avec un seul créneau à lampe. À proximité de ce magasin, se trouve, face à la gorge, un petit bâtiment en maçonneries légères comportant un couloir avec niche à lampe donnant sur un local de 4 m sur 3 m. Le fort comprend deux abris sous traverse coudés à 45° plaçant de la sorte leur fond perpendiculairement au front de tête. L'accès au fort s'effectue par la façade orientale. À l'origine, le passage franchissait le fossé grâce à un pont-levis métallique, aujourd'hui disparu. Une passerelle moderne en reprend le tracé afin de permettre l'accès des visiteurs. Malgré son appellation traditionnelle de fort, Alprech est en réalité une batterie côtière casematée. Sa mission est exclusivement tournée vers la mer. En temps de guerre, le fort pouvait accueillir environ 100 militaires.

plan

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Le casernement

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Une des chambrées du casernement

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Traverse-abri

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L'intérieur de la traverse-abri

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Emplacement de canon

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Entrée de la poudrière

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Dans la poudrière

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Dans la poudrière

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Dans la poudrière

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Entrée de la poudrière

À partir des années 1890, l'évolution des explosifs transforma profondément la guerre. L'apparition de la mélinite, des obus à forte puissance explosive, des poudres sans fumée et de l'artillerie navale moderne réduisit considérablement la protection offerte par les anciennes maçonneries. Le ministère de la Guerre décida alors de moderniser progressivement les batteries côtières. Le fort Alprech ne bénéficia d'aucune modernisation mis à part son raccordement au réseau téléphonique militaire. À quelques dizaines de mètres du fort fut construit en 1900 le phare d'Alprech pour remplacer le premier feu du XIXe siècle. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata en août 1914, le fort fut immédiatement remis en état de guerre. Bien que Boulogne ne fut jamais directement attaquée par la flotte allemande, la ville devint un port stratégique de première importance accueillant des centaines de milliers de soldats britanniques, des convois de ravitaillement, des transports sanitaires et des unités de la Royal Navy. Contrairement aux forts de Verdun ou aux batteries belges de la côte flamande, le fort d'Alprech ne participa pas aux combats. Il contribua cependant à sécuriser les approches maritimes du port en assurant une veille permanente contre toute menace navale. À la fin de la Grande Guerre, le fort demeurait en bon état général. Le conflit démontra toutefois les limites des batteries côtières héritées du XIXe siècle. L'aviation militaire apparut comme une menace nouvelle. Les canons installés à ciel ouvert devenaient vulnérables. Les autorités militaires envisagèrent une modernisation complète. Toutefois, les restrictions budgétaires des années 1920 limitèrent fortement les investissements. Durant les années 1920, plusieurs pièces furent déposées, tandis que d'autres furent conservées en réserve. Les travaux portent principalement sur l'entretien de l'ouvrage, sans véritable programme de modernisation comparable à celui des grands ouvrages de la frontière de l'Est.

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Autre traverse-abri

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L'intérieur de cette traverse-abri

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Poste de garde

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Blockhaus allemand près du bastionnet sud

Le 25 mai 1940, Boulogne-sur-Mer tomba aux mains de la Wehrmacht. Dès les premières semaines de l'Occupation, les officiers du Génie allemand inspectèrent l'ensemble des batteries françaises. Le fort d'Alprech attira immédiatement leur attention avec son altitude dominante, son excellente visibilité sur le détroit, des bâtiments encore solides et des espaces suffisants pour installer de nouveaux équipements. Le site fut rapidement réquisitionné par la Kriegsmarine, qui en fit l'un des principaux centres d'observation de la côte boulonnaise. Le phare fut intégré au dispositif défensif allemand et servit de repère visuel et de point d'observation. À partir de 1942, Hitler ordonna la réalisation du Mur de l'Atlantique, destiné à empêcher tout débarquement allié. Le secteur de Boulogne devint l'un des plus puissamment fortifiés. Les Allemands considèrent en effet que le Pas-de-Calais représentait l'endroit le plus probable pour une future invasion alliée. Le fort d'Alprech reçut alors des installations entièrement nouvelles le transformant en station radar de la Kriegsmarine, équipée de deux radars de type Würzburg-Riese Fu.MO 214, surnommés "Emma". Sous la contrescarpe du demi-front de gorge gauche en face du casernement fut construit un poste de commandement de type SK (Sonderkonstruktion ou construction spéciale). Une des embases de radar Wützburg de type V229 fut installée sur les glacis du front de tête et une seconde vint coiffer l'ancien sémaphore français. Environ 250 m au sud, prit place une petite batterie annexe. En avant de la batterie fut installé un projecteur de 150 cm. Le projecteur disposait d'un bloc bétonné combinant abri de jour et abri de combat. Son poste de commande fut transféré ultérieurement dans l'abri sous traverse gauche du fort. L'usine électrique fut installée dans un ancien bâtiment français situé en capitale, dans la contrescarpe du saillant III du fort. Ce bâtiment fut modernisé avec une façade de type ST (Ständiger Ausbau ou construction permanente). La station radar reçut l’appellation "Stützpunkt 258 Pantoffelblume". En plus des éléments cités ci-devant elle était constituée d'un blockhaus pour canon d'assaut de type 612, de deux blockhaus de Marine de type SK, un abri type "Wellblech" (tôle ondulée) pour canon FK235 de 75 mm et d'un poste d'observation.

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Le poste de commandement allemand

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Entrée du poste de commandement

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Couloir du poste de commandement

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Une des chambrées du poste de commandement

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Embase de radar allemand

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Embase du radar Wützburg

Au nord du fort d'Alprech, les Anglais avaient abandonné une batterie de quatre pièces de 94 mm Vickers M39 que les Allemands réutilisèrent sous l’appellation "Stützpunkt 259 Pechnelke". Cette batterie fut peu à peu munie d'un certain nombre de blockhaus de conception spéciale destinés à la marine. Les canons furent mis à l'abri dans quatre blockhaus de type 671 pour canon sur affût moyen (120°) dont un fut transformé en poste d'observation en murant partiellement l'embrasure de tir. Le site possédait également deux emplacements bétonnés pour canon Flak (antiaérien) trois blockhaus type VF (abris pour le personnel), nommé "Brummert I et II", un blockhaus servant de dépôt de munition, un poste de secours de type VF, un blockhaus pour groupe électrogène (SK), deux blockhaus SK Marine, un blockhaus SK avec encuvement Flak en toiture, un poste d'observation type VF et un blockhaus réservoir d'eau. Cette batterie était desservie par le 5e bataillon du Marine-Artillerie-Abteilung 240.

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Les blockhaus type 671

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Le blockhaus type 671 transformé en observatoire

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Blockhaus type 671

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Blockhaus type 671

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L'usine électrique installée par les Allemands

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L'intérieur de l'usine électrique

À partir de 1943, les Alliés identifièrent le secteur de Boulogne comme un objectif stratégique. Le site du cap d'Alprech subit plusieurs bombardements aériens. Les bombardiers alliés cherchèrent à neutraliser les radars, les postes de commandement, les batteries côtières et les voies de communication. Entre le 28 et le 31 mai 1944, au moins 25 soldats de l'Armée allemande perdirent la vie lors des bombardements qui touchèrent le site d'Alprech. Après le débarquement de Normandie, les troupes canadiennes progressèrent vers le nord. Boulogne fut investie dans le cadre de l'opération "Wellhit", déclenchée le 17 septembre 1944. Le secteur d'Alprech participa à la défense de la Festung Boulogne. Les positions allemandes furent soumises aux tirs de l'artillerie lourde, aux bombardements aériens, aux attaques des chars spécialisés de la 79 th Armoured Division britannique et aux assauts de la 3 rd Canadian Infantry Division. Les ouvrages en béton résistèrent souvent jusqu'à leur isolement complet, mais les positions furent progressivement réduites. La capitulation de la garnison allemande de Boulogne intervient le 22 septembre 1944, entraînant l'abandon du fort. Après 1945, le fort fut désarmé. Le phare, détruit lors des combats, fut reconstruit, devenant l'un des symboles du littoral portelois. Le site connut ensuite une longue période d'abandon durant laquelle la végétation envahit progressivement les fossés et les bâtiments. À partir des années 1980-1990, des bénévoles entreprirent des campagnes de défrichage, d'étude et de restauration. Ces actions, relayées par les collectivités et le Conservatoire du littoral, permettent aujourd'hui de présenter un ensemble remarquablement conservé et de mieux faire connaître son histoire.

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Blockhaus type 671

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Le phare et les vestiges du sémaphore

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Le phare du cap Alprech

Ces photographies ont été réalisées en juin 2026.

 

Y ACCÉDER:

Le fort d'Alprech se trouve rue du Cap à Le Portel. Sa visite est libre. Des visites guidées sont organisées à certaines dates.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 25 septembre 2026

Cette page a été mise à jour le 25 septembre 2026