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Le fort de Bregille

Le fort de Bregille, construit entre 1820 et 1832, fait partie des 25 ouvrages conçus au fil des siècles pour la défense de la ville. Après 1871, il fut intégré dans le camp retranché de Besançon conçu par le général Séré de Rivières et fut en 1887 baptisé fort Morand en l'honneur du général Charles Antoine Morand, né le 4 juin 1771 à Pontarlier et mort à Paris le 2 septembre 1835.

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Lors du siège de Besançon du 19 avril au 22 mai 1674 par les troupes de Louis XIV, ceux-ci installèrent au sommet de la colline de Chaudanne et sur la colline de Bregille des batteries d'artillerie. Celles-ci entamèrent à partir du 10 mai le bombardement de la citadelle espagnole et de la ville. Jusqu'au 15 mai où la ville capitula, celle-ci reçut plus de 20 000 boulets. La citadelle résista jusqu'au 22 mai. La Franche-Comté fut rattachée à la France en 1678. Chargé de revoir les fortifications de la ville, Vauban refusera cependant de fortifier la colline de Chaudanne et la colline de Bregille prétextant que si l'ennemi parvenait à s'emparer de ces fortifications, elles deviendraient des lieux idéaux pour bombarder la citadelle. Des plans de 1791 relèvent cependant la présence d'ouvrages terrassés aux emplacements des actuels forts de Beauregard et de Bregille. En 1792, les fortifications de la ville furent renforcées par la construction de cinq "Lunette d'Arçon" sur les hauteurs, deux en bordure de la combe sud, ainsi qu'à Chaudanne, Bregille et Beauregard. Celle de Bregille ne sera pas réalisée et la construction des quatre autres ne fut pas immédiate, de sorte que seule celle de Chaudanne, achevée en 1797, était opérationnelle lors du siège de 1814. Il s'agit d'une sorte de bastion détaché constitué d'un réduit de sûreté formé d'une tour ronde à deux niveaux (l'un servant d'abri et l'autre au combat) entourés de deux coffres casematés de contrescarpe précédée du côté de l'attaque par un fossé. Les coffres sont reliés au réduit par des galeries souterraines.

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Le casernement

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Le bastion I

Alors que la construction de la "Lunette d'Arçon" de Beauregard n'était pas achevée, la place de Besançon fit l'objet en 1814 d'un blocus par les Autrichiens lors de la campagne de France opposant les troupes napoléoniennes aux alliés de la Sixième Coalition. Le 1er janvier 1814, la défense de Besançon fut confiée au général Marulaz qui eut à défendre la ville contre les Autrichiens à Bregille et aux Chaprais et contre les troupes liechtensteinoises à Planoise. Les Autrichiens établirent leur artillerie sur la colline de Bregille le 31 janvier 1814, dans le petit ouvrage terrassé, et menacèrent de faire feu sur la citadelle. Bien que les canons de la citadelle firent feu sur la batterie ennemie, provoquant des dégâts considérables, la situation resta bloquée jusqu'au 2 mai 1814, alors même que Napoléon avait abdiqué le 6 avril 1814. Dès la fin de ce conflit, la construction d'un véritable édifice militaire pouvant défendre le site fut programmée.  L'ouvrage en terre jugé obsolète, on édifia, entre 1820 et 1832, un ouvrage qui devint le fort de Bregille. Après la défaite de 1871, le général Séré de Rivières entreprit la construction d'une nouvelle ligne de défense des frontières nord et est de la France. Cette ligne était constituée d'une série de forts censés canaliser les troupes ennemies vers des points de passage fortement défendu. Les villes situées sur ces lieux de passage furent dotées de nombreux forts comme Verdun, Épinal ou Belfort. À Besançon fut mis en place un nouveau camp retranché en deux phases. Entre 1872 et 1880, les positions du camp de 1871 furent en grande partie reprises avec une extension vers le nord, puis, entre 1889 et 1893, il fut procédé à un élargissement vers l'ouest et le sud. On aboutit à partir de 1893 à une ceinture de 25 forts et batteries sur un périmètre de 50 km autour de la ville.

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Le casernement

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L'entrée du fort

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Le fossé entre le bastion V et IV

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Le bastion V

Le fort de Bregille, construit pendant une époque de transition technique, se base à la fois sur l'expérience solide de Vauban et sur les progrès techniques militaires réalisés. L'ouvrage maintient le tracé bastionné, mais avec des fossés plus étroits et des dehors simplifiés. La protection est globalement plus efficace avec une meilleure utilisation des parapets. Plusieurs dates sont gravées sur différents éléments du fort : 1829 dans la courtine IV, 1830 sur le porche situé à l'entrée du fort, et 1869 sur l'abri gauche de la grande cour centrale. Le fort ne servit pas pendant la guerre de 1870 ni durant les deux Guerres mondiales, la ville de Besançon n'ayant pas été impliquée lors de ces conflits. Le fort reçut cependant durant la 2e Guerre mondiale des canons antiaériens. Après la guerre, l'édifice fut cédé par l’armée à la ville de Besançon. Il accueillit des associations ainsi que des centres aérés en juillet-août. Actuellement, il sert de fourrière animale pour la société protectrice des animaux et pour la police municipale de Besançon. Il n'est pas visitable, mais ces extérieurs sont librement accessibles.

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Le fossé au bastion IV

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Le fossé entre le bastion IV et III

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Le fossé entre le bastion II et III

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Le fossé entre le bastion II et III avec la partie surcreusée

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Escalier d'accès au glacis face au bastion III

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Escalier d'accès à la position d'infanterie

Le fort de Bregille est composé de cinq bastions d'inégale ampleur complétés par deux tenailles situées devant les courtines entre les bastions I et II et les bastions II et III. La contrescarpe face aux bastions II et III est aménagée en position d'infanterie. Une seconde position d'infanterie, plus modeste, se dresse face au bastion I. Le chemin d'accès au fort débouche sur une esplanade entre les bastions I et V (le front de gorge) entre lesquels se dresse la remarquable caserne comptant deux étages. Le flanc sud est formé par trois bastions (III, IV et V) reliés entre eux par une courtine. Le flanc nord ou front d'attaque est flanqué de deux bastions (I et II) reliés eux par une courtine protégés par une tenaille. Sur le flanc nord court un chemin couvert couronnant la contrescarpe et comprenant au centre une place d'armes. Du bastion I au bastion V a été creusé un fossé faisant 900 m de longueur. Sur le flanc et la face gauche du bastion II, le parapet comprend des embrasures et à mi-hauteur, deux séries de meurtrières perçant le mur d'escarpe. Ce bastion comprend à son extrémité, au niveau du flanc gauche, une galerie en maçonnerie desservant onze casemates pour les fantassins tirant par les meurtrières. Au fond de la cour d'une superficie d'un hectare, subsistent encore les emplacements pour les pièces d'artillerie. Entre les bastions II et III sont situés les traverses-abris, des banquettes de tir et le départ de la poterne menant au fossé. Le bastion IV comprend un mur d'escarpe de type demi-détaché sur ces deux fronts. Le bastion V fut aménagé pour faciliter la manœuvre des mortiers. Le fossé du côté est, le long du bastion II, présente deux niveaux différents. À cet endroit il fut surcreusé, un genre de fossé dit diamant. Le bastion II était jugé comme la partie du fort la plus exposée. Dans ce secteur est aménagée une tenaille que coupe en deux un passage étroit et encaissé conduisant à une poterne. En face se trouvent les vestiges de deux escaliers conduisant jadis à une place d'armes sur le glacis. On remarque aussi la présence face au bastion III au niveau de la contrescarpe d'un escalier qui s'interrompt en son milieu pour donner sur le vide grâce à un système de madriers (système appelé ha-ha).

plan

Le casernement en forme de parallélépipède soigneusement bâti, occupe la courtine de gorge à quelques mètres en retrait du mur d'escarpe. Son toit permet la récupération des eaux de pluie alimentant les citernes. Les travées extrêmes ont été édifiées perpendiculairement à celles du centre du bâtiment, afin d’accroître la résistance contre les bombardements. L'entrée du fort se fait au centre du casernement et devait comporter un pont-levis au niveau de la porte cochère. Cette porte ouvre sur un tunnel protégé de chaque côté par une ligne de cinq meurtrières. Après ces meurtrières, le plafond monte soudainement de deux étages donnant l'illusion d'un porche monumental. Cette disposition n'était pas prévue lors de la construction. À la fin de la 2e Guerre mondiale, les étages au-dessus du tunnel se sont effondrés et n'ont pas été rétablis lors de la restauration. Le tunnel traversant le casernement débouche sur une cour spacieuse. À l'arrière du front II et III sont situées trois traverses-abris. La traverse centrale est plus imposante que les deux latérales. Celles-ci comprennent cependant un second local. En arrière du front entre les bastions I et II se trouve un bâtiment isolé d'une superficie de 177 m2 qui servait de magasin au matériel d'artillerie.

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Le magasin d'artillerie

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Vue aérienne du fort en 1953

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Le fort Bregille vu depuis le fort de Chaudanne

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Le front de gorge

Un massif de terre situé en arrière de la courtine IV - V abrite un magasin à poudre. Précédé de deux couloirs qui mènent chacun à un local contenant cinq toilettes à la turque, ce magasin pouvait contenir 40 000 kg de poudre. Ce magasin comprend un local de stockage de 5,60 m de large et d'environ 15 m de long. Sur son flanc gauche fut ajoutée, plaquée contre le magasin, une gaine latérale destinée à la ventilation. Cette gaine possède un passage central d'une largeur de 1 m débouchant sur deux alvéoles de 2,70 m se faisant face. Cette disposition se répétant cinq fois de suite. La chambre aux lampes qui ne possède qu'un seul créneau et le sas d'entrée couronné d'un puits à lumière furent également modifiés au cours du temps. Un second magasin à poudre recouvert d'un terre-plein est situé à l'arrière du bastion IV. La voûte du local de stockage est en arc segmentaire bâtie en brique de terre cuite et a une capacité de 24 000 kg de poudre. La cloison de fond possède trois créneaux à lampe. Le local de stockage est entouré d'un couloir communiquant avec la chambre aux lampes. Sous le bastion I est établi un troisième magasin à poudre d'une contenance de 75 000 kg. Sous le bastion III se trouve un quatrième magasin à poudre d'une capacité de 36 000 kg. Ce local sert actuellement de fourrière animale pour la ville de Besançon et la police municipale. Un cinquième magasin aux formes simples et sans gaines sanitaires est situé près du bastion II. La grande capacité de stockage de poudre démontre son rang de magasin central de la ville.

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La tenaille entre les bastion I et II

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Le fossé entre le bastion I et II

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Le fossé entre le bastion I et II

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Le fossé entre le bastion I et II

Ces photographies ont été réalisées en février 2026.

 

Y ACCÉDER:

Les extérieurs du fort sont accessibles depuis l'esplanade devant le fort situé au bout du chemin du fort de Bregille à Besançon. Les intérieurs du fort ne sont pas visitable.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 07 mars 2026

Cette page a été mise à jour le 07 mars 2026