L'observatoire du Mont Sinaï

Le mont Sinaï correspond au point culminant de la Montagne de Reims et de la Marne. De là, le regard porte, sans entrave, sur les Monts de Champagne et sur la plaine entre Reims, à l'ouest, et Ste-Menehould, à l'est. Durant la 1re Guerre mondiale, ce fut le lieu idéal pour observer les mouvements des troupes allemandes.

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La vue depuis l'observatoire

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L'observatoire

Après la défaite dans la bataille des frontières (août 1914), l'armée française battit en retraite. La 9e armée, sous le commandement du général Foch, occupait la région de Reims et s'opposa à l'avancée des armées allemandes. Le 2 septembre 1914, les 3e, 10e et 11e corps d'armée et la 42e division d'infanterie étaient à pied d'œuvre dans les environs. Mais le 3 septembre 1914, conformément aux ordres de ne pas défendre la ville, les troupes françaises se replièrent sur la Marne. Les troupes allemandes investirent Reims le 4 septembre 1914. Le 5 septembre 1914, le Kronprinz Auguste-Guillaume de Prusse s'installa au Grand-Hôtel. Les Allemands exigèrent aussitôt la mise à disposition de grande quantité de nourriture pour assurer la subsistance de leurs soldats. La victoire française durant la 1re Bataille de la Marne, le 12 septembre 1914, contraignit les Allemands à se replier vers le nord. Après avoir pris une centaine de personnes en otage, les Allemands abandonnèrent Reims le 12 septembre 1914 au soir. Le lendemain, la 5e armée française du général Franchet d'Esperey, après avoir traversé la Montagne de Reims, entra en ville.

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L'entrée de l'observatoire

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La chambre de l'observatoire dit "la chambre du général Gouraud"

Les Allemands, après avoir libéré les otages, s'étaient solidement retranchés aux abords de Reims. Au prix de violents combats, ils furent repoussés au nord du canal de la Marne à l'Aisne, de Brimont et des monts de Nogent-l'Abbesse et de Moronvilliers. Le 3e corps franchit le canal et attaqua le fort de Brimont. Il y subit de lourdes pertes. Du 13 au 17 septembre 1914, les troupes françaises ne firent que de très lents progrès. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1914, le 2e régiment d'infanterie reprit le fort de la Pompelle aux Allemands. Ceux-ci, dominant les positions françaises du haut des Monts de Champagne, contre-attaquèrent à partir du 18 septembre 1914. Ils repoussèrent les Français sur la rive ouest du canal de la Marne à l'Aisne et au pied des massifs de Berru, de Nogent-l'Abbesse et de Moronvilliers. Seul le fort de la Pompelle, défendu par les Zouaves de la division marocaine, resta aux mains des Français. À partir du 20 septembre 1914, le front se figea autour de Reims jusqu'en juillet 1918.

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Un des autres observatoire du site

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La face arrière du blockhaus de commandement

Les Allemands bombarderont Reims du 17 septembre 1914 au 5 octobre 1918. Entre 1600 et 2000 obus frappèrent la ville chaque jour. Le bombardement s'effectuait depuis les batteries installées près des anciens forts de la ceinture Séré de Rivières. Le 19 septembre 1914, un obus mit le feu à l'échafaudage en bois dressé, en 1913, contre la tour nord de la cathédrale. La toiture de la nef fut détruite par les flammes. La couverture en plomb fondit sous la chaleur et le plomb, ruisselant par les gargouilles, mit le feu à la paille couvrant le sol de la nef transformé en hôpital de fortune. Le 25 mars 1918, ordre fut donné d'évacuer les derniers habitants de Reims. Sur les 13806 maisons comptabilisées à Reims en 1913, 8600 ont été détruites.

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Le 3e observatoire

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La face avant de cet observatoire

En octobre 1914, l'armée française fit aménager sur le haut du versant nord-est de la Montagne de Reims un observatoire. Il fut implanté au point culminant de la montagne, au-dessus du village de Verzy. Il était dénommé, par les militaires, le Sinaï, nom qui est resté pour désigner le lieu. Il offrait une vue sur les positions allemandes situées, entre Reims (pas en vue directe) et Ste-Menehould, sur la rive est de la Vesle. C'est de cet endroit que le général Gouraud dirigea la 4e armée durant l'offensive allemande de juillet 1918. Cette offensive fut brisée par la stratégie du général Pétain qui, prévenu de l'offensive, fit reculer les troupes françaises sur la 2e ligne de défense. Les Allemands attaquèrent en vain les premières lignes françaises avant de subir la contre-attaque des Français depuis la 2e ligne.

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La tranchée d'accès à l'arrière du blockhaus de commandement

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A l'intérieur du blockhaus de commandement

L'observatoire du Mont Sinaï faisait partie d'un dispositif d'ensemble comprenant l'observatoire installé dans le moulin de Verzenay, près de Reims, et celui du Mont Grippet à Villers-Marmery, au sud. Les premiers occupants de l'observatoire furent les officiers du 34e régiment d'artillerie. À partir de 1915, il est occupé par les hommes du 47e régiment d'artillerie et plus particulièrement par le lieutenant Gruzelle qui y restera jusqu'à la fin de la guerre. Il est un des fondateurs de la section de repérage par l'observation terrestre (SROT) au sein de la 4e armée. Les hommes du SROT, équipé de jumelles et de lunettes à longue portée, scrutaient, de jour comme de nuit, les lignes allemandes, notant les moindres mouvements, nuage de poussière ou incandescence de cigarette de nuit. Ils déterminaient le calibre et les points de départ des obus afin de constituer des cartes des positions ennemies et de guider les tirs de contre-batterie. L'artillerie française étant placée, du fait de l'allongement de la portée des canons, hors de la vue des lignes allemande, il incombait aux observateurs de guider les tirs.

Le site fut classé Monument historique en janvier 1922 afin de constituer un lieu de mémoire. Actuellement ne subsistent sur les lieux que trois observatoires en béton (un seul est accessible) et le blockhaus de commandement. L'observatoire accessible porte le nom de "Chambre du général Gouraud". Ces différents blockhaus étaient reliés entre eux par des tranchées dont les emplacements sont encore discernables aux alentours. Durant les quatre années de guerre, l'endroit devait comporter de nombreux autres aménagements pour le logement des hommes affecté à l'observation des moindres gestes de l'ennemi. Ces aménagements n'ont nullement été planifiés, mais construits au fur et à mesure des besoins. Les différents observatoires de la Montagne de Reims étaient reliés entre eux par des messagers, des lignes téléphoniques et des signaux optiques.

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D'après dessin des panneaux explicatifs sur le site

Ces photographies ont été réalisées en août 2013.

 

Y ACCÉDER:

De Verzy, suivre la D34 vers Louvois. En haut de la côte, garez-vous sur le parking à droite de la route (en face de celui des Faux de Verzy). Un sentier balisé mène en 5 mn à l'observatoire.

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 11 janvier 2014

Cette page a été mise à jour le 11 février 2015