La Fontenelle et l'Ormont

Le plateau du Ban-de-Sapt est délimité par les rivières de la Fave, à l'est, de la Meurthe, au sud-ouest, et Rabodeau au nord-ouest. Il donne accès à la vallée de la Bruche et donc à Strasbourg par les cols du Hantz et de Saales. Au début du conflit de 1914/1918, il acquiert une importance stratégique pour les Allemands en permettant le contrôle de la vallée de la Meurthe avec St-Dié et pour les Français en permettant de verrouiller l'accès à cette même vallée. La butte de la Fontenelle est un point central du plateau et en même temps un des points les plus élevés (627 m d'altitude).

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La nécropole de la Fontenelle

La bataille de la Fontenelle débute vers le 14 septembre 1914 au cours de la retraite des troupes allemandes après la bataille du col de la Chipotte. Le front en Lorraine se maintiendra jusqu'à l'armistice à ce niveau. Les combats du 16 au 22 septembre 1914 vont permettre à l'armée française d'occuper la côte 627, la butte de la Fontenelle. Elle y installe une casemate pour abriter des tireurs d'élite. Les Allemands tenteront journalièrement et surtout de nuit, des coups de main meurtriers pour reconquérir le sommet. Du 8 décembre 1914 au 15 juin 1915 va s'installer une guerre des mines destinées à prendre le contrôle de la butte par en dessous. Le 27 janvier 1915, les Français tenteront une attaque en vue de s'emparer des entrées des galeries allemandes. Ils échoueront en laissant de nombreux morts sur le terrain. Le 9 février 1915, une attaque allemande provoquera l'enfoncement d'une partie des premières lignes françaises.

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Le 22 juin 1915, trois formidables explosions de mines à l'aube pulvérisent 50 m de tranchées de 1re ligne française. En même temps, un coup de main des troupes bavaroises, arrivé en renfort, met le feu à la casemate du sommet. De 15 h à 17 h 30, l'artillerie allemande pilonne les positions françaises. Douze mille obus de 77, de 100, de 105, de 150 et de 210 précèdent l'attaque de deux bataillons d'infanterie renforcés par deux sections de pionniers (équivalent des sapeurs français). Ils bousculent les troupes françaises et s'emparent de quatre des cinq lignes de tranchées françaises de la Fontenelle. La côte 627 et le village de Lanois sont aux mains des Allemands. Le 23 juin 1915, la contre-attaque française se heurte au violent tir de barrage de l'artillerie allemande et ne parvient pas à reprendre le terrain perdu. Ces deux jours de combat auront provoqué la mise hors de combat de 1200 officiers et soldats français et fait 200 morts chez les Allemands. Les Allemands auront également fait prisonniers 280 français.

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Vestiges des tranchées françaises

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La présence des Allemands à la côte 627 leur permet d'observer les mouvements des troupes françaises et de régler leur tir d'artillerie sur les voies de ravitaillement à l'arrière du front. L'approvisionnement en troupes fraiches fut donc difficile. L'attaque française eut lieu le 8 juillet 1915. De 15 h 15 à 19 h, six mortiers de 220, une batterie de 155C, deux batteries de 155L, cinq canons de 120L, deux canons de 95, vingt-neuf canons de 75 et de 90 et douze lance-bombes de 58 bombardèrent les lignes allemandes. À 19 h, les fantassins se lancent à l'assaut précédé de quelques mètres par le " rempart de feu " (expression du général Von Eberhardt) de l'artillerie. Ils poursuivront sur leur élan jusqu'à la route passant au nord de la côte 627, anéantissant les gains allemands du 22 juin 1915. Ils feront 880 prisonniers, mais ne parviendront pas à reprendre le village du Lanois.

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Les Allemands tenteront une attaque le 16 juillet 1915. Après un bombardement de 12 heures, deux colonnes de fantassins se lancent à l'assaut des tranchées françaises. Ils ne parviendront pas à conquérir le moindre pouce de terrain. Les Français auront plus de chance le 24 juillet 1915. Leur attaque libère le village de Lanois. Durant les opérations de juillet 1915, les troupes françaises auront fait 1637 prisonniers. Ils compteront 312 morts et plus de 1000 blessés dans leurs rangs. Pour la possession de la côte 627, une bande de terre de 1200 m de longueur et de 500 m de large, 2244 soldats français et au moins autant d'Allemands auront perdu la vie.

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Après la guerre, une nécropole sera installée au sommet de la côte 627. Elle regroupe autour d'un " phare " dédié " aux vaillants défenseurs du sol vosgiens ", les tombes de 2346 soldats, dont 1382 en fosses communes. Le monument commémoratif est l'œuvre d'Émile Bachelet et a été inauguré le 15 août 1925.

Sur le chemin d'accès à la nécropole une stèle indique l'emplacement où sont tombés le lieutenant-colonel Dayet, commandant le 133e RI, et le capitaine Burelle.

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La stèle du lieutenant-colonel Dayet et du capitaine Jean Burelle

Après la visite de la nécropole de la Fontenelle, la route conduit vers le col d'Hermanpaire où subsistent des vestiges de bunkers allemands. Un sentier d'interprétation (circulaire sur 24 km) fournit quelques explications sur les vestiges (nombreux) disséminés sous les sapins.

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Vestige de tranchée au col d'Hermannpaire

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Entrée d'un abri souterrain

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Poste de mitrailleuse allemand

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Le même sous un autre angle

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Un autre poste de mitrailleuse allemand

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Ce poste a perdu sa couverture

Du col d'Hermanpaire, une route forestière conduit au massif de l'Ormont, gigantesque observatoire naturel surplombant le plateau du Ban-de-Sapt. La route passe à la ferme du Bois Brulé puis conduit au sommet du Spitzemberg. Ce sommet a été occupé par un château médiéval dont les ruines furent aménagées en observatoire par les Allemands. Le Spitzemberg sera le théâtre d'âpres combats du 16 au 25 septembre 1914. Le 16 septembre 1914, les chasseurs du 46e BCP partent à l'attaque du site, mais sont décimés devant le retranchement allemand. Le 17 septembre 1914, c'est au tour des Diables Rouges du 152e RI de mener l'attaque après un nouvel échec des hommes du 23e RI. Ils seront repoussés par l'artillerie allemande. Ce n'est que le 20 septembre 1914 vers 16h que les hommes du 152e RI parviennent à submerger les Allemands. La lutte est acharnée jusqu'à l'arrivée de renfort d'artillerie française qui décide les Allemands à abandonner la lutte. Cette victoire du 152e RI est celle de la fougue. La bataille a été menée sans préparation d'artillerie et d'après le Journal de marche et d'opérations (JMO) du régiment "sans vin chaud". Six cents hommes et huit officiers laissèrent la vie pour la possession de ce sommet. L'exploit sera commémoré dès le 12 octobre 1919 par la pose d'une stèle en bronze.

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La stèle du 152e RI au Spitzemberg

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Un abri au Spitzemberg

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L'entrée d'une casemate

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L'intérieur de cette casemate

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Une autre

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L'entrée d'un abri creusé dans le rocher

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L'intérieur de cet abri

Du Spitzemberg, la route nous mène vers la roche de l'Ormont d'où la vue embrasse la vallée de St-Dié.

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Le rocher de l'Ormont

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Depuis la roche de l'Ormont, le sentier grimpe vers la Tête des Raves où subsiste un des vestiges les plus étonnants du massif. Le sentier longe plusieurs abris maçonnés permettant la surveillance des pentes du massif. Au sommet de la Tête des Raves, à 873 m d'altitude, fut érigée, en 1918, une tour d'observation. Cette tour en fer était constituée d'un tripode soutenant, à 30 m de hauteur, une tourelle cylindrique de 2 m de hauteur. Cette tourelle avait des parois et une coupole blindée d'une épaisseur de 20 mm d'acier. Le toit était escamotable permettant une vision à 360°. Elle était occupée par deux observateurs qui y grimpaient par des échelles. Il s'agit d'un exemplaire unique de tour d'observation sur l'ensemble du front. Elle survécut intacte à la guerre. C'est le vent et le délabrement qui provoquèrent sa chute à la veille de la 2e Guerre mondiale.

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Les restes de l'échelle de fer

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La tourelle où se tenait les 2 courageux observateurs

La tour est située à l'extrémité est du massif de l'Ormont. Celui-ci fut occupé dès le début de la guerre par les troupes allemandes des 1er et 9e régiments d'Ersatz Bavarois. Afin de soustraire St-Dié à la menace allemande, le massif est attaqué par les 41e et 71e Divisions de la 1re Armée, commandée par le général Dubail, le 16 septembre 1914. L'avance des troupes françaises est lente. Les Allemands sont favorisés par la configuration du terrain et les différents nids d'aigles qu'il faut conquérir un à un. Le 19 septembre 1914, les Français percent le dispositif allemand au-dessus du col d'Hermanpaire, ce qui provoque la retraite généralisée des Allemands du massif. Celui-ci restera français jusqu'à la fin de la guerre.

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Les vestiges du "Village" où se trouvait le central téléphonique

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La roche des abris

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Tranchée en pierre sèche à la roche des abris

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Entrée du poste du commandant à la roche des abris

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Le sentier, partant de l'échelle métallique vers le col du Chariot, longe la crête où chaque rocher a été aménagé en observatoire et en poste de commandement. La tâche en a incombé, à partir du 26 septembre 1914, aux hommes des 43e et 51e régiments d'infanterie territoriaux qui creusèrent et construisirent tous les abris visibles actuellement.

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Le rocher occupé par le commandant du secteur

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L'entrée de l'abri attribué à l'officier d'administration gérant les troupes et les construction de l'Ormont

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Dans cet abri

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La roche dit "le fort"

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Entrée d'une sape

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Vue depuis les observatoires de l'Ormont sur la Fontenelle

De retour au col d'Hermanpaire, nous prenons la route vers St-Jean-d'Ormont puis la D49 vers St-Dié jusqu'au col des Raids de Robache. Au-dessus du col (côté ouest) subsiste un des rares blockhaus français (48 N 19' 20" et 6 E 58' 48"). Celui-ci, construit en arc de cercle, prenait le col sous son feu.

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Le bunker français du col des Raids de Robache

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L'entrée à l'arrière du bunker

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L'intérieur du bunker

Après être descendu du massif de l'Ormont sur St-Dié un petit détour par l'aérodrome de Remoneix s'impose. Vous pourrez y admirer la réplique de l'avion Spad XIII de l'as des as français René Fonck. Né en 1894 à Saulcy-sur-Meurthe, il rejoint, début 1915, l'escadrille d'observation C47 à Corcieux près de St-Dié. Après avoir rejoint l'escadrille 103 "les Cigognes", il devient l'as des as, totalisant 144 victoires aériennes, dont 75 attestées et homologuées. Il termine la guerre en portant la Croix de Guerre à 28 palmes et une étoile, la Croix de Guerre la plus chargée à ce jour. Il détient le record absolu de nombre de victoires aériennes de l'armée française. Il décéda le 18 juin 1953.

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Le Spad XIII de René Fonck

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Ces photographies ont été réalisées en mai 2012 et en mai 2013

 

Y ACCÉDER:

De Senones, prendre la D49 vers Ban-de-Sapt. Passez le village de la Fontenelle, l'accès à la nécropole se fait sur la gauche avant le village du Lanois. Poursuivre ensuite par la D45 vers la Petite-Fosse et Provencheres-sur-Fave. Au col d'Hermanpaire, prendre sur la droite la route forestière vers l'auberge du Spitzemberg puis poursuivre après l'auberge jusqu'au relais de télévision.

Revenir en arrière et prendre après l'auberge du Spitzemberg, à l'embranchement, le chemin à gauche. Aux deux prochains embranchements, prendre à droite. Arrêtez-vous au prochain embranchement (Haute-Voies) d'où part le sentier vers la roche d'Ormont.

De la roche d'Ormont, prendre le sentier vers la Tête des Raves puis le sentier sur la droite vers le col du Chariot (balisage losange jaune ou sentier des fortins). Au col du Chariot, prendre le sentier descendant balisé d'un triangle rouge qui mène au chemin. Prendre ce chemin vers la gauche pour revenir à la voiture (boucle de 2h).

Revenir au col d'Hermanpaire et aller à St-Jean-d'Ormont. Prendre la direction de St-Dié par la D49 et s'arrêter au col des Raids de Robache. L'accès au blockhaus français se fait par le sentier balisé d'un triangle jaune partant en face du croisement des routes au col (vers l'ouest).

L'aérodrome de Remoneix est situé le long de la route allant de Ste-Marguerite vers Remomeix à l'est de St-Dié (direction tunnel de Ste-Marie-aux-Mines par la N59).

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

Cette page a été mise en ligne le 14 octobre 2012

Cette page a été mise à jour le 11 février 2015