Le col de la Chipotte

Le col de la Chipotte fut l'objet entre le 25 août et le 9 septembre 1914 d'une dure bataille opposant 70 000 Français à 100 000 Allemands. La résistance héroïque de l'armée française arrêta de manière définitive l'avancée de l'armée allemande dans les Vosges.

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La nécropole du col de la Chipotte

À partir du 15 août 1914, les Ire et IIe armées françaises attaquent en Lorraine. Elles se heurtent très vite aux positions bien organisées et à l'artillerie des VIe et VIIe armées allemandes. Le 20 août 1914, la IIe armée française subit une lourde défaite à Morhange et doit se replier sur la Meurthe. La Ire armée française située sur sa droite doit faire de même. La VIIe armée allemande se lance à la poursuite de la Ire armée française et la VIe armée allemande poursuit la IIe armée française. Le 25 août 1914, les Français et les Allemands s'affrontent pour le contrôle des ponts sur la Meurthe. Le 99e Infanterie Regiment (IR) allemand occupe Raon-l'Etape dès le matin, mais ne parvient pas à franchir la Meurthe, les chasseurs du 20e et du 21e bataillon de chasseurs à pied (BCP) tenant fermement les ponts. Les Allemands franchissent la Meurthe à Thiaville et à Baccarat menaçant de prendre à revers les 20e et 21e BCP. Ceux-ci battront en retraite sur le col de la Chipotte.

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Malgré les ordres formels de tenir les positions, la Ire armée est obligée de se replier sous les bombardements de l'artillerie allemande. La 13e division d'infanterie (DI), dont font partie les 20e et 21e BCP, occupe le col et les 43e DI et 44e DI se replient par les bois des pentes nord-ouest du col jusqu'aux villages de Ste-Barbe et Ménil-sur-Belvitte. Les Français creusent des tranchées dans les bois. Ces mêmes bois qui leur servent de cachette empêchent l'emploi de l'artillerie de campagne française. L'artillerie lourde allemande, par contre, fait des ravages. Les nombreuses attaques et contre-attaques seront pour l'essentiel des affrontements d'infanterie au corps à corps et à l'arme blanche. Les combats se calment durant la nuit que les adversaires mettent à profit pour évacuer les blessés. Les morts restant sur le terrain.

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Le 26 août 1914, les Allemands reprennent l'offensive dès 5 h. Les 20e et 21e BCP ainsi que le 21e RI repoussent les assaillants à la baïonnette et se maintiennent au col malgré les nombreuses pertes dues aux bombardements. Le 27 août 1914, les Allemands se rendent maitres de St-Dié obligeant la 27e DI à se replier sur Nompatelize et St-Rémy. Les Allemands avancent vers le col du Haut-Jacques avec comme objectif de couper la Ire armée française en deux. La position stratégique du col de la Chipotte est menacée par ses arrières. Les 17e et 109e RI tiendront leurs positions tandis que le 21e RI et les 5e et 6e RIC (régiment d'infanterie coloniale) repoussent l'attaque allemande sur le village de St-Benoit-de-Chipotte. Les attaques et contre-attaques se succèdent toute la journée et le col tombera entre les mains des Allemands pour quelques heures. Le 17e BCP et le 6e RIC le leur reprendront. Les pertes sont très nombreuses de chaque côté. Les patrouilles signaleront que les bois sont jonchés de blessées et de morts des deux camps.

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Le monument en l'honneur des morts de la 86e brigade de chasseurs

Le 28 août 1914, les Allemands reprennent leur offensive. St-Benoit-de-Chipotte et le col tombent entre leurs mains. Les Français s'accrochent au sud et à l'ouest du col et vont s'y retrancher. Après quatre jours de combat, les troupes sont épuisées. Durant la soirée et la nuit, l'artillerie lourde allemande pilonne les tranchées françaises. Le 29 août 1914, les Français reprennent l'offensive et le 6e RIC reprend St-Benoit-de-Chipotte. Les Allemands essaient toujours de contourner le col par l'est (St-Benoit-de-Chipotte) et par l'ouest (col du Haut-Jacques). Les combats en sous-bois font rage toute la journée sans aucun avantage pour l'un ou pour l'autre camp.

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Une des fosses communes de la nécropole

Le 30 août 1914, la Ire armée française attaque avec toutes les forces qu'elle avait en réserves depuis deux jours. Montent en ligne les 1re, 3e, 10e, 17e, 20e, 21e et 31e BCP. Les attaques se succèdent malgré les lourdes pertes. Finalement, les Allemands cèdent peu à peu du terrain. Le 31 août 1914 sera la première journée sans attaque allemande. Ceux-ci se retranchent sur leurs positions. Une autre bataille vient de débuter, la première bataille de la Marne. Les troupes d'actives sont relevées par des troupes de réserves afin de les envoyer sur la Marne. Le 1er septembre 1914, le général Joffre ordonnera au général Dubail de transférer le 21e Corps d'armée (CA) du front de Lorraine sur le front de la Marne. Les premiers à quitter le secteur sera la 13e DI.

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Le 2 septembre 1914, la 44e DI relève le 21e CA. Les Allemands s'apercevant de la relève reprennent l'offensive. La 44e DI malgré un léger repli sur son flanc ouest arrive à se maintenir. Mais la 1re armée française, après le transfert du 21e CA n'a plus les moyens de l'offensive. Elle va donc, sur ordre du général Dubail, s'enterrer. Durant les 3 et 4 septembre 1914, les Allemands poursuivent leurs attaques sans aucun gain de terrain, mais causant de nombreuses pertes en vie humaines. Le repli de la 27e DI française au niveau du col du Haut-Jacques durant la journée du 5 septembre 1914 fait craindre l'encerclement du col de la Chipotte. La 27e DI se reprendra le 6 septembre 1914 et repoussera les Allemands sur leurs positions du 4 septembre. La bataille de la Marne exigeant des troupes expérimentées, les troupes de réserves remplacent de plus en plus celle d'actives dans le secteur. Le front se clame peu à peu, mais les troupes allemandes combattent toujours sur la rive gauche de la Meurthe.

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Le monument érigé dans la nécropole

Sentant la bataille décisive passée et le percement vers Épinal impossible, les Allemands entament, à partir du 10 septembre 1914, une retraite stratégique sur la rive droite de la Meurthe et la frontière de 1871. Le 11 septembre 1914, Joffre ordonne de marcher en avant. St-Dié repassera aux mains des Français ce jour même. Raon-l'Etape sera libéré le 12 septembre 1914. L'armée française, épuisée, tardera cependant à suivre l'armée allemande qui fera volte-face. La ligne de front se stabilisera jusqu'à l'armistice en passant dans cette partie de la Lorraine, par le Ban-de-Sapt, Senones, Celles-sur-Plain, le col de la Chapelotte, Badonviller, etc.

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Le monument de la 2e brigade coloniale

La bataille du col de la Chipotte aura fait plus de 4000 morts parmi les troupes françaises et au moins autant chez les Allemands. La nécropole au col de la Chipotte regroupe 1006 soldats dans des tombes individuelles et 1899 soldats dans un ossuaire. Trois monuments commémorent le sacrifice des soldats français pour barrer la route à l'envahisseur allemand. Le 1er est situé au croisement des routes D424 et D159. Il s'agit du monument de la 2e brigade coloniale érigé en 1917. Le 2e est constitué d'une colonne tronquée élevée en 1915 au fond de la nécropole. Elle symbolise les vies brisées des jeunes gens qui sont tombés à cet endroit.

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Le 3e monument, le plus imposant, est l'œuvre de l'architecte Emmanuel Vateland. Il servit au 170e DI qui fut affecté au secteur en 1918. Le monument représente un chasseur montant la garde devant un massif en grès symbolisant le massif vosgien. Le chasseur, de 2,50 m de hauteur, est en tenue de campagne avec pattes d'épaule à bourrelet double modèle 1913 (sans grade), en manteau règlementaire des chasseurs en drap gris de fer bleuté modèle 1877, pantalon au liseré jonquille et fusil Lebel à la main. Il bombe le torse déterminé à être le rempart devant l'invasion. Il a été inauguré le 27 mai 1919 en l'honneur des morts de la 86e brigade de chasseurs.

Ces photographies ont été réalisées en juin 2012.

 

Y ACCÉDER:

À Etival-Clairefontaine, prendre la direction de St-Benoit-de-Chipotte qui passe au col de la Chipotte.

 

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Cette page a été mise en ligne le 14 octobre 2012

Cette page a été mise à jour le 11 février 2015