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La Côte 425
et la bataille de Steinbach

Parmi les combats les plus violents et les plus méconnus du front occidental, ceux livrés autour du village de Steinbach et de la Côte 425, dans le sud de l’Alsace, occupent une place singulière. Engagés au cœur de l’hiver 1914 - 1915, ces affrontements illustrent la transition brutale entre la guerre de mouvement et la guerre de positions, dans un environnement montagneux où le terrain, le climat et la topographie aggravent encore la violence des combats. Souvent désignés par les combattants eux-mêmes comme "l’Enfer de Steinbach", ces engagements opposèrent, durant près de trois semaines, des unités françaises et allemandes épuisées, pour un gain territorial limité, mais stratégiquement déterminant c'est-à-dire la maîtrise d’un observatoire dominant la vallée de la Thur et la plaine d’Alsace.

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Le monument des combats de la Côte 425

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Le monument du 297e RI

Après les offensives françaises de l’été 1914 en Haute-Alsace, rapidement contenu par l’armée allemande, le front se fige progressivement. Le front en Haute-Alsace n'est alors pas continu, mais il s'agit plutôt d'une zone de contact où certains points sont tenus. Dans le massif des Vosges méridionales, les Allemands tenaient Steinbach, la Côte 425 et les pentes dominant la vallée de la Thur. Les Français occupaient les lisières boisées au sud et à l’ouest (Uffholtz, Cernay), mais étaient dominés par les hauteurs. Fin septembre, le LIR 123 (Landwehr infanterie regiment) allemand s’installa à Wuenheim avec pour mission la surveillance de la partie orientale du massif vosgien. Dans cette zone, contrairement aux grandes plaines de Champagne ou d’Artois, le combat se déroulait dans un relief accidenté, couvert de forêts, de ravins et de villages encaissés. Le secteur Cernay – Thann revêtait une importance particulière. Il commandait les voies de communication entre Belfort, Mulhouse et Colmar, l’observation et le réglage de l’artillerie sur la plaine et la protection du flanc sud du dispositif allemand en Alsace. La Côte 425, modeste sommet culminant à 425 m, domine directement le village de Steinbach, Cernay et la vallée de la Thur. Sa possession permettait une observation directe sur les lignes françaises, l’implantation de mitrailleuses en position dominante et le contrôle des accès au village. Les Allemands y ont établi, dès l’automne 1914, un système défensif en profondeur avec des tranchées en gradins, des boyaux, des abris enterrés, des réseaux de barbelés et des positions de mitrailleuses parfaitement camouflées.

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La Côte 425 aujourd'hui

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La Côte 425 aujourd'hui

Dans ce secteur, l’affrontement débuta le 4 octobre 1914. Les Français lancèrent, ce jour, une offensive sur Burnhaupt-le-Haut tenu par les Allemands. Cette première offensive échoua. Le 31 octobre 1914, le général Joffre demanda au général Dubail de préparer une offensive pour la mi-novembre dans la région ouest de la ligne Sélestat / Colmar avec comme objectif de déboucher en Alsace. Le général Putz, commandant du 34Corps d'Armée (CA), fut chargé de soutenir cette offensive par une action sur l'axe Belfort / Mulhouse. Pour cette action, il disposait de quatorze bataillons de chasseurs et deux régiments de Territoriaux. L'offensive fut finalement ajournée, car les renforts prévus pour le 34e CA étaient utilisés dans la bataille des Flandres. Le 26 novembre 1914, le général Joffre demanda au général Putz de préparer une action visant à perturber les transports allemands entre Colmar et Mulhouse soit par des tirs d'artillerie, soit par des coups de main. Le général Putz considéra que seule la conquête de Cernay pouvait permettre à l'artillerie française d’acquérir des positions d’où elle pouvait efficacement canonner la voie ferrée Colmar / Mulhouse. Pour cette offensive, le général Putz obtint l'affectation à la 66e Division d'infanterie (DI) de la 81e brigade d'infanterie (BI) et de la 41e DI. La 81e BI était alors constituée du 152e régiment d'infanterie (RI) et des 5e et 15e bataillons de chasseurs à pied (BCP). Dans cette offensive, prévue pour le 25 décembre 1914, la 57e DI devait attaquer le front entre Aspach-le-Bas et le Pont d'Aspach et la 66e DI, sous le commandement du général Guerrier, devait attaquer sur la ligne Wattwiller / Cernay en enveloppant le village de Steinbach. Le 152e RI devait attaquer Steinbach, le 213e RI devait attaquer sur la Côte 425 et le 15e BCP devait se tenir en renfort. Du côté allemand, ce secteur était tenu par le LIR 119, le LIR 123, l'IR 161 et l'IR 69.


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Canon français lors de la bataille de Steinbach

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Soldats du IR119 à Steinbach en 1914

À partir du 13 décembre 1914, les Français lancèrent une série d’attaques préparatoires contre les pentes sud de la Côte 425. À cette date, les Allemands occupaient le sommet intégral de la Côte 425, des tranchées en gradins sur les pentes sud et le village de Steinbach. Les Français occupaient les lisières boisées au sud et sud-ouest avec des tranchées de départ situé à 400 - 600 m du sommet de la Côte 425. Ce jour ordre fut donné au 213e RI, cantonné à Thann, de s'emparer de la Côte 425. L'attaque fut déclenchée à midi par le versant nord tandis que le versant sud était pilonné par l'artillerie pour empêcher l'arrivée des renforts allemands. Selon le "Journal de marche et des opérations" (JMO) du 213e RI l'attaque sur le versant nord fut couronnée de succès puisqu'à 15 h fut donné l'ordre de mettre en état de défense les tranchées conquises. Les Allemands auraient eu quatre tuées et cinq soldats furent faits prisonniers. Une contre-attaque allemande vers 18 h fut repoussée par les Français. Les pertes du 213e RI pour cette journée furent un capitaine tué, deux lieutenants blessés et vingt hommes tués ou blessés. Ce jour, le JMO du 152e RI indique : "Le régiment occupe les tranchées de départ en lisière du bois au sud de Steinbach. Reconnaissances offensives exécutées sous un feu violent de mitrailleuses. Le terrain est boueux, couvert de neige. Pertes sensibles". Le JMO du 213e RI indique : "Attaque tentée sur la pente sud de la Côte 425. L’assaut est arrêté par des réseaux de fils de fer intacts et par un feu très précis de mitrailleuses. Les pertes sont sérieuses".

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Tranchée allemande à la Côte 425 en 1915

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Tranchée allemande à la Côte 425 en 1915

Le 14 décembre 1914 vers 9 h les Allemands venant d'Uffholtz attaquèrent sur la croupe de la chapelle Saint-Antoine forçant les Français à refluer de la croupe nord-est de Steinbach. Vers 9 h 30, le sommet de la Côte 425 fut soumis à un violent feu d'artillerie et de mitrailleuses allemandes. Les Français évacuèrent Steinbach vers 12 h que le IR 161 occupa vers 16 h. En fin de journée, les pertes françaises furent de 370 tués, blessés ou disparus. Le 15 décembre 1914 à 1 h du matin, les Allemands attaquèrent sur la Côte 425, mais furent repoussés après 1 h de fusillade. À 8 h, une méprise de l'artillerie française obligea à l'abandon des tranchées françaises à la Côte 425. Cet incident fit un mort et 28 blessés parmi les fantassins du 213e RI. Le duel d'artillerie reprit à 15 h. Les Français qui avaient réoccupé leurs tranchées firent alors face à l'attaque d'environ 400 Allemands du IR 25 venant de Steinbach. Les combats corps à corps à la baïonnette et à coup de crosse obligèrent les Français à évacuer les tranchées par échelon tout en combattant. Après ces combats, le front resta pratiquement figé, mais le terrain fut profondément bouleversé. Durant ces trois jours, les Français eurent à déplorer 34 tués, 164 blessés et 444 disparus. Le JMO du 213e RI indique pour le 16 décembre 1914 : "Les tranchées conquises sont à peine tenables en raison du feu ennemi et de l’état du sol. Aucun progrès notable".

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Blockhaus allemand à la Côte 425

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Blockhaus allemand à la Côte 425

Le 24 décembre 1914 vers 18 h le 152e RI, sous le commandement du lieutenant-colonel Jacquemont, partit de Thann pour aller se positionner à l'Amselkopf et au Wolskopf à l'ouest de Steinbach. La 2e et la 4e compagnie du bataillon Castela formant la colonne de droite passèrent par Waldkapelle et le Hirnlestein. La colonne de gauche formée par sept compagnies passa par Pastetenplatz et trois autres compagnies restèrent en réserve au Thomannsplatz. Le 213e RI prit position dans les tranchées de départ sur la Côte 425. Les ordres du 24 décembre stipulaient que les troupes devaient agir par surprise. La préparation d'artillerie ne devait débuter que lorsque l'infanterie était en position. L'artillerie de la 66e DI ne comprenait alors qu'une cinquantaine de pièces dont seulement une batterie de calibre 155. Le 25 décembre 1914 vers midi l’artillerie française ouvra le feu depuis les hauteurs de Leimbach. Elle visa le sommet de la Côte 425 et les maisons fortifiées de Steinbach. Les tirs furent peu efficaces faute d'observateurs. Les réseaux de barbelés allemands demeurèrent en grande partie intacts. L'artillerie allemande répondit sans faire de dégât. À 16 h, les 2e et 4e compagnies du 152e RI débouchèrent de la forêt du Hirnlestein, mais furent stoppé par un feu nourri de fusils à 200 m des premières maisons de Steinbach. Sur leur gauche, deux compagnies du 15e BCP, descendant du Schletzenburg, furent arrêté par les mitrailleuses allemandes balayant le plateau d'Uffholtz. Au nord de la Côte 425, l'attaque du 213e RI piétina sous le feu d'un blockhaus. Les vagues d’assaut furent stoppées devant les barbelés et subirent des pertes très élevées. Au nord encore, le 15e BCP parvint aux portes d'Uffholtz et occupa la croupe nord de la chapelle Saint-Antoine. Il parviendra à tenir ses positions durant quatre jours. Le 28e BCA se positionna sur le Molkenrain puis sur le Silberloch et installa un poste avancé sur le sommet du Hartmannswillerkopf. Il descendit ensuite vers Wattwiller et se positionna devant le village, le long du Silberbachtal. Durant la nuit, les positions conquises furent sommairement organisées. L’état-major français, conscient de la très bonne organisation des défenses allemandes, décida cependant de poursuivre l’offensive notamment autour du village de Steinbach, qu’il faudra prendre maison par maison. Dans la nuit du 25 au 26 décembre 1914, les Allemands envoyèrent en renfort les 3e et 4e compagnies du LIR 40 ainsi que des éléments du IR 161. Ce jour le JMO du 152e RI indique : "À 6 h 30, après une préparation d’artillerie insuffisante, les compagnies sortent des tranchées. Le feu ennemi est très violent. Les réseaux de barbelés sont imparfaitement détruits. Les pertes sont élevées dès les premiers instants".

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Reste de tôle métro servant à la construction d'abris

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Un éclat d'obus

L’offensive française reprit le 26 décembre 1914 après une nuit de bombardement d’artillerie. Le LIR 119 ne concéda que peu de terrain sur la Côte 425 obligeant même les hommes du 213e RI à refluer en laissant 151 hommes sur le terrain. Devant Steinbach, la 2e et la 4e compagnie du bataillon Castela ne gagna pratiquement pas de terrain et fut obligé de s’enterrer alors qu’un froid vif s’installa sur le champ de bataille. Entre Uffholtz et Wattwiller, les Allemands du IR 25 tentèrent en vain une attaque contre le 28e BCA. Ce jour le JMO du 152e RI indique : "Combat à la grenade dans les tranchées ennemies conquises. Les boyaux sont encombrés de morts. Les hommes restent dans l’eau glacée jusqu’aux genoux. Plusieurs contre-attaques ennemies sont repoussées". Le JMO du 213e RI indique : "Contre-attaques ennemies répétées dans la soirée et la nuit. Combat très confus. Plusieurs éléments se replient puis réoccupent les tranchées à l’aube". Le 27 décembre 1914 débuta avec un intense bombardement de l'artillerie française dont les tirs furent plus précis. Une batterie de 65 de montagne installée sur le plateau de Schletzenburg tira à bout portant sur les maisons de Steinbach. Sur la Côte 425, les 21e et 22e compagnies du 213e RI reprirent l'assaut, mais furent bloquées par les réseaux de barbelés et les tirs nourris venant du village. Les combats furent extrêmement violents et les attaques alternèrent avec les contre-attaques. À 10 h, la 4e compagnie du capitaine Laroche s'empara d'une maison isolée sur la rive droite du Erzenbach alors que la 1re section entraînée par le lieutenant David attaqua à la baïonnette. En vain, elle fut bloquée à 10 m du réseau de barbelés et le lieutenant David fut tué. Sur le flanc droit, la 3e section, avec un groupe du Génie, fit quelques avancées, mais se heurta à un grand grillage. L'adjudant Jacques et quelques hommes furent tués en essayant de le franchir. La 2e et la 4e compagnie du bataillon Castela parvinrent péniblement aux premières maisons. Dans l’après-midi, les Allemands décidèrent l’évacuation des habitants de Cernay, Steinbach et Uffholtz sur Wittelsheim. Durant cette journée, le 152e RI comptabilisa 22 tués et 49 blessés. Dans le JMO du 152e RI, il est indiqué : "La 1re et la 3e section s’élancent baïonnette au canon, vers le village, mais l’assaut est brisé par une fusillade très violente… par un réseau de barbelés et par un grand grillage".

steinbach bombardé en 1915
Steinbach bombardé en 1915

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Blockhaus allemand à la Côte 425

Gelandes Hohe 425 Steinbach Sandozweiler Generallandesarchiv Karlsruhe 456F19 Nr27
Vue aérienne de la Côte 425 pris par un avion allemand

Le 28 décembre 1914, le 152e RI consolida ses positions devant Steinbach tandis que le 213e RI poursuivit en vain ses attaques sur la Côte 425 en subissant de terribles pertes. Les tranchées étaient noyées par des sources et les abris étaient rares et difficiles à établir sous le feu ennemi. Entre 11 h et 16 h 30, un duel d’artillerie réciproque ravagea le front entre Steinbach et Uffholtz. Le 29 décembre 1914 sous une pluie glaciale, le 152e RI gagna encore quelques maisons dans le village et le duel d’artillerie se poursuivit, occasionnant de sévères pertes dans les 5e et 8e compagnies du LIR 119 sur le plateau d’Uffholtz. Sur la Côte 425, les combats furent mis sur pause. Ce jour, le JMO du 152e RI indique : "Engagement dans le village de Steinbach. Combat de maison en maison. Les caves sont utilisées comme abris par l’ennemi. Le village est en feu sous le bombardement". Le 30 décembre 1914, de nouvelles batteries françaises installées au Wolfskopf, au Pastetenplatz et sur les hauteurs de Leimbach entrèrent en action en pilonnant Steinbach et le plateau d’Uffholtz. La 7e compagnie du 152e RI, sous le commandement du capitaine Marchand, s’avança jusque dans la Grand-rue où elle s'empara de la première maison en faisant une vingtaine de prisonniers. Elle se trouva cependant bloquée par des barricades et l'incendie qui sévit dans le village. Sur le plateau d'UffhoItz, le 68e BCA prit les tranchées de la croupe Saint-Antoine. Sur la Côte 425, l'assaut des 18e et 23e compagnies du 213e RI se solda par un échec. Alors que du côté français le général Guerrier se rendit sur le terrain, du côté allemand Von Falkenhayn arriva à Wittelsheim où se trouvait l’état-major de la IB 29 (brigade d’infanterie) pour se faire une idée de la situation. Le JMO du 359e RI indique : "Le régiment relève des unités très éprouvées. Travaux immédiats de consolidation des tranchées sous le bombardement". Le 31 décembre 1914, les combats reprirent dès l'aube. Le village transformé en forteresse avec des caves bétonnées, des murs percés de meurtrières et des rues battues par les mitrailleuses fut le théâtre d’effroyables combats. Les fantassins du 152e RI, après avoir tourné la barricade de la Grand'rue en faisant de nombreux prisonniers, occupèrent à la tombée de la nuit un tiers du village. Les Allemands érigèrent une seconde ligne de défense au centre de la bourgade. Les pertes devinrent effroyables, notamment dans les compagnies de tête. Cette période fut appelée par les combattants "l’Enfer de Steinbach". Les rapports du IR 112 de décembre 1914 indiquent : "Les positions sur la cote sont soumises à des attaques incessantes. Les pertes sont lourdes. Les contre-attaques exécutées de nuit ne permettent que des reprises temporaires". Pour la même période, les rapports du IR 109 indiquent : "Le combat dans le village est extrêmement meurtrier. Les maisons sont détruites une à une. Le maintien des positions devient impossible faute de renforts".

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Blockhaus à mitrailleuse allemand à la Côte 425

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La même vue sous un autre angle

Le 1er janvier 1915, après une matinée plutôt calme, les batteries françaises de 65 et de 75 entrèrent en action à 14 h 30. Les artilleurs allemands répondirent avec leurs canons de 105. Dans Steinbach, le 152e RI gagna péniblement une cinquantaine de mètres devant la défense acharnée des soldats du IR 161. Les Français arrivèrent à 150 m de l'église. Sur le plateau d’Uffholtz, à la croupe Saint-Antoine, le 68e BCA (bataillon de chasseurs alpins) parvint à repousser trois attaques allemandes. La lutte acharnée se poursuivit le 2 janvier 1915. Le 213e RI, soutenu par un détachement du 152e RI, parvint enfin à s’emparer du blockhaus qui bloquait son assaut sur la pente nord de la Côte 425. Le froid, le gel, la boue jusqu'aux genoux, les combats nocturnes et les odeurs de décomposition des cadavres, rendait la vie des combattants épouvantables. Le JMO du 359e RI indique : "Bombardement violent et continu. Abris insuffisants. Pertes journalières par éclats".

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Casemate française sur le versant nord de la Côte 425

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Le créneau de tir de cette casemate

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Casemate française sur le versant nord de la Côte 425

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L'intérieur de cette casemate

Le 3 janvier 1915 à 9 h, l'artillerie française déclencha le pilonnage sur la Côte 425, avec des batteries de 155, de 75 et de 65. Les canons écrasèrent les positions allemandes durant plus de trois heures. L’attaque française fut déclenchée à 13 h sur toute la ligne de front. Les trois compagnies Castella avancèrent vers l’église, le bataillon Contet occupa le centre du village et le cimetière puis déborda par le nord vers le plateau d’Uffholtz sur lequel progressait le 15e BCP pour empêcher toute contre-attaque. La compagnie Toussaint atteignit la sortie du village et pénétra dans l'usine Rollin. Quatre compagnies du 213e RI montèrent à l'assaut de la Côte 425 avec l’appui du 13e BCA. Au bout de plusieurs heures de combats, au soir, Steinbach fut aux mains du 152e RI et le 213e RI s'empara enfin de la Côte 425 alors que les Allemands s’accrochèrent aux pentes. À Steinbach, les hommes du IR 161 purent s'échapper vers Uffholtz sauf une compagnie qui fut faite prisonniers. Ce jour, le JMO du 152e RI indique : "Après une violente préparation d’artillerie, l’attaque est déclenchée vers 13 heures… les 1re et 2e compagnies se lancent à l’assaut à la baïonnette, au prix de lourdes pertes… fusillades et cris retentissent… quelques groupes allemands parviennent à s’infiltrer… ils sont refoulés par une charge à la baïonnette… Assaut du cimetière à la baïonnette après préparation d’artillerie. Résistance acharnée de l’ennemi. Position définitivement occupée à la tombée de la nuit". À 21 h, l’artillerie lourde allemande (canons de 105 et 150), positionnée entre Berrwiller et la forêt du Nonnenbruch, ouvrit le feu sur les lignes françaises. Vers 1 h du matin, l'IR 25 et les 5e, 8e, 9e et 11compagnies du IR 161 attaquèrent la Côte 425 et le village. Sur la Côte 425, les soldats du 213e RI furent débordés et entamèrent une retraite précipitée. L'IR 25 s'y établit solidement. À Steinbach, l’offensive allemande provoqua le repli du 152e RI, qui abandonna l'église. L’intervention de la 8e compagnie du 152e RI du capitaine de Roffignac, placée en réserve, parvint à rétablir la situation dans Steinbach vers 3 h du matin. Les Français étaient maîtres de Steinbach, mais se retrouvaient bloqués, coincés dans un vallon encaissé et difficiles à ravitailler. L'état-major de l'Armee-Abteilung Gaede imagina alors qu'en menant une attaque par les sommets, les Allemands pourraient rendre la situation des Français intenable. L'état-major du Kaiser se tourna vers le Hartmannswillerkopf où, le 4 janvier 1915, le 28e BCA repoussa, après un violent corps à corps, une compagnie de Landwehr.

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Tranchée française à Steinbach

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Tranchée française à la Côte 425

Le 5 janvier 1915, le 21e et 22e bataillon du 297e RI releva les hommes du 213e RI dans les tranchées de la Côte 425. Ce jour, vers 17 h 30, la brigade Dallmer (RIR 75) et le régiment Weber, constitué d'un bataillon du IR 84, d'un bataillon du Grenadier Regiment 89 et d'un bataillon du RIR 31, attaquèrent la Côte 425. Cette attaque fut repoussée par les Français, mais leur coûta une soixantaine de tués et une centaine de prisonniers. Les Allemands eurent également à déplorer une centaine de tués. Pendant ce temps, le village fut soumis à une forte fusillade en provenance du plateau d'Uffholtz. La 7e compagnie du 152e RI, parti de l'usine Rollin, grimpa à travers les vignes et prit la tranchée allemande de flanc et à revers et y captura les fantassins allemands. Par cette action, les Français fixèrent le front aux environs de la chapelle Saint-Morand. Une contre-attaque allemande sur Steinbach fut repoussée dans la nuit. Les Allemands y laissèrent 60 morts et blessés. Le 6 janvier 1914, l'attaque française prévue en direction de Cernay fut reportée à cause du mauvais temps. Entre 17 h 30 et 19 h 30 eurent lieu de violentes attaques allemandes à la Côte 425 et à Steinbach, toutes repoussées. Les Allemands repartirent à l'attaque sans plus de succès au cours de la nuit. Le 7 janvier 1914, la 151e Brigade française tenta un assaut sur Cernay. Initialement prévue à 9 h, l'assaut fut reporté à 13 h, car les armes du 6e bataillon du 297e RI étaient encrassé par la boue. Ce bataillon fut remplacé par les 17e et 18e compagnies. Sur la droite, le 359e RI se lança à l'assaut du hameau de Sandozwiller (hameau totalement rasé durant le conflit), mais fut aussitôt rejeté dans sa tranchée de départ et 20 hommes furent tués. Sur la gauche, le 297e RI, avec l’appui de deux compagnies du 13e BCA, s’élança contre les tranchées de la Côte 425. À 13 h 30, les Français atteignirent la tranchée allemande la plus avancée, mais furent décimés par les mitrailleuses et les tirs de l'artillerie lourde allemande en position à Wattwiller et à Cernay. À 15 h, les Français engagèrent les combats aux corps à corps dans la tranchée allemande où ils furent tués ou faits prisonniers. Forcés de reculer, ils laissèrent 67 morts, dont le lieutenant-colonel Bonnelet, 196 blessés et 179 disparus sur le terrain. L'échec de ces offensives amenèrent les généraux Putz et Guerrier à stopper l'offensive sur Cernay le 8 janvier 1915. Le lendemain débuta la première bataille du Hartmannswillerkopf.

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Steinbach en ruine en 1915

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Steinbach en ruine en 1915

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Ruine de l'usine de Steinbach en 1915

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Soldat français dans les rues de Steinbach en 1915

Après le 7 janvier, le front au niveau de la Côte 425 et de Steinbach ne bougea pratiquement plus. Un calme relatif s'installa, mais des escarmouches quotidiennes continuèrent de faire des victimes. Peu à peu, les campements provisoires se transforment en camps très bien organisés (Chanove, Belgique, Pervenche, Alsacienne) avec leurs barbelés, blockhaus, abris, tranchées profondes, boyaux onduleux. Les anciennes mines dans le Silberthal comme celle du Donnerloch servirent également d'abris. Ainsi le 16 janvier, en 3 h, 250 obus de gros calibre tombèrent sur Steinbach. Le JMO du 297e RI signale pour le 19 janvier quatre tués et six blessés. Le 25 janvier 1915, le 152e RI fut cité à l'ordre de l'Armée : "À, sous les ordres du chef de Bataillon Jacquemot, fait preuve d'une vaillance et d'une endurance au-dessus de tout éloge en conquérant le village de Steinbach après 8 jours de lutte héroïque, de jour comme de nuit, s'emparant une par une des maisons fortifiées, répétant les assauts au milieu des incendies, se maintenant sous un feu des plus violents dans les tranchées remplies d'eau glacée, infligeant à l'ennemi de lourdes pertes et lui enlevant une mitrailleuse et de nombreux prisonniers". Le 152e RI fut relevé le 17 mars 1915 par le 357e RI. Le 297e RI quitta la Côte 425 le 3 avril 1915. De la mi-décembre 1915 à la mi-janvier 1916, le secteur de la Côte 425 – Steinbach connut un regain d’activité à cause de la bataille qui faisait rage au sommet et sur les pentes du Hartmannswillerkopf. Les artilleurs allemands pilonnèrent les lignes arrière, mais aucune attaque d'infanterie n'eut lieu. De temps en temps, des deux côtés, les combattants organisèrent des "coups de main". Le sous-lieutenant Albert Préjean (1894 - 1979), avec son groupe franc du 245e RI, en organisa en octobre 1916 et en février 1917. Dans ses mémoires il décrit ses actions sous ces termes : "C'était des petites équipes de gars gonflés qui s'en allaient faire des coups de main dans les lignes ennemies. Aussi gonflé que l'on ait, les nerfs qui craquent et les cheveux qui se dressent sur la tête, ça existe croyez-moi ! Je préférais risquer ma peau à chaque coup de main que de moisir dans la tranchée. Et puis, dans les corps francs, là au moins on avait l'avantage d'avoir quelques jours de perm' quand nous avions réussi. Naturellement, entre toutes ces permissions, je trouvais le temps de me faire blesser une première fois, puis une seconde. Les balles entraient dans la peau et choisissaient toujours le gras des chairs. Je devais être béni des dieux de la guerre : superstition, je ne sais pas". À partir de mi 1916 et jusqu’à la fin du conflit, le secteur fut essentiellement tenu par les territoriaux. S'y succédèrent le 6e BTCA, commandé par Georges Desvallières (le peintre qui renouvela l'art religieux), les 2e et 7e BTCA, le 84e RIT et le 109e RI.

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Créneau de tir de la casemate française située à la Côte 400

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La face arrière de cette casemate

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L'intérieur de cette casemate

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La casemate française de la Côte 400

Les combats pour la Côte 425 et Steinbach furent particulièrement coûteux en hommes. Pour la période du 25 décembre 1914 au 10 janvier 1915, le 152e RI eut 168 tués et 287 blessés, le 213e RI eut 105 tués et 208 blessés, le 359e RI eut 73 tués et 202 blessés, le 13e BCA eut 32 tués et 59 blessés, le 15e BCP eut 20 tués et 62 blessés, le 28e BCA eut 8 tués et 20 blessés, le 68e BCA eut 5 tués et 32 blessés et le 56e RA (régiment d'artillerie) eut 4 tués et 6 blessés. Soit un total de 415 tués et 876 blessés, auquel il faut ajouter une centaine de disparus et entre 300 et 400 prisonniers. Durant la seule journée du 7 janvier 1915, le 297e RI déplora 67 tués, 196 blessés et 179 disparus. Côté allemand, les pertes sont à peu près équivalentes. À l'IR 161, les pertes sont de 660 hommes, dont plus de 250 tués. Au cours de son séjour dans ce secteur, les effectifs de l’IR 25 passèrent de 3 000 à 600 hommes (au 26 mars 1915).

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Le monument du 297e RI

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Le monument du 297e RI en 1915

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L'oratoire Ifiss.
Cet endroit apparait dans les JMO sous le nom de "Chapelle". Le camp "Prevenche" était établi à proximité à partir de 1915.

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Le monument de la Côte 425 érigé en 2004

La bataille de Steinbach et de la Côte 425 devint un symbole de la résistance française en Alsace. La violence des affrontements et le coût humain en firent un épisode mémorable du front vosgien. Une stèle franco-allemande aujourd’hui commémore les soldats tombés des deux camps et rappelle l’enfer de Steinbach. Durant la guerre, le village de Steinbach fut entièrement détruit. La reconstruction dura plusieurs années, et la population chuta temporairement, marquant profondément la mémoire locale.

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Vestige de tranchée près de la casemate française de la Côte 400

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Vestige de tranchée près du monument du 297e RI

Ces photographies ont été réalisées en 2025/2026.

 

Y ACCÉDER:

Il ne subsiste que peu de choses de cette bataille. La visite de la Côte 425 se fait au départ de la rue de la chapelle à Steinbach. De là, suivre le sentier circulaire balisé d'un cercle rouge et d'un cercle jaune. Le chemin monte vers la forêt et se poursuit vers l'oratoire Ifiss. Après avoir longé les vignes (sur la gauche) et être repassé dans la forêt, il est possible de dénicher une rare casemate à mitrailleuse française. Elle se cache dans la forêt le long de la pente nord sur la droite du chemin.

Après l'oratoire Ifiss, prendre à gauche le chemin balisé d'un cercle jaune qui mène à monument du 297e RI (attention, il se trouve sur la droite du chemin dans la descente vers Vieux-Thann). Après la visite de ce monument, remonter en direction de l'oratoire Ifiss et prendre au bout de 300 m à droite le sentier balisé d'un cercle rouge qui vous ramène au point de départ en passant par le monument commémoratif de la Côte 425.

Une autre casemate française se cache sur le flanc couvert de forêt de l'Echenberg à l'entrée de Vieux-Thann. Pour le trouver, il faut monter par la rue d'Ifiss et prendre le chemin partant sur la gauche. La casemate est dans la forêt avant de ressortir dans les vignes.

 

 

Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont donnés sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accès au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

Si vous constatez des modifications ou des erreurs, n'hésitez pas à m'en faire part.

 

 

Cette page a été mise en ligne le 21 février 2026

Cette page a été mise à jour le 21 février 2026