Le BOLLENBERG
La colline des sorcières
Cette colline, située au sud de Rouffach, est clairement détachée du massif vosgien. Elle bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel tout au long de la journée. Aucun sommet environnant ne vient interrompre les rayons du soleil, de son lever à son coucher.

La colline du Bollenberg
Le nom de Bollenberg dérive certainement de "Belen" ou "Belenus", le dieu celte du feu associé à la vie pastorale. Le Bollenberg pourrait être le "Mont de Belen" et nos ancêtres devaient y pratiquer le culte solaire. Tout comme au Petit Ballon ou au Grand Ballon situé tous les deux dans le prolongement de la course solaire. Sur tous ces sommets (l'ensemble des Ballons vosgiens et des Belchens de la Forêt-Noire) a été célébré le 1er mai, la fête de la purification du feu.

La plaine d'Alsace

La végétation de la lande du Bollenberg
L'ensoleillement exceptionnel de cette colline y favorise
la pousse d'une flore rare et la prolifération d'une faune exclusive. Attention,
la colline est une zone protégée. La présence de nombreuses plantes rares et
médicinales a de tout temps attiré les herboristes et les guérisseurs. Dans
des temps où la connaissance n'était pas répandue, ces personnes ont souvent
été considérées comme des sorciers ou des sorcières. Et le Bollenberg a toujours
été considéré comme un lieu de Sabbat, lieu de toutes les débauches.
De nombreuses légendes en témoignent. En voici quelques-unes :
Les sorcières au Bollenberg
Le Bollenberg, au sud de Rouffach, a une mauvaise réputation comme lieu de réunion
des sorcières de la haute Alsace. Un jour, un homme de Rouffach, qui s'était
attardé à Orschwir, prit un raccourci par le Bollenberg pour rentrer plus rapidement.
Minuit sonna. Soudain l'homme vit devant lui un palais. Une grande salle brillamment
illuminée s'ouvrit devant lui où une longue table de festin était dressée.
Autour d'elle se groupait une société joyeuse, hommes et femmes. Le chef des
convives, richement habillé, s'approcha du visiteur tout surpris et lui offrit
une coupe de vin. Il lui dit : "Soyez le bienvenu, ami, à la fête des gens joyeux
!". L'homme prit la coupe, mais restant méfiant, il murmura les paroles de la
prière latine "Benedicite, Domine", bénissez Seigneur. A l'instant, palais,
salle, hommes et femmes disparurent. Et l'homme tout effrayé se trouva seul
dans la nuit noire. La coupe, dans ses mains, n'était qu'un sabot de cheval
puant. Il eut toutes les peines du monde à retrouver son chemin.
La sorcière de Rouffach
Du temps de l'inquisition, une veuve et sa fille habitaient Rouffach. La fille
était hautaine, malgré sa pauvreté. Elle ne se résignait pas à son sort et aimait
beaucoup l'argent. Un jour, elle entendit que l'on pouvait avoir de l'argent
au Bollenberg. S'étant aventurée un jour trop loin, elle retrouva les portes
de Rouffach closes au soir. Ne pouvant rentrer chez elle, elle décida d'aller
au Bollenberg. Il faisait nuit, elle avait peur, mais sa cupidité prit le dessus.
Arrivant au Bollenberg, elle aperçut des lueurs, puis se retrouva dans un palais
et dans une salle bien éclairée. Un homme s'avance, la main froide. Il dit :
"Si tu te donnes à moi, tu auras beaucoup d'or". C'est ainsi qu'elle s'abandonne
au diable. Le matin, tout avait disparu. Une procession, montant au Bollenberg,
retrouve la jeune fille dans un piteux état. Tous se moquent d'elle, rient.
La jeune fille leur dit : vous avez beau rire, je suis riche; cela dit, elle
ouvre son tablier et n'y trouve que du crottin de cheval et des feuilles. Elle
s'évanouit; sa mère la relève, la console, la jeune fille se repent. Pour la
petite histoire, elle se maria avec son voisin qui était très pauvre.
A Rouffach, se dresse toujours la "Tour des Sorcières". Dans cette tour furent enfermées, durant le XVIe et le XVIIe siècle, les personnes accusées de sorcelleries en attendant leurs procès. Rares furent ceux qui échappèrent au bûcher. Les traces retrouvées dans les archives font état d'un nombre impressionnant de condamnés pour sorcellerie. En 1615, on compte, à Rouffach, pas moins de soixante-deux procès.

La tour des sorcières de Rouffach
Pour empêcher le rassemblement des sorcières sur le Bollenberg, une chapelle y fut érigée. Cette chapelle est dédiée à Sainte Appolonia, qui est invoqué pour soulager les maux de dents. Durant son martyr, le bourreau lui arracha en effet toutes les dents. La construction de cette chapelle, vers la fin du XIXe siècle, a permis de découvrir les vestiges d'une église primitive, du VIIe ou du VIIIe siècle, à abside semi-circulaire. Cette chapelle était entourée d'un cimetière mérovingien.

La chapelle Ste Appolonia sur le Bollenberg
Au Bollenberg démarre une faille géologique qui témoigne que l'Alsace subit de nombreux mouvements tectoniques. Cette faille bien visible se poursuit sur la colline située au nord, au-delà de la vallée de Soulzmatt. Sur cette colline ( celle de Rouffach ), cette faille a d'ailleurs été exploitée comme carrière. A certains endroits, cette faille se présente sous la forme d'une falaise rocheuse d'une hauteur d'une dizaine de mètres.

La faille tectonique visible sur le Bollenberg

La différence de niveau est clairement visible
La vue depuis le Bollenberg embrasse la chaîne des Vosges, la plaine d'Alsace, la Forêt-Noire et le Jura.

Le massif du Kaisersthul en Allemagne et au loin la Forêt-Noire
Ces photographies ont été réalisées en septembre 2002.
Y ACCÉDER:
Dans le village d'Orschwir, au Sud de Rouffach, prendre la Grand'rue jusqu'au parking devant les vignes. De là un chemin vous mènera à pied vers la chapelle d'où de nombreux sentiers vous permettront de parcourir le Bollenberg.
Cette page a été mise en ligne le 21/04/2003
Cette page a été mise à jour le 21/04/2003