Les grottes du Volp

La petite rivière du Volp a creusé au sein d'un petit massif calcaire une série de grottes que les hommes préhistoriques utilisèrent comme habitat et comme sanctuaire. Ils y laissèrent quelques-uns des plus remarquables témoignages de leurs arts.

Le Volp prend sa source au nord de Lescure aux pieds du Pas du Baup à 508 m d'altitude. Après cinq kilomètres d'un tracé sinueux, il se perd sous terre à l'est d'un petit massif calcaire à 470 m d'altitude. Après un parcours souterrain d'environ un kilomètre, il refait surface à l'ouest du massif à 450 m d'altitude. Le Volp y a creusé, au fil des millénaires, une série de galeries, orientées est/ouest, constituant trois réseaux.

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Le Volp juste avant sa perte

Le réseau inférieur correspond au réseau actif actuel. Le Volp pénètre sous terre par une galerie dont la largeur atteint à certains endroits 30 m. Cette galerie, assez rectiligne, se termine, au bout d'une centaine de mètres, sur un siphon infranchissable. Environ un kilomètre plus à l'ouest, le Volp ressurgit au travers d'un autre siphon, également infranchissable, au fond de la galerie de la résurgence. Le réseau médian est situé à 3 m au-dessus du réseau inférieur et est partiellement inondable par les eaux du Volp. À 15 m au-dessus du réseau médian, se trouve le réseau supérieur. Il est constitué des trois grottes utilisées par les hommes préhistoriques, la grotte Enlene, la grotte des Trois Frères et la grotte du Tuc d'Audoubert. Ces grottes ont été découvertes par le comte Henri Bégouën et ses fils, Max, Jacques et Louis, établi dans les manoirs des Espas et de Pujol à Montesquieu-Avantès depuis 1893.

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La perte du Volp

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La perte du Volp

La première grotte à avoir été découverte est celle d'Enlene. Elle le fut en 1911. Une double entrée, orientée au nord, donne accès à un grand couloir sensiblement horizontal. Au bout de 100 m, elle donne sur la salle des morts où fut découverte une sépulture de l'Âge du Bronze. Sur la droite de cette salle, un boyau étroit et bas donne, au bout de 65 m, dans la grotte des Trois Frères. Sur la gauche de la salle des morts s'ouvre la salle du fond. La grotte a un développé de 200 m. Les premières fouilles eurent lieu en 1914. Elles furent reprises entre 1925 et 1937 par Louis Bégouën et en 1975 et de 1978 à 1990 par Jean Clottes et Robert Bégouën. La salle du fond livra trois couches d'habitats superposés datées du magdalénien (14000 à 12000 av. J.-C.). Une occupation depuis le gravettien est également supposée. Ces couches archéologiques ont livré un abondant matériel lithique, un important art mobilier, des foyers et plusieurs centaines de plaquettes gravées. La salle du fond possède également quelques vestiges d'art pariétal et des esquilles osseuses fichées volontairement dans le sol et les parois. Dans la partie antérieure de cette salle sont visibles des taches rouges au niveau de la voute et d'un relief rocheux. Dans la partie du fond sont visibles une autre tache rouge et des traits autour d'un pendant rocheux.

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Dans la galerie de la perte

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Le siphon au fond de la perte

La grotte des Trois Frères a été découverte le 21 juillet 1914 par Max, Jacques et Louis Bégouën et deux de leurs camarades en passant par un aven. Ils ressortirent par la grotte d'Enlene découvrant ainsi l'accès utilisé par les hommes du magdalénien. Le boyau reliant les deux grottes était jonché de vestiges datés de cette période. L'accès actuel se fait au travers d'une ouverture artificielle aménagée dans un abri sur le versant nord du massif. Une autre entrée devait exister notamment au cours du Moyen-âge, car la grotte fut visitée à cette période comme l'atteste un foyer retrouvé dans la galerie du foyer et daté au C14 de 1050 apr. J.-C.. Des fouilles furent effectuées par l'abbé Breuil et Emile Cartailhac. L'abbé Breuil effectua le relevé des œuvres pariétales entre 1920 et 1938 et Max Bégouën en fit les premières photographies en 1928. Le mobilier retrouvé dans la grotte fut étudié en 1979 par Robert Bégouën et Jean Clottes. Trois cent cinquante représentations, dont 170 bisons, 84 chevaux, un rhinocéros, 7 anthropomorphes et une sauterelle, ont été dénombrées dans la grotte. Les œuvres sont particulièrement fines et fragiles et sont regroupées en de grands ensembles autour de bisons et de chevaux.

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L'entrée actuelle de la grotte des Trois Frères

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La sauterelle des la grotte des Trois Frères ©Wikipédia

La grotte présente un développé d'environ 800 m. À gauche de l'entrée en venant de la grotte d'Enlene se trouve une galerie latérale menant vers l'aven de la découverte et le couloir Camel où sont représentés quelques chevaux, bisons et signes. Le boyau d'entrée mène vers un carrefour d'où partent, sur la droite, la galerie des mains, longue de 50 m, et, à gauche, la salle du théâtre. Dans la galerie des mains se trouvent 5 mains négatives rouges, des traces de peinture rouge, un bison noir et une tête de cheval gravée. Au bout de cette galerie se trouve l'entrée artificielle. Depuis la salle du théâtre part sur la droite la galerie des points, longue de 130 m. Dans cette galerie se trouvent des rangées de points et des gravures. Sur la gauche de la salle du théâtre part une galerie qui mène vers la chapelle de la lionne puis vers la salle du grand éboulis (un aven colmaté). La chapelle de la lionne contient un félin gravé et tracé en noir associé à des signes (flèche et main gravée), un autre félin, deux oiseaux et un cheval gravé.

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Les lions de la grotte des Trois Frères (relevé de l'abbé Breuil)

La salle du grand éboulis, qui a fonctionné comme un piège à faune, contient deux représentations de félins dont le corps est vu de profil et la tête de face. Cette salle donne au travers d'une galerie à forte pente descendante sur la petite salle du sanctuaire. La paroi droite et le fond du sanctuaire sont couverts de gravures superposées de rennes, bisons, chevaux, bouquetins, ours, mammouths et signes dominés par le "sorcier". Le "sorcier" ou "dieu cornu" est une des rares peintures de la grotte. Elle est haute de 75 cm et large de 50 cm. Cette œuvre, des plus mystérieuses, est située à 4 m de hauteur sur la voute et domine les autres animaux. Gravée et en partie peinte en noir, elle représente un être composite avec une tête aux oreilles et bois de cerf, des yeux de chouette et pourvus d'une barbe. Dans le panneau, à ces pieds, mélangés avec d'autres animaux, se trouve un autre être composite, mi-homme mi-bison. Cet anthropomorphe, dit "petit sorcier à l'arc musical", semble souffler dans une flute. Cette représentation est aujourd'hui plutôt interprétée comme étant un chasseur camouflé tenant son arc avec les dents. Une autre figure semi-humaine constituée d'un bison dont les membres inférieurs et le sexe sont humains se trouve dans le sanctuaire.

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Le "Sorcier cornu" de la grotte des Trois Frères ©Wikipédia

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Le "sorcier à l'arc musical" (relevé de l'abbé Breuil)

À 10 m de hauteur dans le sanctuaire débute une galerie longue de 20 m qui débouche dans la salle des gours d'où part sur la droite la galerie des chouettes. Dans celle-ci se trouvent des tracés digitaux, trois chouettes, un mammouth, deux bisons et des signes. Au fond de la salle des gours se trouvent la salle du foyer et la galerie de l'hémione. La salle du foyer contient quelques fines gravures et le foyer daté du Moyen-âge. Une entrée se trouvait probablement à proximité de cette salle. Aucune autre trace de cette époque n'a été décelée dans le reste de la grotte. La salle de l'hémione contient trois bovidés, un hémione, deux têtes de félin et des signes tectiformes. Nous sommes ici à quelques mètres du fond de la grotte du Tuc d'Audoubert.

topographie

Les représentations de la grotte des Trois Frères sont datées du magdalénien moyen, mais les figures de la galerie des mains et de la salle des gours semblent d'une facture plus archaïques. Les études menées dans la grotte montrent de nombreuses fréquentations réparties sur une longue période. Les figures sont souvent superposées et de nombreuses traces de feu existent en divers endroits avec de véritables foyers dans la chapelle de la lionne, dans le couloir au-dessus du sanctuaire et dans la salle du foyer. Les magdaléniens ont effectué de courts séjours dans la grotte, mais n'y ont pas habité.

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La galerie de la perte

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Le porche de la perte

La résurgence du Volp fut explorée à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle par l'abbé Arasse qui ne trouva cependant pas l'accès au réseau du Tuc d'Audoubert. Des graffitis dans la salle nuptiale prouvent cependant que cette première salle de la grotte fut parcourue au cours du XVIIIe siècle. La grotte du Tuc d'Audoubert, accessible uniquement en barque en remontant la résurgence sur une cinquantaine de mètres, fut officiellement découverte le 20 juillet 1912 par les fils Bégouën. Ce jour, ils explorèrent la grotte jusqu'à la chatière qui fut franchie le 10 octobre 1912. La grotte s'étage sur trois niveaux. Le réseau inférieur est le cours actif du Volp avec sa résurgence qui permet l'accès aux autres étages. Le réseau médian, à quelques mètres au-dessus, est principalement constitué de la salle nuptiale, très concrétionnée. De cette salle part, sur la gauche, le diverticule des dessins, recelant de nombreuses gravures, essentiellement sur la paroi droite, de bisons , chevaux, félins, rennes et de claviformes (signes en forme de P ou de q) ainsi que des traces rouges et des dépôts d'ocre. Au fond de la salle nuptiale débute une galerie qui débouche dans le réseau inférieur. Elle comporte un cheval gravé, des traces de peinture et une marque anthropomorphe. Sur la gauche, au début de cette galerie, se trouve la galerie des claviformes comportant deux bisons gravés et un cheval avec des claviformes. Au fond de cette galerie se trouve une vulve, des bisons et des tracés digitaux. L'art pariétal de ce niveau ne fut découvert que dans les années 1950. L'abbé Breuil en effectua les relevés jusqu'en 1960. Dans cette partie furent découverts les vestiges d'un habitat magdalénien.

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La résurgence du Volp

Un habitat magdalénien fut aussi découvert dans un des passages du réseau actif dans une zone soumise aux crues du Volp et au courant d'air. L'abondance du mobilier lithique et osseux découvert plaide pour une utilisation de longue durée. Il est probable qu'à l'époque, le niveau du Volp était plus bas facilitant l'accès et les conditions de vie dans cette grotte. Le mobilier mis à jour est typique du magdalénien IV et est identique à celui de la grotte d'Enlene. Parmi les objets d'art mobilier se trouvent deux contours découpés en forme de tête de cheval et de biche, une pendeloque en forme de tête d'animal, un bâton percé avec une amorce de patte, plusieurs fragments de sculptures en os et bois de rennes, des os gravés et plusieurs plaquettes gravées.

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La galerie de la résurgence

Le réseau supérieur, d'un développé de 500 m, est accessible depuis la salle nuptiale par une étroite cheminée de 14 m donnant sur une chatière et un laminoir. Dans la cheminée d'accès se trouvent des tracés gravés de formes indéterminées. Entre la cheminée et la chatière se trouvent une biche, deux anthropomorphes, un bison et un cheval. Après la chatière, sur la voute, sont visibles un bison avec des tracés non figuratifs et un panneau de tracés digitaux. Le reste des galeries sont vierges d'art pariétal. Le sol des galeries est cependant jonché, à certains endroits, par des os d'ours des cavernes. Les magdaléniens, qui n'ont jamais habité dans le réseau supérieur, y ont laissé de nombreuses traces. Ils ont notamment utilisé les os des ours pour baliser le chemin et ont récupéré les canines, certainement pour en faire des pendentifs. Ils ont cassé des stalagmites et ont abandonné une vipère sans tête (significatif ?) et de nombreux silex. L'accès paléolithique n'est pas défini, mais la présence d'ours des cavernes plaide pour une autre entrée que celle passant par la chatière. Les éléments les plus remarquables se trouvent au fond de la grotte. Dans la salle des talons se trouvent 142 empreintes de pas formant plusieurs pistes faites par des enfants (?) marchant sur les talons. Une empreinte d'un tout petit enfant a été retrouvée non loin du fond de la grotte. Les empreintes ont été moulées dans les années 1930 par M. Lacomme. Dans la salle des talons figurent également sur le sol des tracés digitaux formant de longues lignes sinueuses et une série de ponctuations formant des signes géométriques.

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La résurgence du Volp

Au milieu de la dernière salle, sur un petit promontoire, se trouve une des œuvres les plus connues de la préhistoire. Il s'agit de la sculpture en argile de deux bisons, un mâle (63 cm de long) suivant une femelle (61 cm de long). Près de ce promontoire se trouvait une ébauche d'un troisième bison en argile et sur sa droite une silhouette de bison était incisée et en partie modelée sur le sol. Ce quatrième bison ne fut découvert que le 20 octobre 1912 par Emile Cartailhac. Sur le promontoire se trouve également évoquée une tête de bison de petite taille. La grotte du Tuc d'Audoubert contient en tout 371 représentations d'art pariétal, dont 103 animaux. Y figurent 11 bisons, 5 chevaux, quelques bouquetins, lions, rennes, biches, serpents et ours. Il y a 9 figures anthropomorphes et de nombreux signes dont une majorité de claviformes. De 1964 à 1985, Jean et Yvonne Vertut, accompagnés par Robert Bégouën, réalisèrent la couverture photographique de la grotte. Depuis 1989, les grottes sont la propriété de l'association Louis Bégouën fondée par les enfants de Louis Bégouën. Les grottes ne sont accessibles qu'à une poignée de scientifiques triés sur le volet.

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Les bisons d'argile du Tuc d'Audoubert

Pour de plus amples informations sur l'art rupestre consultez la page consacrée à "L'art rupestre".

Ces photographies ont été réalisées en septembre 2014.

 

Y ACCÉDER:

Les grottes d'Enlene, des Trois Frères et du Tuc d'Audoubert sont fermées au public. Ils ne sont accessibles qu'aux scientifiques. Seule la perte du Volp est accessible. L'accès des grottes peut être facilement trouvé à l'aide de la carte IGN au 1/25000.

 



Les indications pour accéder à ce lieu insolite sont données sans garantie. Elles correspondent au chemin emprunté lors de la réalisation des photographies. Elles peuvent ne plus être d'actualité. L'accés au lieu se fait sous votre seule responsabilité.

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Cette page a été mise en ligne le 13 décembre 2014

Cette page a été mise à jour le 13 décembre 2014