Le rocher des Fages

Au sud/ouest du village de Barre-des-Cévennes se dresse le massif de la Can Noire. Dans ce massif se superposent le micaschiste, le grès et le calcaire. Entre 950 et 1000 mètres d'altitude se trouvent de magnifiques prairies, au-delà et jusqu'au sommet à 1037 mètres, la forêt reprend ses droits. Sous 950 mètres, le relief plonge de manière abrupte vers la vallée. C'est à la limite supérieure de ces prairies face à la ferme isolée du Barret qu'émerge une petite falaise de grès de soixante mètres de longueur pour une hauteur de six mètres. De part et d'autre de la falaise s'étend en pente plus ou moins abrupte la prairie. L'espace devant la falaise en pente douce sur plusieurs dizaines de mètres a encore été cultivé au siècle dernier. L'eau peut cependant se faire rare, une petite source avec un filet d'eau sourd sur la droite de la falaise, ou très abondante lors des orages. Un ravin se creuse sur le côté gauche de la falaise et les traces existantes sur la falaise démontrent que des torrents dévalent la pente lors des pluies. Dans l'espace devant la falaise sont éparpillés une vingtaine de blocs plus ou moins gros. Ces blocs se sont détachés de la falaise et ont roulé sur la pente. Ce site exposé au sud et à l'abri du vent a attiré l'homme. Des traces d'habitat sont visibles et une des parois d'un des blocs a fait l'objet de gravures rupestres.

la falaise

l'avant de la falaise

Le surplomb de la falaise, côté droit et le bloc effondré à proximité du côté gauche de la falaise ont été aménagés pour former des abris. L'aménagement a consisté dans le creusement de rigoles en partie supérieure du surplomb rocheux. Ces rigoles de quinze centimètres de profondeur sur autant de larges étaient destinées à recueillir l'eau ruisselant le long de la paroi afin d'assécher la partie inférieure. Sur le côté droit de la falaise, la rigole fait presque sept mètres de longueur. Sur le bloc à gauche ont été aménagées deux rigoles qui se croisent. Une autre rigole est présente sur la partie Nord du bloc portant les gravures. Sur la partie nord de ce bloc ont également été creusées des encoches supposées être le réceptacle de poutres. Ces différents endroits sont supposés être les emplacements de cabanes. La paroi rocheuse formant le mur du fond de la cabane. Un peu avant d'arriver au site, une cabane moderne est adossée à un bloc rocheux en contrebas du chemin. Elle donne une idée du type de cabane qui a dû se trouver à ces endroits. Si des habitats se trouvaient à ces endroits, les emplacements des rigoles laissent supposer que les hommes s'étaient installés sur le côté droit de la falaise et au niveau du bloc gravé. Le bloc situé sur le côté gauche aurait pu abriter une bergerie.

la rigole droite
La rigole du côté droit de la falaise

le côté gauche
Le côté gauche de la falaise

Durant l'été 1972, Gilbert Fages a effectué des fouilles sur le site. Des sondages ont été effectués au niveau des parois sur lesquelles sont situées les rigoles. Le sondage effectué sur le côté droit n'a livré que trois débris charbonneux et un galet aménagé. Ce galet de sept centimètres sur cinq et épais de vingt-cinq millimètres a fait l'objet d'un enlèvement oblique et de deux retouches. Le sondage effectué devant le bloc du côté gauche a été totalement stérile. Le sondage effectué devant la paroi gravée a fourni un unique tesson de vase à paroi fine. Ce tesson a été trouvé dans la couche supérieure, encore récemment cultivée. Sa matière, de couleur gris clair et à fin dégraissant, correspond à une confection de type gallo-romaine.

la falaise
Les traces d'écoulements de l'eau (en clair et en plus foncé)

les traces d'eau

Les résultats de ces fouilles n'ont pas permis de confirmer la présence d'habitats et n'ont pas permis une quelconque datation du site. Rien ne permet d'ailleurs d'associer les rigoles et les encoches avec les gravures. Les rigoles et les encoches pourraient avoir été creusées par des bergers au moyen-âge pour la construction d'abri pour leurs bêtes. Les rigoles peuvent également avoir servi à recueillir l'eau ruisselant sur la roche en vue d'un culte de l'eau comme pourraient le suggérer les nombreuses cupules existant sur les rochers. Pour moi le site était un lieu de culte et non d'habitat. Je suppose à la vue des traces de passage de l'eau sur la falaise que durant les orages les emplacements sous la paroi doivent être très inconfortables.

le rocher à cupules
Le rocher à cupules

les cupules
Les cupules en croix

d'autres cupules

l'escalier
Passer la souris sur la photo pour voir les cupules

Sur le sommet du bloc situé devant la paroi gravée ont été gravées une série de cupules. Quatre cupules de quinze centimètres de diamètre et profondes de dix centimètres sont disposées en losange de quarante centimètres de côté. Elles sont reliées entre elles par deux sillons formant une croix. Une cupule de forme ovale est reliée à une autre par un sillon formant un symbole en "T". D'autres cupules, dont deux jumelées, sont disséminées sur le bloc. Sur la paroi Sud de ce bloc sont disposées quatorze cupules formant un escalier. Celui-ci est prolongé dans sa partie supérieure de quatre marches espacées de vingt centimètres. Il est cependant impossible de gravir cet escalier en mettant le bout des pieds dans les cupules disposé sur la paroi quasi verticale de quatre mètres de hauteur. Un escalier similaire composé de dix cupules se trouve sur la face ouest du bloc gravé. Cet escalier débute par des blocs amoncelés au pied et constitue la seule voie d'accès au sommet de ce bloc.

le rocher des Fages
Le rocher des Fages
(Passer la souris sur la photo pour voir les cupules)

La partie la plus intéressante du site est le rocher des Fages, le rocher des fées. Ce rocher est dénommé dans la région "Ronc de las fadas" ou "Ron de las fados". Il a été étudié par le professeur Michel Lorblanchet en 1967. Ce rocher présente face au sud une paroi verticale et lisse de quatre mètres de longueur et de près de cinq mètres de hauteur. Seule la partie centrale comprise entre cinquante centimètres et un mètre soixante-cinq de hauteur est gravée. Cette partie comprend soixante six signes gravés reconnus de manière sûre. Les gravures sont constituées de vingt-quatre croix simples, de douze croix cupulées, de deux croix arbalétiformes, de deux croix sur pied, d'un anthropomorphe complexe, d'une croix à branche coudée, de deux croix à doubles branches transversales, de quatorze lignes ou figures incomplètes, de cinq figures curvilignes et de trois cupules.

Passer la souris sur les photos pour voir les gravures

le rocher des fages


les gravures


gravures

le côté droit

D'après les spécialistes, ces croix sont des représentations de la forme humaine. Cela est évident pour les croix cupulées où la cupule supérieure représente la tête ou pour les croix surmontant un arceau ou un triangle où celui-ci représente les jambes. L'ensemble des signes a été gravé avec un profil en "U" réalisé par piquetage à l'aide d'une pointe en roche dure. Le profil a en moyenne vingt millimètres de large et entre dix et vingt millimètres de profondeur. Une petite croix diffère cependant par son profil en "V" réalisé visiblement par un outil métallique. L'ensemble des gravures présente une homogénéité tant graphique que de technique permettant d'affirmer que leurs gravures ont été réalisées durant une période relativement courte.

les croix

des croix

l'anthromophorme

representations humaines

En l'absence d'éléments archéologiques, la datation des gravures reste hypothétique. En comparaison avec d'autres sites, les spécialistes avancent la période de l'âge du bronze soit 1800 à 800 ans avant JC. La gravure des cupules est attestée depuis le paléolithique et surtout durant le néolithique. Ce qui est certain, c'est que les auteurs de ces gravures étaient des agriculteurs-pasteurs établis à proximité. Le site face au sud (vue exceptionnelle) a été un lieu de culte où nos ancêtres pratiquaient leur religion. Malheureusement, les rites accompagnant la gravure de ces signes nous resteront à tout jamais inaccessibles. Leurs croyances se sont évanouies dans les limbes du temps.

gravures rupestres

les gravures

Les gravures sont très altérées. L'érosion est très rapide sur le grès supportant les gravures. La lisibilité des figures devient de plus en plus difficile et dans quelques dizaines d'années le site aura sombré dans l'oubli. Beaucoup de ces gravures ne sont d'ailleurs plus visibles sur les photos alors que je les ai distinguées très faiblement lors de ma visite.

plan des gravures
Réalisé d'après le document de Gilbert Fages

Plan  des rochers
Réalisé d'après le document de Gilbert Fages

Les sources m'ayant permis de rédiger ce texte sont le site www.reveeveille.net/cevennevivante/ et le rapport de fouilles de Monsieur Gilbert Fages disponible sur le web.

Ces photographies ont été réalisées en juillet 2008.

 

Y ACCÉDER:

De Florac, rendez-vous à Barre-des-Cévennes. À l'entrée du village, faites demi-tour et laissez la voiture à l'entrée du premier chemin partant à gauche. Suivez ensuite ce chemin qui au bout de cinq cents mètres passe au-dessus du site. L'accès s'effectue par le côté gauche de la falaise (en étant face à la falaise) en suivant le ravinement provoqué par l'eau de pluie.

Coordonnées GPS
44 N 14' 30"
03 E 38' 21"
Altitude 951 mètres

 

 

Cette page a été mise en ligne le 28 septembre 2008

Cette page a été mise à jour le 28 septembre 2008