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Saint-Nazaire fait partie des cinq ports français choisis par les Allemands pour servir de base à leurs sous-marins opérant dans l'Atlantique. À partir de 1941, l'organisation Todt va construire dans ces ports (Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle-La Pallice et Bordeaux) d'immenses blockhaus destinés à abriter les sous-marins faisant escale. Ces blockhaus ont tous fait l'objet d'intenses bombardements de la part des Alliés, mais aucun ne fut détruit.

Avant même la 2e Guerre mondiale, Saint-Nazaire était déjà un site portuaire majeur. Ce grand port industriel atlantique, avec des chantiers navals capables de construire des paquebots transatlantiques et ses bassins profonds, possède un accès direct à l’Atlantique sans détroit ni goulet (contrairement à Brest). Le bassin Joubert (forme-écluse Louis-Joubert), achevé en 1934, était alors le plus grand bassin de radoub d’Europe, capable d’accueillir les plus grands navires militaires du monde. Dès les années 1930, les stratèges allemands identifièrent Saint-Nazaire comme un objectif de premier ordre en cas de guerre maritime. L'armée allemande arriva à Saint-Nazaire en juin 1940. L'U-46 de la 7e Unterseebootsflottille fut le premier sous-marin allemand à rejoindre Saint-Nazaire, le 21 septembre 1940. Une mission de l'organisation Todt (Oberbauleitung Süd) inspecta le port dès décembre 1940, afin de déterminer les possibilités de construction d'une base sous-marine destinée à protéger les sous-marins allemands des bombardements aériens anglais. Le bassin de retournement de la Compagnie générale transatlantique donnant sur le bassin de Saint-Nazaire fut choisi pour y construire une base. Le bassin de Saint-Nazaire est relié à l'estuaire de la Loire par deux écluses. Les travaux furent confiés à l'ingénieur Probst et débutèrent en février 1941, avec la construction des alvéoles 6, 7 et 8. Des pierres extraites de la carrière de La Roche Ballue à Bouguenais furent transportées par voie fluviale à Saint-Nazaire comme matériau de construction. Ces trois alvéoles, longues de 100 m et larges de 14 m, furent construites en quatre mois. Elles possèdent un bassin utile de 92 m sur 11 m qui pouvait être asséché. À l'origine, elles furent recouvertes d'un toit de 3,50 m d'épaisseur. Une deuxième phase de construction de juillet 1941 à janvier 1942 rajouta six alvéoles du côté sud. De février à juin 1942, cinq autres alvéoles furent rajoutées au nord. Le bâtiment fut encore complété au nord de juin à décembre 1943 par des logements et une tour annexe. La construction réalisée en seulement seize mois mobilisa 1 502 ouvriers et 3 166 travailleurs forcés.



La base sous-marine en 2001

La base sous marine en 2001
Le bâtiment fait 299 m de long, 130 m de large et de 18 m de hauteur. D'une superficie de 39 000 m², il a nécessité 460 000 m3 de béton. La base est constituée, du sud au nord, de six alvéoles doubles et de huit alvéoles simples pouvant abriter une vingtaine de sous-marins. Les alvéoles simples sont des bassins de radoub de 92 m de longueur et de 11 m de largeur pouvant être asséchés à l'aide de pompes en l'espace de 75 minutes. Les alvéoles ont une profondeur de 9 m sous le niveau du quai. Elles pouvaient être fermées par une porte flottante et un volet blindé permettait de fermer l'ouverture au-dessus de l'eau. Les alvéoles doubles sont des bassins à flot de 92 m de longueur et de 17 m de large. Elles sont également équipées de volets blindés pour fermer l'ouverture aérienne. Dans chaque alvéole sont installés des ponts roulants avec des grues de 3 à 5 t permettant les travaux et les ravitaillements des sous-marins. Les alvéoles pouvaient accueillir un grand U-Boot de type IX, ou deux U-Boot de type VII. Deux espaces de 8 m de largeur, abritant des ateliers, sont insérés entre les alvéoles 5 et 6 et les alvéoles 12 et 13. À l'arrière des alvéoles sont situés, sur trois étages, des ateliers et des bureaux. Le côté nord de la base se développe même sur quatre étages. Dans ces zones sont établis soixante-deux ateliers techniques, quatre-vingt-dix-sept magasins de stockage, cent cinquante bureaux, quatre-vingt-douze chambres pour les équipages, vingt stations de pompage, deux cuisines, une grande boulangerie, deux centrales électriques, un réfectoire et un hôpital avec bloc opératoire et un cabinet de dentiste. Entre cette zone d'atelier et les alvéoles est situé un couloir de 5 m de large parcouru par une voie ferrée. Des portes blindées permettent le passage des trains.



Le toit du bâtiment a une épaisseur de 8,75 m. Il est constitué de quatre couches superposées. La première couche, épaisse de 3,50 m, est faite de tôles en acier recouvertes de béton armé. Une deuxième couche de 35 cm de béton recouvre la première. Une troisième couche fut rajoutée en mars 1943. Elle a une épaisseur de 1,70 m. Le toit fut ensuite surmonté par un maillage de poutres en béton. Des poutres de 1,80 m sur 1,46 m sont placées dans le sens de la largeur. Des poutres de 1,40 m sur 1,50 m sont disposées perpendiculairement par-dessus. Cette structure, nommée Fangrost, était destinée à faire exploser les bombes avant qu'elles n'atteignent le toit proprement dit. Elle n'a cependant pas été installée sur l'ensemble du bâtiment. La structure du toit était conçue pour résister aux bombes anglaises de 5,40 t, dénommées "Tallboy", qui n'ont d'ailleurs pas été utilisées sur Saint-Nazaire. Les bombardements alliés ont pulvérisé la ville alentour, mais le toit n’a jamais été percé. Sur le toit furent installés trois cuves bétonnées pour canons antiaériens (Flak) de 20 mm et un affut quadruples de 20 mm, deux cloches blindées d'observation, un abri individuel (tobrouk) pour mitrailleuse et un bunker type R 633 pour mortier automatique M19 (seul exemplaire de ce type existant sur une base pour sous-marins). De nombreux canons de Flak furent installés sur les bâtiments alentour. En 1944, dix-huit batteries lourdes de Flak (calibre de 105 mm ou plus) et six batteries légères protégèrent la base.

Le toit de la BSM en 2001

Le toit de la BSM en 2001

Le toit de la BSM après 2007

La structure "Fangrost"
La base est construite au bord d'un bassin relié à la mer par deux écluses. Face à l'augmentation des bombardements alliés, les Allemands entamèrent, à partir de juin 1943, la construction d'une nouvelle écluse dans l'alignement de la base protégée sous un blockhaus. Ce blockhaus-écluse a une longueur de 155 m, une largeur de 25 m et une hauteur de 14 m. Il fut terminé début 1944, mais ne fut utilisé qu'à trois reprises, car l'autre écluse sud resta fonctionnelle malgré les bombardements. Sur son toit furent installées quatre cuves pour canons Flak et une cloche blindée, à l'extrémité est, protégeait l'accès côté mer en croisant ses feux avec un ouvrage comparable sur l'autre rive de l'estuaire.

L'écluse protégée en 2001

L'écluse protégée

L'écluse protégée en 2024

L'intérieur de l'écluse protégée
Le premier U-boot à Saint-Nazaire fut le U-46 du commandant Endrass qui arriva fin septembre 1940. La première partie de la base fut mise en service le 30 juin 1941 avec l'entrée du U-203 du commandant Mützelburg dans l'alvéole n° 7. La 7e flottille de U-Boot de Kiel, sous le commandement du korvettenkapitän Herbert Sohler, fut affectée à Saint-Nazaire, comme flottille de combat, en partie à partir de septembre 1940, puis entièrement à partir de juin 1941. La 6e flottille de Danzig fut affectée à Saint-Nazaire en février 1942. En tout, 144 sous-marins furent stationnés à Saint-Nazaire entre octobre 1940 et le 30 avril 1945. Plusieurs milliers de personnes gravitèrent autour de la base qui abritait les équipages de sous-marins, les officiers, les mécaniciens, les ouvriers, le personnel médical et les sentinelles. La base était équipée de tout le nécessaire pour réparer les différents types de sous-marins de la Kriegsmarine. Les équipages des sous-marins alternent les longues patrouilles océaniques (plusieurs semaines) et les retours à la base pour réparations et repos.

Deux U-boot dans une alvéole de la BSM (© Bundesarchiv)

L'U-995, U-Boot de type VII.C/41
au Mémorial
Naval à Laboe près de Kiel en Allemagne

Une des alvéoles



Les Alliés comprirent vite que bombarder la base était inutile, car elle était indestructible par les moyens classiques. Ils changèrent donc de stratégie en optant sur la destruction des infrastructures portuaires. Les Britanniques lancèrent en mars 1942 une opération commando spectaculaire dénommée "Chariot". Son objectif était de détruire le bassin Joubert, pour empêcher l’accueil du cuirassé Tirpitz sur la façade atlantique. Pour réaliser cela, un vieux destroyer britannique, le HMS Campbeltown, fut lancé contre la porte du bassin et sabordé. Son explosion, plusieurs heures plus tard, rendit le bassin Joubert inutilisable jusqu’à la fin de la guerre. Des six cents commandos anglais qui ont attaqué la base, cent soixante-neuf ont été tués et deux cents ont été capturés. Les Allemands eurent quarante-deux tués et cent vingt-sept blessés. L'explosion retardée du HMS Campbeltown tua une centaine de personnes. Seize civils furent tués et vingt-six furent blessés.

Un U-boot devant la BSM de Saint-Nazaire (© Bundesarchiv)

La BSM de Saint-Nazaire (© Bundesarchiv)


À partir de 1943, avec la maîtrise par les alliés du radar, l’utilisation plus efficace des escorteurs et l'aviation à long rayon d’action couvrant l’Atlantique, les pertes de U-Boot explosèrent. La base continua de fonctionner, mais les départs diminuèrent, les réparations augmentèrent et les équipages étaient de plus en plus éprouvés. Devant l'avancée des Alliés sur le front occidental, le transfert de la 7e U-Flottille, pour la Norvège, fut décidé en août 1944. La base fut progressivement évacuée à partir d'août 1944. En septembre 1944, Hitler déclara les bases sous-marines comme étant des "Festung" (forteresse) qui devaient résister par tous les moyens disponibles aux Alliés. La "Festung Saint-Nazaire", tenue par les troupes du Generalleutnant Junck, résista jusqu'à la fin de la guerre. Le 30 avril 1945, l'U-255 du commandant Helmut Heinrich quitta Saint-Nazaire. La poche de Saint-Nazaire fut libérée le 12 mai 1945. Le lendemain, la base fut investie par le 2e bataillon du 4e régiment de fusiliers marins. Ils trouvèrent dans l'alvéole 4, l'U-510 (type IXC) du commandant Alfred Eick dont les réparations n'avaient pas pu être terminées. Ce sous-marin deviendra le "S-11 Bouan" et restera en service dans la marine française jusqu'en 1963.

Le U-Boot U-255 dans l'Atlantique en mai 1945 (© Bundesarchiv)


Le toit de la BSM

Une des alvéoles comblées
Après la 2e Guerre mondiale, la base a été occupée pendant un an par la marine française qui y démonta tout le matériel utile pour l'installer dans les bases de Lorient et de Brest. Tout ce que la marine n'emporta pas fut pillé ou détruit au cours des nombreuses années où le bâtiment resta à l'abandon. Entre 1952 et 1955, les chantiers navals de Saint-Nazaire utilisèrent deux alvéoles simples pour y construire huit dragueurs de mines pour la marine française. Par la suite, la plupart des alvéoles furent comblées ou utilisées pour héberger des bateaux de plaisance (alvéoles 6 et 14). Le bâtiment fut également utilisé par une usine de phosphates (alvéoles 8 à 13) et servi même à stocker des ordures (interbox et alvéole 7). En 1987, le sous-marin "Espadon", copie française du sous-marin allemand de type XXI, fut installé et transformé en musée au sein de l'écluse fortifiée. D'une longueur de 77,80 m, l'Espadon a un déplacement en plongée de 1640 t.. Mis en service en 1960, il fut le premier sous-marin français à avoir navigué sous les glaces de l'océan arctique. Propulsé par trois moteurs diesel de 700 kW et par deux moteurs électriques de 1100 kW, il pouvait atteindre 18 nœuds en plongée et descendre à 200 m de profondeur. Il était armé de six tubes lance-torpilles et manœuvré par un équipage de 67 hommes. Il fut retiré du service en septembre 1985.

Le sous-marin Espadon dans l'écluse protégée

L'Espadon



Après des décennies d'abandon, la municipalité de Saint-Nazaire lança, en 1994, le projet "Ville-Port" pour réhabiliter la zone de la base. Entre 1996 et 2000 s’implantèrent, dans et autour de la base, des équipements liés au tourisme ou à la culture. Des logements furent également construits à proximité de la base. En 1997, quatre alvéoles virent leurs murs percés et remis en eau afin d'ouvrir le nouveau quartier sur le port et le toit fut ouvert au public. En 2000 fut ouvert "Escal'Atlantic", centre d’interprétation sur l’histoire des paquebots transocéaniques. L'intérieur d'un paquebot transatlantique fut reconstitué dans deux alvéoles. C'est à l'emplacement de la base sous-marine que se dressaient la gare maritime et les installations de la Compagnie générale transatlantique. Entre 2005 et 2007 eurent lieu des travaux destinés à installer le "LiFE" (Lieu international des formes émergentes) et le "VIP" (scène musicale) dans les alvéoles 13 et 14. Ces deux lieux sont destinés à accueillir concerts, expositions, ou autres spectacles. Le 27 janvier 2007 fut installé sur le toit de la base, au-dessus de l'alvéole 14, un radôme ayant abrité un radar de l'OTAN à l'aéroport de Tempelhof à Berlin. Offert à la ville de Saint-Nazaire par le ministère de la défense allemand, ce radôme mesure 16,50 m de diamètre et est haut de 8 m. Depuis 2009, le toit de la base accueille les jardins dits du Tiers paysage, conçus par le paysagiste et jardinier Gilles Clément. Depuis 2018, les alvéoles 12 et 13 sont occupés par la salle associative de la ville. Une des alvéoles accueille le Pôle national de formation de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM).

Une des alvéoles

La tour de défense à l'arrière de la BSM


Le passage à l'arrière des alvéoles

L'arrière de la BSM en 2001

Ces photographies ont été réalisées entre aout 2001 et 2024.
Cette page a été mise en ligne le 11 janvier 2009
Cette page a été mise à jour le 7 février 2026