La "Feste" de Neuf-brisach
Après la défaite française de 1871, l’Allemagne annexe l’Alsace et la Moselle. Elle entreprend immédiatement la fortification de ses nouvelles frontières. C’est ainsi que furent construites les ceintures fortifiées de Thionville, Metz et Strasbourg. L’état-major allemand estimait qu’une attaque française en Alsace passerait par la vallée de la Bruche en direction de Strasbourg ou par la "Trouée de Belfort" en direction de Fribourg. À partir de 1893, débute à Mutzig la construction d’un gigantesque fort d’artillerie, la "Feste Kaiser Wilhelm II" destinée à barrer la vallée de la Bruche. Dans le sud de l’Alsace, deux positions vont faire l’objet de fortification. La première, le fort d’Istein, couvre le passage du Rhin à St-Louis / Bâle. La deuxième va interdire le passage du Rhin à Neuf-Brisach. Le fort d’Istein, construit sur un promontoire rocheux sur la rive droite du Rhin, possédait trois batteries de deux canons de 10 cm en tourelles blindées et un ouvrage d’infanterie. Le fort d’Istein fut détruit en 1920 par les troupes du Génie français. À partir de 1937, les Allemands reprirent la construction à cet endroit d’un nouveau fort. Celui-ci était prévu pour abriter deux mille six cents hommes et aurait éclipsé les plus grands forts de la ligne Maginot. La capitulation française en 1940 mit fin à la construction. Seuls les ouvrages d’entrées, un observatoire et un hôpital souterrain ainsi que les galeries de liaison furent construits. L’ensemble du site fut dynamité durant les années 1946 à 1949 à l’aide de cent tonnes d’explosif.

L'ouvrage du Cimetière Israélite

La dalle fait deux mètres d'épaisseur

La "Feste" Neuf-Brisach fut établie autour des fortifications de Vauban. Ceux-ci furent ainsi transformés en une plate-forme d’artillerie et en centre logistique. À partir de 1889, les Allemands vont construire en arc de cercle autour de Neuf-Brisach, neuf ouvrages. L'ensemble de la "Feste" totalisait cent soixante quatre pièces d'artillerie. Au nord sont érigés une position d’infanterie à proximité du cimetière israélite de Biesheim, un dépôt de munitions au nord-est de Biesheim et un fort d’artillerie à l’écluse 59 à l’est de Biesheim. Au sud sont érigés deux forts d’artillerie à Geiswasser et un autre à Obersaasheim. Une position d’infanterie est construite entre Obersaasheim et Neuf-Brisach le long de la route d’Heiteren. Deux ouvrages indéterminés sont construits à Algolsheim et à Rothgern. Les ouvrages de Rothgern, de Geiswasser et du Cimetière Israélite sont entourés d’un fossé rempli d’eau. Une casemate mixte pour le personnel et pour les munitions est construit à Volgelsheim ( à proximité de la zone commerciale). Ce bâtiment abrite actuellement un magasin de vente de vins et spiritueux. Les différents ouvrages sauf la position d’infanterie d’Heiteren et la casemate mixte de Volgelsheim ont été dynamités probablement après la Deuxième Guerre mondiale.
L’ouvrage de Rothgern est une propriété privée clôturée par une haute haie et donc totalement invisible. Du petit ouvrage de Geiswasser, situé au sud-est du village, il ne reste plus que quelques blocs de béton en passe d’être enseveli sous des gravats.

Les ruines de l'ouvrage du petit Geiswasser

Une des dalles redressée par le dynamitage de l'ouvrage
Le grand ouvrage de Geiswasser situé au sud-ouest du village se composait de huit grands bunkers et de plusieurs abris pour mitrailleuses dont il ne reste que des ruines. Cet ouvrage d’artillerie possédait des canons dans des tourelles à éclipses dont les puits bétonnés sont encore parfaitement reconnaissables. Lors de ma visite, j’en ai reconnu trois. La position était protégée côté sud par un fossé rempli d'eau.

Les ruines de l'ouvrage de Geiswasser

Les impressionnants blocs de béton de l'ouvrage

Embrasures de tir pour mitrailleuses

Les vestiges des casernements

Une des dalles de l'ouvrage

Les ruines d'un des puits de tourelle

Puits d'une tourelle à éclipse

Un autre emplacement de tourelle

Vue de plus près

Une embrasure de tir pour MG

Vestiges des magasins à munitions

Partie basse de l'emplacement d'une tourelle

La plaque donnant l'année de construction de l'ouvrage

Emplacement de tir d'une position d'infanterie de l'ouvrage

Une des chambres des bunkers de l'ouvrage
De l’ouvrage d’Obersaasheim, subsistent les ruines de dix grands bunkers et d’innombrables abris pour mitrailleuses. La position a été complétée par un petit bunker de la ligne Maginot construit, comme en témoigne l’inscription, par la première compagnie du 1er Régiment de Génie français.

Un des bunkers de l'ouvrage d'Obersaasheim

Une des plaques de blindage ayant échappée aux ferrailleurs

Les ruines de l'ouvrage d'Obersaasheim

Position de tir pour l'infanterie

Dalle de couverture réduite en pièces

L'ouvrage d'Obersaasheim fut construit en 1900

L'entrée de la casemate construite par le Génie français

La plaque du 1er Génie
Le petit ouvrage d’Algolsheim a été conçu comme une motte castrale du Moyen-âge. Il est constitué d’un rempart en terre en forme de cercle allongé. Le rempart a été constitué avec la terre extraite lors du creusement du fossé extérieur. À l’intérieur du rempart est disposé un grand bunker. Celui-ci est constitué de murs en pierre de taille recouverts d’une dalle en béton. Il est totalement ruiné.

Les ruines de l'ouvrage d'Algolsheim

La dalle de couverture

Les murs en maçonnerie

Une des dalles de couverture de l'ouvrage d'Algolsheim
L’ouvrage de Biesheim est identique à celui d’Algolsheim, mais il n’en subsiste que très peu de vestiges. De même, les ruines de la position d’artillerie de l’écluse 59 à l’ouest de Biesheim disparaissent sous les gravats et les ronces et sont inaccessibles.

L'ouvrage de Biesheim

Les ruines des bunkers de l'ouvrage de Biesheim
L’ouvrage du Cimetière Israélite est construit selon le même principe. Il s’agit d’un grand bunker constitué de six ou sept chambres. Ce bunker est complété par de petits bunkers à mitrailleuse ou d’observation.

L'ouvrage du Cimetière israélite

Un linteau de porte

Deux mètres de béton recouvrait les chambres des bunkers

Une des chambres des bunkers

Une autre des chambres

Le bunker du Cimetière Israélite

Un des petit bunker pour mitrailleuse

L'entrée de ce bunker à mitrailleuse
Ces grands ouvrages d’artillerie et d’infanterie ont été complétés par une ligne de centaines de petits abris pour l’infanterie s’étendant au sud-ouest de Dessenheim et de Hettenschlag. Ceux situés dans les champs ont quasiment tous disparu. Par contre, ceux situés dans la forêt de Dessenheim sont encore visibles sous les fourrés. Certains ont été récupérés et aménagés en point d’appui pour la ligne Maginot.

Un des nombreux abris allemand disséminés dans les alentours

Un autre de ces abris cachés dans les fourrés

Un de ces abris dégagés dans une gravière

Vue de l'intérieur de ces abris
Ces photographies ont été réalisées en janvier 2009.
Y ACCÉDER:
Les différents ouvrages sont répertoriés sur la carte IGN série bleu N° 3719E. Ils sont tous accessibles sauf l’ouvrage de Rothgern (propriété privée clôturée). La végétation peut cependant rendre l’accès difficile surtout au printemps et en été.
Cette page a été mise en ligne le 7 mars 2009
Cette page a été mise à jour le 8 août 2009